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Secourir Haïti (suite) |
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| 15-01-2010 15:15 - 2843 visites - Flux International - Ecrit par Jef Tombeur - Lire son flux RSS | |
Une précédente contribution, portant sur le rôle des ONG, des institutions internationales, de la presse à et au sujet d’Haïti a valu de nombreux commentaires. Merci de vos commentaires. L’une des réactions était en substance : « il n’est pas temps de tergiverser, agissez ! ». Oui, mais pas comme par le passé, pas n’importe comment. Voici, non sollicité parce que je savais que ce n’était pas le moment d’interrompre le cours des correspondances de l’auteure, l’avis d’une spécialiste d’Haïti ayant conservé de nombreux liens sur place et en contact étroit avec la communauté haïtienne en France…
Natacha Giafferi-Dombre est maître de conférences, spécialiste d’Haïti (et, pour résumer, du métissage), soit chercheuse sans poste mais active en ses spécialités, l’anthropologie et l'ethnologie, et galeriste à Paris. Sa galerie, Marassa Trois (une figure de l’imaginaire vaudou), est l’un des rendez-vous des artistes et intellectuels haïtiens de Paris. Voici son texte reçu par courriel…
« À tous, amis,
collègues, parents, je demande un moment d'attention (si possible suivie
d'action...) :
Je n'ai pas encore de
liste d'ONGs ou d'associations locales à proposer auxquelles adresser vos
éventuels dons à la population haïtienne, et singulièrement port-au-princienne
dont vous savez combien je l'ai aimée, haïe, chérie. J'attends donc toutes vos suggestions,
sachant qu'il est à la fois urgent de partager et nécessaire d'inscrire toute
bonne volonté dans la durée.
Je réfléchis ces jours
à une forme de “correspondance active” entre citoyens des deux pays, enfants et
adultes, peut-être de famille à famille – puisque c'est semble t-il, prise dans
son sens nucléaire le plus étroit, la valeur ultime dans nos existences repues
–, qui permettrait d'expérimenter au quotidien et de manière concrète notre
communauté d'esprit, d'aller peut-être au-delà d'une charité de pure forme,
hâtive, sans regard.
En attendant donc de
mûrir ce projet à plus long terme, je vous demande de bien vouloir diffuser à
vos contacts, ainsi qu'à moi-même qui les répercuterai, des suggestions
d'organismes efficaces et désintéressés qui porteraient secours aux malheureux
sous les pieds desquels la terre n'est plus synonyme de fermeté. J'en dresserai
de mon côté une liste non exhaustive que je vous invite à compléter ou infirmer
le cas échéant. Avec votre aide, je pourrais ainsi répondre au mieux aux
propositions de dons qui affluent à
Les Haïtiens comptent
sur nous et nous estiment encore, essayons d'être à la hauteur de leur
espérance...
Amicalement, »
Natacha Giafferi-Dombre
Il est évident, du moins pour moi, que Natacha Giafferi-Dombre disposait de contacts parmi les personnels des ONG sur place et que sa retenue n’est pas que de pure forme. Les choses évoluent. Certaines petites ONG, travail accompli au regard d’un objectif nécessairement limité, se replient, d’autres se dispersent. D’autres encore sont dans l’impossibilité d’agir utilement, soit que leurs effectifs aient été amputés, soit que leurs compétences et moyens ne soient pas adaptés à l’urgence. Pour mon compte, j’aurais sans doute pu, dès hier (mais je me suis bien gardé de solliciter mon contact, une responsable d’ONG survivante et débordée par la tâche…), obtenir deux fois par jour de succincts aperçus de son action, de ses réflexions. Je m’abstiens, jusqu’à retour à des conditions plus convenables, et j’ajouterai, plus décentes.
Voir aussi : Secourir Haïti... avec discernement .
Certes il faut, dès à présent, de l’argent pour contribuer à des actions ponctuelles de terrassement, d’acheminement d’hôpitaux amovibles (tentes équipées), d’érection d’abris très provisoires. Je signalais que, notamment, les ONG très présentes sur le terrain de l’aide aux SDF, aux situations les plus précaires dans nos pays, sont représentées sur le terrain, depuis souvent de longues années. Vous les connaissez.
Pour la suite, qui ne saurait être différée inconsidérément,
je n’ai rien à rajouter. L’appel de Natacha Giafferi-Dombre n’est pas destiné d’abord
au grand public, mais à des « sachants »,
soit à des personnes déjà impliquées. Pour certaines, il est inutile :
elles savent depuis longtemps, ont pris contact sans attendre ce courriel, communiquent
d’ores et déjà leurs réflexions, suggestions, premiers comptes rendus. Si des
personnes voulant réellement s’impliquer le désirent, elles sauront trouver,
faire la démarche mûrement pesée. Il est inutile, voire contreproductif,
Cette contribution n’a d’autre but, dans la lignée de la précédente, que de vous, de nous inciter à une action réfléchie, durable… Il n’est pas question, ni ici, ni ailleurs, de dicter ou d’orienter, avec des arguments passionnels, émotionnels, la conduite de quiconque. Les Haïtiennes et Haïtiens n’en n’ont nul besoin. Elles et ils ont déjà, sinon reçu (l’aide a été largement détournée par le passé), du moins connu, depuis de trop longues années. Elles et ils « nous estiment encore ». Je vous épargne le commentaire de texte…
Cela n'a bien sûr « rien à voir ». Mais au voisinage immédiat du courriel de Natacha Giafferi-Dombre, dans ma liste de sollicitations reçues quotidiennement, j'avais un autre appel : « les journalistes de TF1 ont besoin de vous… ». Allons donc. Voici une autre cause estimable. Serait-ce pour creuser l'information sur les mesures de rétorsion à l'égard des Échos exercées par ce nouveau papivore qu'est devenu le Crédit-Mutuel-CIC (voir sur C4N et ailleurs) ? Serait-ce pour leur faire relayer les témoignages reçus par des Haïtiennes ou Haïtiens ou des ONG sur place ? Non, il s'agit de vous inscrire à un jeu et par là-même de récupérer des renseignements mercatiques sur votre compte.
Mais, après tout, ce n'est qu'un jeu... N'est-ce pas ? Ainsi de l'essayiste audio-télévisuel Rush Limbaugh qui accuse Barrack Obama de se refaire une popularité à bon compte auprès de l'électorat noir américain : « Nous avons déjà donné à Haïti, cela s'appelle les impôts américains, » a-t-il tout récemment déclaré, sans s'interroger sur l'affec(ta)tion (infecte, parfois) des sommes sous la présidence de G. W. Bush. Ainsi du télé-évangéliste Pat Roberson, ancien candidat républicain à la présidence étasunienne, qui propage l'idée que les Haïtiennes et Haïtiens n'ont que ce qu'ils méritent : « ils ont passé un pacte avec le diable. Ils ont dit “Nous vous servirons si vous nous libérez des Français“ (...) Et le diable à dit : “d'accord, marché conclu.“. » L'aide (et non l'assistance) à moyen et long terme, suppose de la lucidité.
Commentaires (1)
Jef Tombeur a dit:
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Ne pas se méprendre. Il ne s'agit pas de décourager qui que ce soit d'apporter des soutiens financiers à des ONG spécialistes de l'urgence (MSF, Médecins du monde, pour n'en citer que deux), ni de tenir pour négligeable l'action d'autres qui, comme le Secours Populaire français, ont prouvé la validité de leur démarche en Haïti. Pour cela, il y a des spécialistes de la propagande et de la réclame.
