Au risque d'aller à contre courant de l'opinion générale qui veut que la crise actuelle soit la crise du laissez-faire, de la dérégulation (dont j'attends encore que quelqu'un me montre qu'une régulation aurait pu l'empêcher), je voudrais vous parler du rôle déterminant des réglementations et des supposés régulateurs dans cette crise aussi bien en tant que créateurs de la crise des subprimes que de sa propagation à toute la sphère financière et maintenant à l'économie réelle. Ou comment une crise qui aurait du se limiter à mettre le marché immobilier et la « greddy » finance dans la panade va mettre tout le monde dans le trou. Peut-être qu'après cela, chacun sera un peu moins pressé d'en appeler aux pompiers pyromanes (Etat, législateurs et régulateurs financiers) et sera décidé à leur demander de rendre des comptes pour nous avoir créé de toutes pièces cette crise et maintenant nous mettre au bord du gouffre...
Tout le monde connait désormais le mécanisme de la crise des subprimes : des emprunteurs peu solvables pour ne pas dire NJIA (No Job, Incomes and Assets) ont emprunté à des banques à taux variables, très bas au départ, en garantissant leur emprunt sur le prix de leur bien immobilier. Le jour où les taux ont augmenté (passage du taux de la FED de 1% en 2004 à 5,5% en 2006 pour faire face aux pressions inflationnistes), ces emprunteurs n'ont pas pu rembourser leur emprunt et leur bien immobilier a été mis en vente couvrir leur dette. Mais comme ils étaient nombreux, il y a eu un afflux de biens sur le marché immobilier. Cette augmentation de l'offre, couplée à une diminution de la demande due à la hausse des taux et au resserrement du crédit a entrainé le dégonflement de la bulle immobilière. Et au final, la vente des biens immobiliers, même si elle avait lieu ne permettait pas de couvrir le montant du prêt, mettant tout le monde dans la panade. Mais arrêtons nous déjà un instant sur ce simple aspect immobilier de la crise pour voir comment les multiples « régulations » ont permis d'arriver à cette merveilleuse crise des subprimes.
Dans cette crise il faut tout d'abord souligner le rôle de Fannie Mae et Freddie Mac. A l'origine, Fannie Mae [1], a été créée en 1938 par l'Administration Roosvelt afin de racheter les crédits accordés par les banques aux ménages peu fortunés en émettant des obligations à bas taux sur les marchés bénéficiant d'une garantie étatique. En 1968, l'Administration Johnson qui voyait sa capacité d'emprunt limitée par Fannie Mae au moment où elle en avait vraiment besoin, guerre du Vietnam oblige, a décidé de la privatiser sous le statut spécial de GSE [2] afin que Fannie Mae, continue à assurer sa mission politique de favoriser l'accession à la propriété des plus pauvres en échange d'avantages fiscaux et d'exemption de publication de ses comptes. Quant à Freddie Mac [3], elle a été créée en 1970 par l'Administration Nixon afin d'introduire un semblant de concurrence sur ce marché du rachat et du refinancement des prêts aux ménages peu fortunés. En clair, c'est l'Etat et les fameux régulateurs qui ont créé la base du système de privatisation des profits et de nationalisation des pertes en maintenant la garantie étatique implicite sur les obligations émises par Freddie Mac et Fannie Mae.
L'intervention de l'Etat ne s'est pas arrêtée là. En sus de racheter les prêts aux emprunteurs peu solvables, l'Etat a obligé ces 2 GSE à augmenter leur ratio de prêts subprimes dans leur portefeuille de crédits refinancés. En effet, en 1993 sous l'administration Clinton, les 2 GSE passent sous la tutelle du HUD [4] qui les oblige à compter 42% de prêts subprimes en portefeuille en 1996, 50% en 2000, 56% en 2004, ce qui augmente très fortement les possibilités de refinancement des banques pour les prêts subprimes et les incite donc à en distribuer à qui en veut, en voila sans regarder la qualité des emprunteurs. Qualité des emprunteurs que le HUD impose de ne pas contrôler afin de satisfaire ses objectifs politiques d'accession à la propriété des moins favorisés.
Mais en plus, de faciliter la refinancement des prêts subprimes en leur accordant au final une garantie étatique, le législateur fait encore mieux qu'inciter les banques à accorder des prêts subprimes, il les oblige à le faire. Le Community Reinvestment Act (CRA) a été adopté en 1977 afin d'obliger les banques qui adhérent au FDIC (fond qui garantit les dépôts des épargnants) à avoir un ratio de prêts à des populations à risques dans leur portefeuille, le tout accompagné de « testings », obligations de publications des ratios, sanctions et poursuites judiciaires pour celles qui ne s'y soumettraient pas. Ce CRA a été utilisé de manière modérée jusqu'en 1995, date à partir de laquelle l'administration Clinton a voulu renforcer son objectif d'accession à la propriété des ménages modestes, surtout ceux issus des minorités (on ne dit pas pour rien que Bill Clinton a été le premier président noir). Le montant des subprimes accordés et garantis par l'Etat américain a littéralement explosé, de même que la possibilité pour les banques de refuser un prêt subprime s'est réduite à peau de chagrin.
