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07 Aug 2008
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Santé : les fossoyeurs

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par Olivier Bonnet medal_gold.png- 360 hitsflux RSS de ce reporter Flux RSS de ce reporter flux RSS de ce theme Flux RSS de Société

Pour le vice-président du Comité national d’éthique, il faudra bien un jour laisser mourir ceux qui ne sont pas "rentables pour la société", à cause de l’impossible financement du système de santé. (Pierre Le Coz nous a écrit depuis pour vigoureusement démentir) Réfutations de cette thèse criminelle.

le point le coz"Avec le vieillissement de la population - que l’on n’a pas correctement anticipé - et la multiplication des pathologies associées à l’allongement de la vie, on s’inquiète des dépenses à venir. Nos ressources n’étant pas illimitées, il faut essayer de les répartir de façon plus rationnelle. Aujourd’hui, on est bien obligé d’admettre que, si la santé n’a pas de prix, elle a un coût. Et les médecins doivent désormais tenir compte du prix des médicaments dans leurs décisions. Notre vision va devenir "sacrificielle" : il vaut mieux correctement prendre en charge un père de famille de 40 ans, qui est rentable pour la société, qu’une personne de 80 ans qui n’a plus toute sa tête. C’est évidemment un constat tragique. Mais nous n’avons pas le choix." En croyez-vous vos yeux ? Ça date un peu, c’était dans Le Point du 3 juillet (et en ligne ici), mais tout de même, on ne pouvait pas laisser passer ça. L’auteur de cette saillie salement décomplexée est rien moins qu’agrégé de philosophie, Docteur en Sciences de la Vie et de la Santé, Maître de Conférences des Universités à la Faculté de Médecine de Marseille, Président du Centre d’études et de recherches en éthique médicale (CEREM) de l’Espace Éthique Méditerranéen de Marseille, Membre du Conseil d’orientation de l’Agence de la biomédecine et, tenez-vous bien, vice-président du Comité National d’Éthique pour Les Sciences de la Vie et de la Santé. Éthique vient du grec ηθική [επιστήμη] et signifie la "science morale". Pour Pierre Le Coz - c’est le nom de ce triste sire -, la morale consiste à laisser crever quelqu’un qui n’est pas "rentable pour la société", parce que, n’est-ce pas, on n’a pas le choix, on ne peut soigner tout le monde, si ?

(Mise à jour  : Pierre Le Coz contre Le Point : "une déformation grotesque et choquante de mes propos")

fossoyeursOn repense alors à la présentation sur son site du livre de notre ami le docteur Christian Lehmann : "Les Fossoyeurs, comme les Envahisseurs que traquait David Vincent dans la célèbre série américaine des années 60, viennent d’une autre planète, celle où le profit est roi. Ces extra-terrestres ont pris forme humaine pour mieux nous infiltrer et nous soumettre aux lois du marché, au nom du néolibéralisme, de ce système dans lequel il s’agit de courir toujours plus vite, quitte à laisser sur le bord du chemin les plus faibles. Enfin ! Ne plus payer pour les vieux, les malades, les handicapés, tous ceux qui ralentissent la marche en avant vers des lendemains qui chantent pour l’actionnaire. (...) Christian Lehmann a vu les Fossoyeurs. Il les a suivis, a infiltré leurs lieux de pouvoir, décrypté leurs messages : ce sont eux qui nous expliquent que le déficit de la Sécurité Sociale est lié au laxisme généralisé de patients abuseurs et de médecins complices. Eux qui inlassablement désignent des fraudeurs et des parasites aux aides sociales, pour amener la population à désespérer du système solidaire. Eux qui cherchent à responsabiliser par l’argent les plus démunis. Le cauchemar a déjà commencé. Ce sont nos vies qui sont en jeu. En quelques années à peine, ils ont profondément modifié le paysage sanitaire français, installant dans la population l’idée que la santé était un commerce comme un autre, que le système de Sécurité Sociale était obsolète et financièrement intenable. Ils ont appliqué, en ville, à l’hôpital, en dépit du bon sens, les dogmes de leur secte, laminant les expériences de sortie du paiement à l’acte, cautionnant et généralisant les dépassements tarifaires, introduisant à l’hôpital le tri des patients selon la rentabilité, modifiant le fonctionnement de la Sécu pour y appliquer des objectifs financiers masqués sous prétexte de maîtrise médicalisée."

