63994 articles
262450 opinions 12 millions de lecteurs
Tu matheras dans la douleur |
|
| 07-11-2012 16:12 - 1286 visites - Santé, Bien être - Ecrit par Jef Tombeur | |
|
« Tu accoucheras dans la douleur » (Genèse III,16 ; Esaïe LIII,4). Pas inéluctable, comme la péridurale l'a établi. Ainsi que l'énonce Michel Serres, « toutes les morales sont faites comme des luttes contre la douleur inévitable et quotidienne. ». L'enseignement des mathématiques serait-il, au moins en partie, fondamentalement « immoral » ? C'est la question implicite que soulèvent Ian Lyons (univ. de Chicago) et Sian L. Beilock (Western univ. de l'Ontario) dans leur étude Quand les maths font mal… (PLos ONE, 31 oct. 2012). Étudier les maths, et surtout résoudre des problèmes ou des équations, peut susciter chez élèves une véritable douleur. Franchement, je m'en doutais un peu…
La psychologie est une discipline permettant parfois d'affirmer un peu tout et son contraire, comme son historiographie l'établit assez aisément. Mais, bon, l'article « When Math Hurts: Math Anxiety Prédicts Pain Network activation in Anticipation of Doing Math » (Lyons IM, Beilock SL, PloS ONE 10/7, 2012) a été revu et approuvé notamment par Georges Chapouthier, univ. Pierre-et-Marie-Curie, Paris-VI, et d'autres, de fin février à fin septembre 2012, et cela me semble une garantie suffisante. Sciatique mathématique Aurais-je eu à faire avec des sadiques qui s'ignoraient, ma stratégie d'évitement qui consista à éluder toute douleur en refusant l'affrontement dès ma classe de première (et totalement en terminale où, pour m'occuper, le prof me laissait écrire, dessiner, muser… mi par compassion, mi par obligation de ne pas sacrifier la progression du restant de la classe), relevait-elle d'une saine attitude de refus de ressentir une peine physique quelque part au-dessus de l'oreille ? Je souffrais donc d'une véritable phobie qui aurait dû être traitée pour telle, ce que des cours particuliers (totalement inopérants pour mon cas pathologique et assez vite abandonnés) ne pouvaient assurer. « Pour certains, même la simple perspective de devoir se livrer aux maths est harassante », débutent les auteurs. Mes hauts niveaux d'anxiété mathématique (HMAs, high levels…) s'apparentaient à un pic, une cime, un sommet himalayesque. Ma « mathophobie », pour reprendre à mon compte le néologisme de Chris Matyszczyk, de Cnet, s'élevait à des niveaux qui m'ont fait renoncer à la sociologie (savoir comprendre des stats n'oblige pas, à mon sens, à en faire soi-même, mais la faculté ne l'entendait pas de la sorte), puis pousser à déléguer toute opération simple (genre règle de trois) à des collègues, consœurs, collaborateurs, voire supérieures hiérarchiques. Cela n'a pas vraiment nui à la carrière que j'entendais poursuivre, mais comme le disent les auteurs, à renoncer à toute perspective professionnelle impliquant un minimum de connaissances, non seulement en maths, mais en arithmétique. Carrément ! Pour moi, comme l'énonçait « La Canne » (les anciens de Saint-Martin à Angers voient très bien de qui il peut s'agir), Pgcd signifiait « petite grenouille et crapaud dansant ». Pourtant, ce distingué professeur, sévère mais juste, n'était pas un piètre pédagogue. Me retrouvant redoublant avec un programme un tant soi peu allégé, il m'a maintenu les narines au-dessus d'un 7 ou 8 de moyenne qui m'a permis d'intégrer la classe de première. Ensuite, ensuite… Le naufrage, la plongée dans les bas-fonds du zéro ou d'un charitable un, valant peut-être un résigné encouragement. L'amputé ressent encore la douleur Or donc, mes réactions neuronales en situation