Vieilles Gloires dorées : Nosferatu

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31 Aug 2009
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Si Dracula est un personnage de roman (de l’Irlandais Bram Stoker, inspiré pour partie du personnage de Vlad III Basarab, dit Ţepeş ou « empaleur »), Nosferatu est un personnage de cinéma à part entière. Certes, c’est un vampire, certes le script d’Henrik Galeen, scénariste du cinéaste allemand Friedrich Wilhelm Plumpe (dit Murnau), situe l’action en Transylvanie et s’inspire très fort des aventures romanesques de Dracula. Au point que c’est grâce à des copies dissimulées, échappant à la destruction pour plagiat, que le Nosferatu des origines ressuscita à l’écran en… 1984. Tout comme Dracula, Nosferatu aura certainement une postérité. Quel acteur actuel – voire quelle actrice – imagineriez-vous pour l’incarner ? Qui saignera plus à blanc que Schreck ou Kinski ?

nosferatu.png

Pour faire repartir cette rubrique des « Vieilles Gloires » (Oldies but Goldies), réservée aux actrices et acteurs ayant au moins un quart de siècle de carrière et quelques premiers ou meilleurs seconds rôles à leurs actifs, pourquoi ne pas faire une petite incartade ? En s’attachant, pour une fois, au héros et non à ses interprètes ? Revenant, cette fois, non de Bessarabie ou du Banat mais des Cornouailles (Kernow ou Kernev-Veur et non Bro Gernev), du Devon, et du Chemin des écritures de Lurs (et des Rencontres typographiques de Lure sur la montagne éponyme), soit de Tintagel, de Stonehenge, et du Lubéron, je renâcle à faire une vraie « rentrée » dans le réel. Donc, plutôt Nosferatu que Max Schreck, Klaus Kinski ou Willem Dafoe.

Nosferatu, c’est d’abord un teint livide, une calvitie, des oreilles, des dents, des ongles. D’ailleurs, celles et ceux ayant le sens du détail auront reconnu Klaus Kinski sur notre photo. Max Schreck, créateur du rôle, se « pare » d’esgourdes plus pointues et d’ongles « de mandarin » plus acérés. Quant a Willem Dafoe, si ses mêmes artificiels attributs se rapprochent de ceux de Max Schreck, c’est à son appendice nasal d’emprunt qu’on le reconnaît. Retrouvez donc, via les moteurs Bing ou Google ou autres, des images des trois acteurs dans le rôle. C’est assez saisissant.

Personnellement, mon vampire préféré en est deux, Vampirella, personnage de papier (Comics puis BD), et Miriam (Catherine Deneuve), tout aussi bisexuelle dans son rôle de belle « goule » ensanglantée dans Les Prédateurs (The Hunger, 1983, Tony Scott) que l’était Kinski, au masculin, dans celui de Nosferatu pour Werner Herzog (Nosferatu, Fantôme de la nuit, 1979). Et entre Isabelle Adjani (Ellen pour Herzog) et Susan Sarandon (Sarah pour Tony Scott), je serais tenté de les départager au poids, enfin, plutôt au volume (en litres). Remarquez qu’Anne Parillaud en Marie, pour John Landis (Innocent Blood, 1993), ou Lily Tomlin (Bad Lieutenant, d’Abel Ferrera, avec Harvey Keitel, 1992), ne sont pas mal non plus avec de l’hémoglobine aux lèvres.

C’est dire que la postérité de Nosferatu est des plus diversifiées. Non seulement inspira-t-il des vampires (syntagme nominal masculin pluriel), mais aussi des lamies (synt. nom. fem. masc.) modernes, d’affriolantes descendantes de Lilith. Relevez (à l’ail, par exemple) qu’un Bubba Nosferatu, The Curse of the She-Vampires (La Malédiction des femmes vampires) serait dans les tuyaux (les canaux dentaires, ici) de Bruce Campbell et Don Coscarelli.   Dans La Force de l’âge, Simone de Beauvoir relève : « Il n'y eut que le vampire de Düsseldorf qui nous fit rêver, car nous pensions que pour comprendre quelque chose aux hommes, il faut interroger les cas extrêmes. ». Et inversement car tout est dans tout.