mythe du trou sécuOn songe aussi à l’ouvrage du chercheur en sciences sociales Julien Duval, Le mythe du trou de la Sécu, dont des extraits sont publiés par Acrimed : "Occupant une place de première importance dans la vision dominante, ce sujet est, à coup sûr, l’un des plus commentés. Les médias suivent attentivement son évolution et le propulsent « à la une » en maintes occasions. Ce qu’ils appellent le « déficit de la Sécurité sociale » correspond, en réalité, aux besoins de financement du régime général. (...) S’ils le qualifient souvent d’« énorme », les journalistes diagnostiquent aussi un état « chronique » et, à ce titre, inquiétant (...). Outre un risque de « faillite », il arrive également aux médias d’envisager que l’institution soit un jour dans l’impossibilité de verser les prestations sociales. Ces arguments, qui semblent justifier l’importance accordée au sujet, doivent être relativisés. Le montant absolu du déficit, auquel les médias s’en tiennent généralement, paraît colossal. Mais, rapporté aux sommes en jeu, il ne correspond pas à une part considérable de l’ensemble des recettes du régime général : même en 2005, où il atteint un niveau sans précédent, il n’en représente que 4,3%. La même année, pour le budget de l’État, le rapport du solde aux recettes s’élève à 18%. De même, on peut noter qu’en 2005 les besoins de financement de la Sécurité sociale ne constituent que 7,3% de l’ensemble des besoins des administrations publiques [3]. Si l’importance accordée au chiffre du déficit paraît disproportionnée, on peut aussi discuter de la lecture qui en est régulièrement faite. L’expression « trou de la Sécu » est une sorte d’« obstacle verbal » qui « pousse à une pensée autonome » et tend à fournir « une fausse explication à l’aide d’un mot explicatif » [4]. Elle invite à penser les finances de la Sécurité sociale sur le modèle du budget d’un ménage. L’analogie est parfois explicite. Pour tel journaliste de télévision, par exemple, il s’agit de problèmes « tout simples » : « le budget d’un ménage, il est composé des revenus et puis on doit s’y tenir, tout simplement » [5]. L’expression « trou de la Sécu » ne fait pas que nommer un problème, elle renvoie implicitement au principe de l’économie ménagère selon lequel on ne peut pas durablement dépenser plus qu’on ne gagne. Elle renferme ainsi une explication : l’institution est en déficit parce qu’elle vit au-dessus de ses moyens ; et si elle vit au-dessus de ses moyens, c’est qu’elle gaspille ses ressources ou fait des dépenses inutiles. Des sujets très médiatisés confortent cette thèse : les « abus » entourant le fonctionnement de la Sécurité sociale, ou les escroqueries aux assurances-maladie ou chômage, si souvent rapportées par les radios et les télévisions privées. Certains news magazines en proposent fréquemment des compilations sous la forme de « unes » et de dossiers dénonçant « la grande fraude sociale » ou « ceux qui creusent vraiment le trou de la Sécu ». Depuis 2002, les gouvernements de droite martèlent que le système actuel donnerait lieu à des « fraudes » de plus en plus nombreuses et que les assurés comme les médecins dépenseraient sans compter. Il fut ainsi beaucoup question ces derniers temps de « surconsommation de médicaments », de « nomadisme médical », d’« examens médicaux injustifiés », d’« arrêts de travail abusifs »... sans parler de la « bobologie »."