Ainsi les banques ont été dépossédées de leur rôle d'évaluation et de gestion du risque, avec d'un côté une incitation à ne plus s'occuper du risque (rachat par Freddie et Fannie des emprunts pourris) et de l'autre une obligation de distribuer ces prêts au premier quidam venu sans regarder sa situation sous peine de poursuites et d'amendes. Et cette situation a continué comme cela pendant un petit moment, le temps que tout se mette bien en place pour notre super-crise.
Et c'est là qu'entre en scène notre plus célèbre des pompiers pyromanes, le fameux Alan Greenspan. Ben oui, parce que la situation était déjà très, très précaire, alors même les taux d'intérêt étaient un niveau correct et qu'il n'y avait pas encore de bulle sur le marché immobilier, ce qui limitait l'aspect attractif de l'accession à la propriété. Par contre, lorsque le coût du crédit devient ridiculement bas, voire gratuit car moins élevé que l'inflation et que le marché immobilier prend 10 % par an, laissant entrevoir des perspectives de profit, même pour ceux qui ne pourront pas rembourser entièrement leur emprunt alors tout le monde y va et veut devenir propriétaire. C'est ce qui c'est passé sur le marché immobilier à partir de 2001, dès lors que notre Greenspan a décidé de distribuer quasi-gratuitement de l'argent à tout le monde afin d'échapper à la récession qui pointait après l'éclatement de la bulle internet et le 11 septembre.
En fixant des taux à moins de 2% pendant plus de 2 ans et demi, Greenspan a rendu les mensualités des crédits à taux variables moins élevées que ce que les américains pouvaient espérer chaque année en gain de pouvoir d'achat et donc tout le monde a accouru. créant une belle bulle immobilière auto-entrenant le phénomène. Les banques ne pouvant plus sélectionner leurs clients sous peine d'enfreindre la loi CRA et étant assurées de trouver un refinanceur (Freddie et Fannie ou bien tout autre qui croyait que le secteur était sain, comme les banques d'affaires), ont vu leur montant de prêts subprimes s'envoler à 1200 milliards de dollars. Le seul problème est quand la FED a du remonté ces taux à cause des pressions inflationnistes qu'elle avait en partie créé et on connait tous la suite...
Voilà pour le volet immobilier de la crise des subprimes. C'était donc de la faute de la dérégulation ? Non, c'était de la faute de mauvaise réglementation faite pour des objectifs électorales et politiques où les supposés gardiens du système ont manipulé et la monnaie et le crédit (comme en 1929). Et maintenant, on entend beaucoup de ces gardiens du système venir nous expliquer que c'est la dérégulation qui en cause. Vraiment, il y en a qui ont pas froid aux yeux, à commencer par un certain Joseph Stiglitz , prix Nobel d'économie 2001, ancien conseiller économique de Bill Clinton et donc au c?ur des décisions sur le CRA, la tutelle de Freddie et Fannie et plus généralement de la réglementation du secteur : celui-là même, qui en 2002 nous annonçait la main sur le c?ur qu'il n'y avait aucun risque de surchauffe du système subprimes ou encore les élus démocratesqui ont tuer plusieurs propositions de loi visant à durcir la réglementation visant Freddie Mac et Fannie Mae, législation introduite par R.Paul ou J.McCain. Tous ceux-là qui ont mis en place le système et empêché de le modifier sont désormais devenu les porte-drapeaux de plus d'intervention et plus de réglementation et qui s'outrent du laissez-faire et de la dérégulation. De même que les gouvernements nous jouent actuellement le couplet de l'intervention divine de l'Etat et de l'anti-libéralisme alors que ce sont les règles servant leurs objectifs politiciens qui nous mettent dans la panade. Mais assez pour aujourd'hui. Nous verrons un autre jour, le rôle de ces fameuses régulations dans la propagation de la crise, du secteur immobilier à toute la finance et à l'économie réelle, car il est quand même intéressant de savoir pourquoi 1200 milliards de crédits subprimes en circulation et qui ne sont pas tous en défaut de remboursement (estimation entre 15% et 35%) peuvent mettre à bas une économie mondiale de plus de 50 000 millards d'actifs côtés. Cela nous rappellera que les pouvoirs publics et les régulateurs sont très forts pour créer des règles qui auraient marché sur la crise précédente mais qui ne feront qu'empirer la suivante.
[1] la Federal National Mortgage Association
[2] Government Sponsored Entreprise
[3] Federal Home Loan Mortgage Corporation
[4] US Department of Housing and Urban Development
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