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Wikileaks : révélations sur l'affaire des otages en Colombie |
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| 28-02-2011 04:43 - 3107 visites - Flux International - Ecrit par Le candide - Lire son flux RSS | |
Wikileaks a publié des documents échangés en 2008 entre la Colombie et l'ambassadeur des États-Unis de l'époque, William Brownfield. Dans ces documents, il est question des otages les plus célèbres : la franco-colombienne Ingrid Betancourt et les trois Américains, Thomas R. Howes, Marc D. Gonsalves et Keith D. Stansell.
On apprend ainsi qu'un négociateur espagnol, Pablo Gómez de Olea, aurait révélé aux autorités colombiennes que le gouvernement français était disposé à verser une rançon pour la libération d'Ingrid Betancourt et que, de plus, la France faisait du lobbying au niveau européen pour que les FARC soient retirées de la liste des organisations terroristes ! Ce même document souligne qi’il était évident que jamais les FARC n'échangeraient Betancourt contre de l'argent !
Dans un autre document, le général Padilla, des forces armées colombiennes, exprime ses doutes quant aux possibilités de succès de la diplomatie française pour la libération d'Ingrid Betancourt et parle du contentieux qui avait opposé le président français au président Uribe à propos du refus de reconduire Hugo Chavez dans ses fonctions de médiateur avec les FARC.
En effet, la Colombie suspectait le président du Venezuela et la sénatrice colombienne Piedad Cordoba (membre d'un parti d'opposition) de vouloir mettre en place en Colombie un gouvernement de transition pour remplacer celui du président Uribe. Ce contentieux avait jeté un froid sur les relations entre Paris et Bogota et poussé le président Hugo Chavez à rompre ses relations avec la Colombie. Quant à la sénatrice Piedad Cordoba, elle a depuis été suspendue de ses fonctions de sénatrice et interdite de tout mandat politique.
On apprend également que le gouvernement colombien n'a jamais cessé de négocier la libération des otages à Genève où des responsables rencontraient dans la plus grande discrétion les envoyés des FARC.
Concernant la spectaculaire libération de quinze otages, dont Ingrid Betancourt et les trois Américains, libération qui s'est effectuée sans qu'un seul coup de feu ne soit tiré, un document nous confirme la trahison du guérillero Gerardo Aguilar, alias « Cesar », responsable du front 1 des Farc qui aurait eu sous sa responsabilité jusqu'à quarante otages. Selon les documents de Wikileaks, il aurait négocié avec le gouvernement colombien et la France la libération d'Ingrid et des Américains en échange de son extradition, ainsi que celle de sa famille, vers la France !
Si ces « révélations » peuvent surprendre en France, ce n'est pas le cas en Colombie puisque les rumeurs, les communiqués des FARC et les articles de certains journaux s’en étaient déjà fait l’écho depuis longtemps, bien avant que Wikileaks ne s'en saisisse. Concernant l'offre supposée du versement d'une rançon, et l’échec de cette proposition, cette « information » n'étonne aucun Colombien puisque d'une part la France est réputée pour payer pour ses otages et, d'autre part, le groupe terroriste colombien n'a jamais réclamé de rançon pour Ingrid Betancourt. Il faut savoir en effet que les FARC classent ceux qu'elles appellent leurs prisonniers en deux catégories : les politiques et les économiques. Les économiques, les plus nombreux et dont hélas personne ne parle jamais, sont ceux pour lesquels les FARC refusent toute négociation, ils ne sont libérables qu'après le versement d'une rançon souvent exorbitante. Les autres, les politiques, dont faisaient partie Ingrid Betancourt et les trois Américains, ne sont échangeables que contre des faveurs politiques ou la libération de guérilléros prisonniers.
Ainsi, Ingrid Betancourt, qui était le joyau du trésor de guerre des FARC, ne pouvait être libérée qu'après la création d'une zone démilitarisée où les FARC auraient pu s'installer et la libération de 500 guérilléros prisonniers.
