Alors
que le Parquet de Paris vient de classer l'affaire du dit SMS de
Nicolas à Cécilia, notre équipe de reporters intrépides est en mesure
d'apporter de nouvelles révélations : oui, Nicolas a bien envoyé le
fameux SMS, non, le destinataire n'était pas Cécilia.
Le doute, vertu majeure du journalisme citoyen, demeurait dans nos
maigrelets esprits depuis que son Excellence le Président menaçait de
porter plainte. S'emporter ainsi devant un travail d'investigation du
Nouvel Observateur était, il faut l'avouer, plutôt curieux limite
suspect.
C'est un peu comme si vous étiez blasés de voir gagner le PSG
ou si vous attendiez de passer une belle soirée de cinéma à la
télévision française...
Surtout que la plainte était qualifiée de
faux, usage de faux et recel. Qu'il affirme que le SMS n'existait pas
et, normal, il portait plainte pour faux et usage de faux. Qu'il se
préserve du recel sous-entend le contraire, que le SMS existe mais a
été dérobé puis remis au journaliste.
Enfin bref dans l'équipe,
comme on n'est pas juriste et que tout était fait pour étouffer le
sieur Airy Routier, pourtant souvent sympa au demeurant, les routiers,
on s'en tenait là.
Jusqu'à ce que nos téléscripteurs crépitent
d'une annonce somme toute anodine sauf pour nous, et oui on ne nous la
fait pas. Cela disait un truc dans le genre "Mme Chirac, présidente de
la Fondation Hôpitaux de Paris, a été faite chevalier". Oh je vois déjà
les amateurs de Kamelott se gausser en imaginant Bernadette toute
d'armure vêtue. Les plus sérieux lecteurs auront bien compris que l'on
évoquait là la Légion d'honneur. Cameron, le facétieux de notre bande
s'amusait déjà d'un fallacieux "Ben en tout cas pour la Légion
étrangère c'est pas un honneur qu'elle soit Miss Képi Blanc " qu'un
incroyable scénario se dessinait déjà dans nos têtes...
Madame
Chirac médaillée le lendemain même du classement de l'affaire du SMS et
la veille du passage du lapin de Pâques, pas de doute, il y en avait
forcément qui était chocolat dans cette affaire.
Car pour nous
autres limiers, l'affaire était lancée, ne restait plus qu'à en
apporter cette fois ci la preuve manifeste. Notre scénario s'élaborait
fébrilement. "Portable" me dit Galouzeau comme s'il opérait à coeur
ouvert et voulait un bistouri... Ses petits doigts boudinés se
déplaçaient avec une
agilité étonnante. Rassénéré, il reposa l'appareil et nous gratifia
d'un enigmatique "Y a pu qu'à attendre".... qui nous laissa pantois.
Il
ne fallut guère plus de 10 minutes avant que son portable ne soit pris
de tressaillements, convulsions visiblement douloureuses et qui nous
arrachaient à tous quelqu'effroi. Une réponse au SMS s'affichait
péniblement "Qu'est-ce qu'il y a
encore comme problème? Je commence à en avoir assez! What do you want?
Do you want me to take my plane, to go back to my country, to go back
to France? Is that what you want? This is a provocation! This is not a method! Please, stop now!".
Ce style nous disait bien vaguement quelque chose mais...
Galouzeau nous révéla la teneur de son envoi : "Jack, MRci avoir détrui SMS Mé, é réfléchi, OK pr bobon médayé, mé toi é té fo électeur, tu va manG-Nico"
Nous commencions à vaguement pressentir la situation qu'un deuxième SMS se signala :
"abracadabrantesque !"
Manu répondit promptement "toi-même !"
Le ton monta alors rapidement et une voix célèbre ravagea le répondeur :
"Laissez-moi
vous dire une chose: si vous voulez vous tirer une balle dans le pied,
faites-le, mais après, ne protestez pas. C'est une connerie, je vous le
dis".
Le doute n'était plus permis, notre interlocuteur était
bien le destinataire du SMS présidentiel. L'atmosphère devint
irrespirable et il fallut à Galouzeau un long moment et une bonne dose
de courage pour se décider à appeler en direct. Sans surprise une voix
féminine décrocha. Il osa d'un ton monocorde "Bonjour Claude, Jacques est là ?" - Oui,
à côté de moi, il me dicte les réponses, tu sais Nicolas, lui et la
technique... je te le passe mais il est passablement énervé !".
Nous en avions assez pour notre scoop du siècle.
Alors
oui notre Président était bien fragilisé, oui il se sentait seul, oui
il voulait revenir en arrière, oui il s'est compromis quand, enfin
ressaisit, il voulut masquer l'existence du SMS.
Mais pour tout cela, il n'avait pas contacté Cécilia, mais un certain ....
Jacques
Chirac...
Des amis de trente ans...
"Si tu reviens j'annule tout"
il parlait des élections présidentielles !!!!
et nous, "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs"...
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