d'HMAs, douloureuses, taraudantes, si, vraiment, dans une première phase (ensuite, échanger une dissertation contre un devoir de maths n'illusionna plus personne, je m'enfonçais donc dans le statut de cancre assumé), dans la zone fronto-parietal (pariéto-frontale), étaient d'un tel niveau que je devins un mathématico-amputé volontaire. Sioux tel le renard (ou le fennec, mon totem chez les Éclaireurs), je me suis rongé la patte matheuse. Littéralement (enfin, presque). Mes HMAs devaient frôler le niveau 76 (l'ultime selon l'étude), tandis que ceux de mes condisciples, qui ont au moins mitoyenné la moyenne ou l'ont obtenue et surpassée au bac (j'obtins quatre sur 80), devait se situer entre 5 (personne n'y échappe, même les plus doués) et 24 pour les plus performants, dans la moyenne de 30,34 pour les « passables ». Tout s'explique. Les petites taches orange qu'une IRM détecte sur un esprit « sain » mathématiquement parlant, si j'ose, devaient virer chez moi à une indécente iridescence approchant l'écarlate, puis glissant du grenat au rubis, enfin au blanc de chauffe. Les obstinés risquaient « une peine viscérale » (sic, je cite, mais ce n'est pas incorrect, le cerveau étant un viscère) : je me la suis progressivement épargnée. Il y a de l'espoir pour les pas trop mauvais en maths : l'anxiété, inévitable chez toutes et tous, surpassée, la douleur s'estompe dès qu'ils se lancent dans la résolution du problème de maths. CQFD ! L'ennui est que, si les auteurs laissent penser, sans vraiment le suggérer nettement, qu'un traitement serait possible pour que les affectés d'HMAs surélevés retombent du côté des ratios moyens Je pose la question : une telle étude ne justifierait-elle pas le rétablissement, certes pas à l'identique (trop de cours fumeux, trop peu d'approche pratique), des Instituts de formation des maîtres (IUFM) ? J'interpelle aussi les psys de tout poil, plume ou écaille : cette étude, qui confirme ce que j'ai pu confusément ressentir, ne doit-elle pas vous inciter dare-dare à expérimenter, sur des cobayes, de nouveaux anxiolytiques adaptés, ciblés, et surtout de nouvelles méthodes ? Il y a de nouveaux honoraires à prendre, des coups en bourse à tenter, des bénéfices à récolter. Grosse différence, lourdes conséquences J'imagine déjà les parents préparer des poches de glaçons, les profs compatissants se retenant de caresser les chères têtes blondes (la pédophilie se niche partout dans le crane des chefs d'établissements et des délégués des fédérations de parents d'élèves), les bourreaux de cour de récréation obliger leurs souffre-douleur à peiner sur des énigmes mathématiques, &c. Le dilemme : faire face frontalement – adverbe ô si idoine à la lumière de cette étude – à la difficulté ou affronter résolument la facilité et laisser les cancres en maths suivre des cursus adaptés. Après tout, il est bien possible de se faire exempter de gym (pardon, d'éducation physique). Une instruction (un conditionnement ?) mental est-il à la portée de nos scientifiques et thérapeutes ? Au lieu de revoir les programmes d'histoire et de littérature pour, comme le suggérait Najat Vallaud-Belkacem, signaler l'apport gendré dans les œuvres et réalisations (les Curie, mère et filles, étaient-elles attirées par les femmes ? Cela influença-t-il leurs méthodologies ?), la priorité n'est-elle point tout autre ? Qu'en pensent les centres, le Front de Gauche, le PS, l'UMP, le FN et les non-inscrits ? N'est-ce point plus crucial que le mariage pour toutes et tous et le vote des étrangers aux élections territoriales ? Imaginez toutes les implications. Soumettre un ministre de l'Éducation devant des caméras de télévision à