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S.O.S. Colombie |
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| 11-12-2010 19:15 - 2130 visites - Flux International - Ecrit par Le candide - Lire son flux RSS | |
Je vous en parle depuis plusieurs mois, mais la vague de froid et d’inondations qui frappent la Colombie depuis la mi-juillet ne cesse d’avoir des conséquences dramatiques (voir : L’argent de la drogue pour l’humanitaire) . Outre le fait que plusieurs localités sont parfois complètement isolées à cause de l’effondrement de ponts routiers ou de glissements de terrain ayant enseveli les chaussées ou les ayant emportés avec eux, dans de nombreux endroits les habitants sont obligés de marcher les pieds dans l’eau ou parfois immergés jusqu’à la taille. Les cultures et les pâturages ne sont plus qu’immenses étangs qui s’étendent à perte de vue, où ne surnagent que la cime des plus hauts arbres ou les cornes de quelque bovidé qui se débat encore dans les eaux, mais qui abandonnera bientôt le combat. La ville de Sucre (dans le département du même nom, 21.000 habitants) est quant à elle inondée depuis bientôt 6 mois, et quand je dis inondée je ne parle pas de quelques centimètres dans certaines rues, mais bien d’une inondation dans l’ensemble de la ville, avec un niveau des eaux qui atteint par endroits un mètre et demi. Cette inondation est due au débordement du fleuve Cauca (un des principaux du pays qui sinue entre la cordillère des Andes occidentale et la centrale) qui dans sa fureur a emporté toutes les digues de contention. Les habitants résistent cependant et poursuivent leurs activités quotidiennes dans cette étrange Venise des tropiques perdue dans l’eau et la boue. Mais les maladies se sont évidemment ajoutées au fléau et les premiers cas de choléra ont été signalés qui sont venus se rajouter à la dengue et au paludisme endémiques en ces régions. Les nombreuses difficultés ont poussé à la faillite de nombreux petits commerces, les écoles qui le pouvaient ont dû faire preuve d’ingéniosité pour continuer à recevoir leurs élèves et même l’hôpital local où l’on amène les malades en pirogue jusque dans la salle des urgences, doit lutter contre la prolifération des maladies nosocomiales. Certains quartiers proches du fleuve ont dû être complètement évacués, transformant des pans entiers de la ville en zones fantômes abandonnées à ce linceul liquide qui semble ne jamais vouloir tarir. Et pourtant, même dans ces quartiers, le silence oppressant est parfois dérangé par un clapotis régulier, celui des pirogues des rares habitants qui n’ont pas voulu, ou plutôt pas pu, abandonner les lieux et qui errent à présent comme des âmes en peine au milieu des rues transformées en rivière. Avec leur pagaie, il veille sur leur maigre bien et celui de leurs voisins. On les aperçoit le reste du temps cuisinant, dormant et mangeant sur le toit de leur maison complètement inondée. D’après les dernières informations, il faudra au moins un an pour rétablir la situation dans cette zone du pays. Mais la ville de Sucre n’est pas la seule touchée, et la région du Choco (sur l’océan Pacifique) subit hélas le même sort. De plus, comme cultures et pâturages sont inondés dans pratiquement tout le pays, le prix des denrées alimentaires a déjà augmenté de 50 %, ce qui s’explique par le fait qu’il n’y a plus de routes pour transporter ce qui a survécu à la noyade. Dans un précédent article je signalais que les secours, les passagers et les biens devaient être transportés par voie aérienne, mais ce mode de transport est lui aussi compromis puisque de nombreux aéroports ont vu leurs pistes inondées ou bien subissent des conditions météorologiques rendant dangereuse l’approche ou le décollage des avions. De plus, depuis maintenant deux semaines, le principal aéroport du pays (L’aéroport Eldorado à Bogota) ne fonctionne plus à pleine capacité. C’est d’abord un problème technique qui a affecté la majorité des vols (des infiltrations dans le système électrique ayant perturbé le balisage des pistes) et puis ce sont les pistes elles-mêmes qui ont été atteintes par les eaux. Mais les pluies continues ont provoqué d’autres catastrophes, comme à Bello, au nord de Medellin (seconde ville du pays) ou un glissement de terrain a enseveli tout un quartier. Le désastre s’est produit dimanche dernier vers quinze heures. Or, en cette époque de l’année, période également de première communion ici en Colombie, de nombreuses familles étaient réunies et un rayon de soleil inespéré avaient attiré les enfants sur une plaine de jeux… qui terminera en dessous de plusieurs mètres de terre et de boue. La municipalité de Bello où vit une population aux revenus modestes, est construite en contrebas d’un plateau où passe l’Autoroute du café. C’est à hauteur de cette autoroute que les terrains imbibés d’eau par les pluies abondantes et quasiment quotidiennes qui tombent sur la région depuis plusieurs mois se sont brusquement décrochés et ont ensevelis en quelques secondes rues et maisons. On estime à 135 le nombre de personnes disparues et environ soixante-dix corps se trouveraient encore sous la terre presque une semaine après la catastrophe alors que plusieurs centaines de secouristes s’activent sur les lieux depuis dimanche dernier. De nombreux cadavres n’ont pas encore été réclamés à la morgue locale, ce qui laisse supposer qu’ils ne le seront probablement jamais et que tous les membres d’une même famille ont péri. Le gouvernement ne sait plus où donner de la tête, toutes les régions sont touchées, les fonds alloués aux catastrophes naturelles sont épuisés depuis longtemps, les refuges pour accueillir ceux qui doivent fuir leurs terres inondées ne peuvent plus recevoir personne (il faut reconnaître qu’ils avaient été construits pour les populations déplacées par la violence et qu’étant donné l’activité des FARC et autres groupes terroristes ces refuges n’ont en réalité jamais désemplis), et enfin les autorités sont parfois obligées de remettre en état le réseau routier pour pouvoir secourir les populations isolées. De plus, il faut tout faire pour maintenir en état de fonctionner les entreprises, industries et commerces qui fournissent du travail aux gens, qui paient des impôts et sont donc une source de revenus indispensable en cette période de crise. En attendant les gens prient, supplient le petit Jésus dont c’est bientôt la fête, et les réseaux de solidarité s’organisent tant bien que mal. Illustration :ici un diaporama de la ville de Sucre proposé par le quotidien El Tiempo.
Commentaires (2)
Raffaello a dit:Le candide a dit:
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