Nosferatu annonce-t-il des noces qui feront de nous des êtres moins féminins ou moins masculins ou qui seront encore davantage duels ? Adam n’était-il que l’ébauche d’une Ève dont on ne saura pas plus trop de qui est la part d’ange que de quoi est faite celle du démon ? Allez savoir…

Bon, allez, ce n’est pas tout cela, mais on a du pemmican de ptarmigan sur le feu, et là, on commence à pédaler dans le porridge (mot anglais issu du français « potage »), la polenta, la mamaliga, &c. Faut pas laisser cailler le laid Nosferatu, lequel est mi-œuf, mi-poule, on l’aura compris. Revêtons-le d’un lé de pied-de-poule et nous voici derechef à celui de l’œuvre. Notez qu’un Nosferatu nu ou en tutu hantant le boulevard du Crime serait par trop incongru tandis que mettre des dents à des nouilles sauteuses ruisselantes de sang serait moins grand guignol et ambigu. Faites l’expérience : un Nosferatu au naturel sur une scène (de théâtre, de ballet), passe encore, tandis que des nouilles tueuses sans sauce mais sur un plateau (de cinéma), c’est comme des poules avec des dents, on a vu bien « pire » (et plus ou moins effrayant encore).

On verra plus loin que le Nosferatu « à la gondola » (aux vongole vénitiennes) a fait un bouillon qui le fit rester sur le bide.   Qui, de Murnau, le démiurge, et de Max Schreck, qui va devenir « sa » créature avant qu’il ne l’incarne à son tour (Pygmalion se faisant Galatée ou Eliza Dolittle), est le plus diabolique ? C’est un peu la question que soulèvent l’ombrageux film d’E. Elias Merhige et le scénario de Steven Katz. Qui se mire dans quoi lorsque Schreck (Dafoe) se voit Orlock (le comte, son personnage) reflété sur son œil ? Dans cette Ombre du vampire (Shadow of the Vampire), qui met en scène Murnau (interprété par John Malkovich) tournant son film avec Schreck, on ne sait plus trop qui se fera semblable à qui et qui sera à l’image de quoi

 

Robert Musil, dans L’Homme sans qualités, fait dire en substance à son « double » : « Je ne crois pas au diable, mais si c’était le cas, je verrais en lui l’entraîneur qui pousse le ciel à se surpasser ».   Bon, allez, on réfléchira (dans un « œil d’or » ? de Carson McCullers dont le « reflet » fut porté à l’écran par John Huston ?) autrement et une autre fois aux films de vampires, de ceux qui nous pompent l’imaginaire, de ceux qui le nourrissent aussi. Mettons que si les actrices et les acteurs sont des éponges, c’est autant de nous-mêmes (gens de la rue, humbles personnages de leur entourage ou de rencontre, personnages de faits-divers « traités » par les journaux, figurantes de jeux télévisés, publics faisant la claque ou alimentant la téléréalité) que des suggestions des scripts ou des intentions des réalisatrices ou metteurs en scène.

Au cinéma, « on » se retrouve parfois dans une position fœtale gémellaire, en interpénétration du ying et du yang (« Miam ! s’exclama Nosferatu, les crocs dégoulinant de nuoc nam »). Il paraîtrait que, chez les faux jumeaux, souvent un garçon et une fille en devenir, l’un·e en « profiterait » davantage que l’autre, s’affirmant aux dépens de la ou du plus « faible ». Hmm… Ou plutôt favorisant le plus faible (la future femme prolongeant la gestation pour que son frère gagne en poids). Mais c’est une autre histoire. Ou pas…

Après avoir fait son Nosferatu avec Herzog, en 1979, donc, Klaus Kinski le refait avec lui-même dans le rôle et Donald Pleasence ainsi que Christopher Plummer pour un Nosferatu a Venezia (1988, Augusto Caminito, réalisateur et producteur, Luigi Cozzi et alii). Kinski tourne (en partie derrière la caméra) ce film qui évoquerait – je n’ai pu le voir – plutôt les péplums genre Maciste et la Reine de Saba ou les nanars du style Zorro et les trois mousquetaires que le Murnau de Satanas (1919), Nosferatu (eine Symphonie des Grauens, 1922) ou on ne sait quel pastiche d’un Faust (eine deustche Volkssage, 1926) sur les rives d’une Staffelsee d’opérette. Maria Cumani Quasimodo y joue une vieille princesse, parente d’Helietta, autre princesse, mais beaucoup plus jeune et appétissante, qui est incarnée par Barbara de Rossi. Ce n’est pas une reprise d’un Barbarella et Quasimodo vont en bâteau (resté en projet dans mes cartons), mais par moments, on se gondole. Kinski devait à l’origine aussi tourner pour Mario Caiano mais il prévient d’emblée tout de go que c’était soit lui, soit Caiano.

De plus, Kinski se refuse à reprendre sa calvitie et sa dentition du film d’Herzog. Le résultat, manucuré et souvent maniéré, est, selon les critiques, souvent plus grotesque que pathétique. Mais rien ne peut ternir le charme de Venise et la musique symphonique du film serait à la hauteur des ambitions du producteur. L’accompagnement musical a été pompé et resucé d’un Mask (album de Vangelis). Du fait des exigences de Kinski, cette aventure vénitienne évoquerait plus un Dracula qu’un Nosferatu. En effet, tel un Dracula, ce Nosferatu supporte la lumière du jour (moins celle des projecteurs du tournage), se veut plus ou moins gentilhomme dandy de par son apparence et ses manières.