couvIl nous souvient enfin avoir écrit sur ce sujet dans Sarkozy, la grande manipulation : "On nous rebat les oreilles avec le fameux « trou de la Sécu », d’un montant de presque 10 milliards d’euros. Il est rare qu’on le remette en perspective avec le budget global de la Sécu, qui atteint 330 milliards. Au lieu de quoi ce « trou » est sans cesse appelé à la rescousse pour justifier toujours moins de prise en charge pour ceux qui en ont vraiment besoin. Or l’Etat doit à ladite Sécu la bagatelle de 5,1 milliards d’euros, chiffre reconnu par le ministre des Comptes publics lui-même, Eric Woerth (au titre par exemple des arriérés de cotisations sociales, notamment du fait des exonérations accordées aux entreprises). Ensuite, il ne lui verse pas l’intégralité des taxes sur le tabac et l’alcool, qui lui reviennent pourtant de droit, ce qui équivaut à 3 milliards supplémentaires. Ajoutons encore 3 milliards qui seraient perçus si l’on taxait les stock-options, suivant la proposition formulée en septembre 2007 par le Président de la Cour des comptes, Philippe Séguin - qui est loin du gauchiste échevelé ! Ça nous fait combien ? 11 milliards. Au lieu du trou qui frôle les 10 milliards, spectre agité par le gouvernement pour nous terrifier, avec la complicité bienveillante des médias, on obtiendrait alors un excédent d’un milliard. En réalité, il n’y a donc strictement aucune autre raison qu’idéologique – faire le miel du secteur privé – que l’Etat cesse de garantir à chacun le droit de se soigner, ce qui est pourtant la moindre des choses dans un pays qui est toujours la cinquième puissance mondiale !"

À la lumière de ces différentes analyses, la prise de position de Pierre Le Coz, justifiée par une présentation mensongère de la réalité, apparaît pour ce qu’elle est : tout bonnement criminelle.

PS : à lire aussi sur le même sujet le billet du camarade CSP, Fascisme sanitaire.

Commentaires (4)add comment

laury a dit:

La Santé
Bonjour Olivier Bonnet très bonne article conforté par agali ,notre "cher" président ami
et caniche fidèle de l'Amérique suis en cela parfaitement les préconisations du nouvelle
ordre mondial ou il est écrit noir sur blanc qu'il faut ne plus soigner les malades en fin de vie et les longues maladie,en résumé toutes les patrologie longue ,donc il n'y pas de
problèmes "ont" suis les directives!!!!!! smilies/cry.gif
 
Abus
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August 08, 2008
Votes: +0

Olivier Bonnet a dit:

...
Merci pour votre témoignage, Agali.
 
Abus
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August 08, 2008 | url
Votes: +1

agali a dit:

méfiance
j'ai du refuser deux fois consécutivement d'entrer dans deux protocoles de soins qui présentaient des risques secondaires très dangereux dont l'un nécessitait au préalable l'extraction de toutes mes dents (j'ai refusé) et que le Professeur XYZ et son équipe dans un hopital public à capitaux public voulait m'imposer ont voulu m'imposer, j'ai 74 ans à défaut de mieux on a essayé de m'utiliser comme cobaye. Résultat, j'ai refusé et je paye très cher cher un spécialiste privé qui me soigne avec des médicaments classiques sans effets secondaires : ca me coute les yeux de la tête ensuite prétendre comme on le dit que ce sont les personnes agées qui coutent à la sécurité sociale il faudrait le prouver, les jeunes familles avec accouchements et enfants à élever à mon avis coutent plus, je ne les critiquent pas, c'est la politique qui consiste à vouloir casser le système de solidarité inter génération, et la casse de la protection sociale tout court qui s'opère sous nos yeux, personne ne peut plus ignorer que la droite libérale veut que l'on s'assure dans le privé pour enrichir les prédateurs privés financiers du secteur de la santé et des retraites.
 
Abus
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August 08, 2008
Votes: +1

Olivier Bonnet a dit:

...
Hallucinante, cette déclaration de Le Croz, non ?
 
Abus
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August 07, 2008 | url
Votes: +1

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