la torture d'une division de fractions, voire à l'épreuve par neuf, est-ce encore admissible ? Santé, bonheur, jamais plus de maths à nulle heure pour les affectés. Approfondir la logique multidimensionnelle Cette étude n'est pas passée inaperçue. Ses conséquences ne sont encore qu'effleurées. En tant que sachant, expert qualifié, je suggère d'être nommé au futur Haut Comité interministériel pour l'atténuation de la souffrance mathématique et la réforme pédagogique d'éradication de la mathophobie (HCIASMRPÉM). Chauffeur, à Grenelle (au ministère de l'Éducation). Ou aux rives de la Marne pour une séance décentralisée (les taxis seront réquisitionnés). N'empêche, contrairement aux études et recherches dignes des prix IGnoble, celle-ci mérite toute l'attention qu'il se doit. La numératie (l'innumératie) est un enjeu crucial de compétitivité et je propose d'affecter un pourcentage substantiel de la prochaine hausse de la TVA à relever le défi. Sans rire, ni même sourire. Le PrOuT (Parti de rien, revenu de tout, que je præside) s'engage à le réclamer, au besoin en appelant à descendre dans la rue, même aux côtés de Jean-François Copé et de Marine Le Pen. La France attendra-t-elle que le Groland prenne les devants ? N'est-ce point là une ardente – qu'écris-je, incandescente ! – priorité nationale, européenne, mondiale ? Comme me l'affirme ma voisine de clavier (mention TB au bac, obtenu à 16 ans, 12 en maths, série B, coef. 4, en dépit du fait qu'elle trouvait le résultat selon des raisonnements que les correcteurs n'arrivaient pas à confronter aux corrigés, puis divers mastères et un MBA), « tout cela, j'aurais pu te le dire, les maths, c'est terrifiant, horrible ! ». Elle n'exagère nullement. Contrairement à tant d'autres, elle parvenait à surmonter son anxiété puis, confirmant l'étude, une fois lancée dans la résolution des problèmes, son appréhension s'apaisait.
Pour qui comprend l'anglais, j'engage vivement à consulter l'original : Futurs profs de maths, en activité ou retraités, syndicalistes de l'Éducation nationale, vous ne pouvez plus dire que vous ne saviez pas. Nul n'est censé ignorer la loi, pas davantage les conclusions de cette recherche médicosociétale. Près de 13 000 sites répercutent déjà cette étude. Sois sage, ô ma douleur ! Comme le remémorent Nihaela-Gentian Stanisor et Razvan Enache, de la revue Alkemie, on peut considérer que « tout est littérature, c'est-à-dire préoccupation pour l'expression et pour le langage. ». Le langage mathématique et son orthotypographie n'y échappent pas. Comme l'exprimait un professeur de lettres de Fustel-de-Coulanges (Strasbourg), « l'hypokhâgneux s'infuse dans la macération. ». Et parfois (litote) la souffrance. by TokyWoky Commentaires de cet article sur C4N : (2)
Veritas a dit:Veritas a dit:
Ecrivez un commentaire sur C4N
|
|||||
|
|
||
Cet article vous a plu ? Partagez le avec vos amis sur Twitter, LinkedIn, Pinterest et Google plus:
| Tweet |
|
|
Boostez l'audience de cette page pour seulement 99€ :
Ou contactez notre régie au 09.83.00.95.11
D'autres articles sur C4N répondent à vos questions citoyennes !
Se connecter
Trouver un article
Qui écrit sur C4N ?
Rejoignez C4N
|
Inscrivez vous pour publier et toucher vos droits d'auteur Restez en contact avec C4N, en installant notre barre d'outils Devenez également fan de notre page Facebook Suivez les derniers articles sur Twitter Abonnez vous gratuitement au flux RSS des articles Utilisez notre logo sur votre blog |
Infos Reporters
Date prévisionnelle de versement des droits d'auteurs du mois de mars 2013 : 15 juin
À peine avais-je publié sur Come4News «
Nouveau genre littéraire 