Pourtant, certains journaux en Europe ont fait courir la rumeur qu'une rançon de 5 à 20 millions de dollars aurait été versée pour la libération d'Ingrid Betancourt, alors, quand on sait que selon une information divulguée par la BBC, en 2003, les revenus des FARC auraient été de 600 millions de dollars américains cette année-là, dont la majorité provenait du trafic de la drogue, 37 millions des enlèvements, 22 millions du vol de bétail, et le reste se répartissant entre impôts payés par les cartels de la drogue, vol de combustible, attaques de banques ou de péages et trafic en tout genre et qu'on sait, toujours d'après ces informations de la BBC, que les FARC ne dépenseraient que la moitié de leurs revenus, on peut aisément imaginer l'importance de leur « bas de laine » après quarante années d'activités illégales, ce qui rend complètement ridicule toute information concernant la bagatelle de 20 millions de dollars.
Il faut savoir également que cette rumeur de versement d’une rançon aurait été lancée en priorité par la radio suisse romande. Or, lorsqu’on se rappelle que les Suisses s’étaient beaucoup impliqués dans les négociations pour la libération des otages et qu’il semblerait même car l'époque du coup de forces de l’armée colombienne un diplomate suisse se trouvait dans la forêt amazonienne « invité » par les FARC, il est certain que l'action militaire colombienne dont la Suisse n'avait pas été informée mettait clairement en danger ses envoyés et ridiculisait toute l’opération suisse en montrant combien le gouvernement colombien se souciait peu de ses partenaires dans cette affaire.
La France a également très mal pris cette action unilatérale (dont seuls les États-Unis auraient été avertis), mais il semblerait que les autorités colombiennes ont fermé les yeux sur la récupération politique par le gouvernement français de la libération d’Ingrid Betancourt, ce qui aurait permit de calmer un président qui s’est empressé de parader aux côtés de la très célèbre otage franco-colombienne. Les Suisses, quant à eux, ont été complètement négligés, ce qui expliquerait leur souhait de jeter le doute sur l’opération militaire de sauvetage… une petite vengeance en quelque sorte qui visait tant le gouvernement Uribe que l’Élysée. D’autre part, il ne faut pas oublier que les FARC ont conservé des « ambassadeurs » en Suisse et il est possible que ces derniers soient à l’origine de ces fausses informations visant à discréditer le gouvernement colombien.
Concernant le guérilléro César qui avait la garde des otages, comme cette négociation n'est pas restée secrète très longtemps, en tout cas en Colombie, puisque les « révélations » ont été faites dès la libération d'Ingrid Betancourt, il fut incarcéré quelque temps dans une prison locale avant d’être extradé, non pas vers la France, mais vers les États-Unis où il devra répondre des crimes de prise d'otage et de soutien aux activités terroristes des Forces armées révolutionnaires de Colombie.
Évidemment, tant que les principaux acteurs ne diront pas toute la vérité, on peut faire beaucoup de spéculations, il est vrai également que tout ce que dit Wikileaks n'est pas « paroles d'évangile » — d'autant que pour couvrir ses informateurs, le site ne révèle pas ses sources —, mais parfois un peu de logique et l'analyse des faits d'une manière neutre peuvent aider à la compréhension des événements et nous permettre d'avoir une vision plus proche de la réalité.
En conclusion, ces documents publiés par Wikileaks ne font que confirmer ce qu'on savait déjà en Colombie, à savoir qu'aucune rançon n'a été payée pour Ingrid Betancourt, que son geôlier a trahi les FARC en échange de l'immunité et de son extradition vers la France en compagnie de toute sa famille (ce que les FARC reconnaissent depuis « l’évasion » des otages), que la diplomatie française n'a pas vraiment aidé à la libération de la célèbre otage et, enfin, que la Colombie soupçonne le président Chavez d'être de connivence avec les FARC.
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