Résultat, faites-le test : vous trouverez, en magasins de farces et attrapes, de cotillons et serpentins, deux versions de masques de Nosferatu, soit à la Murnau ou à la Herzog. Mais pas un seul masque vénitien à la Kinski de Cumani. CQFD !   Selon diverses sources, un autre Nosferatu serait apparu dans un film de 1930 intitulé Die Zwölfte Stunde avec un certain comte Fürst Wolkoff pour personnage principal (en lieu et place de comte Orloff), encore interprété par Schreck et comportant de nombreuses chutes du film de Murnau.

Minuit, l’heure du crime, lorsque le mot de passe est « Sainte-Hélène » et que la vigie vous lance « France », pour la grande parade des Champs-Élysées devant l’empereur décédé (voir Joseph von Zedlitz puis Wilem Pijper), inspire beaucoup. Cette nouvelle version intégrant des plans inédits et ménageant une fin heureuse pour les victimes a été restaurée par la Cinémathèque française. Il s’agirait d’une reprise par un certain Waldemar Roger qui aurait racheté les droits du film de Murnau frappé par la censure. L’idée était d’en faire une version musicale (avec une bande sonore, mais non « parlante ») et colorée (mais non « en couleurs », la première version l’était de même, avec des dominantes bleues et vertes). Cette version a servi pour la reconstitution du film qui ajoute du rose et du jaune pour les scènes supposées montrer l’aube et les scènes diurnes. Il existe de multiples versions DVD, en diverses langues, des diverses copies ou reconstitutions du film de Murnau et les amateurs éclairés se disputent encore au sujet de leurs qualités et défauts respectifs. Beaucoup préfèrent l’édition de la Fondation Murnau et de MK2 Éditions.

Pour trouver un DVD du film d’Herzog, ce n’est pas trop compliqué non plus. Mais vous trouverez aussi des versions étrangères du Nosferatu a Venezia dont un hispanophone Vampiros en Venecia.   Maintenant, si vous préférez Dracula, on ne peut que vous recommander Dracula prisonnier de Frankenstein, de Jesus Fracon (avec un vrai loup-garou dedans). Il y en aurait un autre dans le même genre, dû à Al Damason. Deux monstres pour le prix d’un seul ? Eh bien non, je n’échangerai pas mon barril de Nosferatu contre deux de Dracula, même enrichi aux Frankenstein glouton. Nosferatu saigne plus blanc, encore mieux à blanc, mais en respectant les couleurs (le bleuâtre et le verdâtre, en particulier, encore plus chatoyants que ceux d’Unilever) !

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Commentaires (7)add comment

SOPHY a dit:

...
Bonjour Jeff,

la version 1922, de Nosfératu
Le cinéma était encore muet, ne parlons pas de la couleur....




 
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September 01, 2009
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SOPHY a dit:

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La version de Nosfératu de 1079, avec Klaus Kinski, et....Isabelle Adjani

 
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September 01, 2009
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michel a dit:

...
La version 1922 de FW Murnau est certainement l'une des plus belles, avec le somptueux Dracula de FF Coppola,nous démontrant que c'est l'une des plus belles histoires d'amour, avec toute la poétique de l'héros imaginaire de Bram Stoker.
Michel
 
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September 01, 2009
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Jef Tombeur a dit:

...
Eh bien si, Sophy, la première version était colorisée. Ce qui ne veut pas dire « en couleurs » (avec des grains argentiques fixant le rouge, le vert, le bleu...).
Évidemment, il s'agit de la version allemande d'origine.
Des versions N&B, destinées à être adaptées (cartons dans les diverses langues), pouvaient ou non être colorisées.
 
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September 01, 2009
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AgnesB a dit:

...
Jeff,

Quelle verve, quel talent pour nous parler de ces créatures cauchemardesques, mais si symboliques

++
 
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September 01, 2009
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Jef Tombeur a dit:

...
Merci, Agnès...
En fait, c'est assez simple : je fais tout le contraire de ce que j'ai appris ou enseigné en écoles de journalisme... ;-)
 
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September 02, 2009
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JF Lecompte a dit:

...
J'en profite, cher Jeff pour signaler à tous les amateurs de vampires que Jean Rollin vient de sortir ses mémoires sous le titre "MoteurCoupez" aux éditions Edite, 79 rue Amelot Paris11.
Il a sorti aussi en début d'année un film "La nuit des Horloges" qui est un chef d'oeuvre de candeur sanguinolente.
http://www.editions-edite.fr/product_info.php?products_id=239
Pour amateurs de la mouvance Arabal, Jodorowski, Topor ....
 
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November 28, 2009
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