Hier, lors d'une audition devant la Commission du Sénat américain sur le Commerce, la Commission sur les échanges de contrats à terme sur les biens (CFTC en anglais) s'est faite épingler, après avoir abandonné la « régulation » de ce marché à des autorités britanniques.
Témoignant au sujet de l'explosion des prix du pétrole, le professeur de Droit de l'Université du Maryland, Michael Greenberger, expliquait aux sénateurs que 35% des contrats à terme sur le pétrole brut intermédiaire extrait des réserves de l'ouest du Texas étaient passés d'un marché opaque à un marché totalement non-régulé. Ces contrats sont échangés sur un marché siégeant à Atlanta (le marché d'échange intercontinental de biens, ou ICE) qui, en vertu de mesures de la CFTC, est juridiquement un marché londonien « offshore », uniquement contrôlé par l'autorité des services financiers britanniques ! Sur ces marchés en particulier, il expliquait que seulement quelques hedge-funds et trois banques d'investissement (Goldman Sachs, Morgan Stanley et JP Morgan Chase) contrôlent 70% des achats spéculatifs des contrats à terme sur le pétrole américain et tirent vigoureusement les prix vers le haut, tout en pronostiquant en parallèle une augmentation à 200 dollars le baril.
Sur le marché newyorkais (NIMEX), les échanges de contrats à terme sur le pétrole en général sont désormais uniquement « régulés » par une autorité financière de Dubaï, contrôlée par Londres, toujours suite à un nouvel accord avec la CFTC.
Cette manipulation spéculative des prix de l'énergie à partir de Londres et de Wall Street, avec l'assentiment de la CFTC et de son Président Walter Lukken, a également été dénoncée par Mark Cooper, représentant de la Fédération des consommateurs d'Amérique, et par les sénateurs eux-mêmes.
Le 25 mai, la sénatrice Maria Cantwell et 22 autres sénateurs avaient envoyé une lettre à la CFTC, lui demandant la fermeture de ce qu'ils appellent le « subterfuge anglais ». Lukken répondit le 29, promettant une action d'ici l'automne. D'après Greenberger, ce simple échange aurait permis d'enrayer la tendance haussière, faisant redescendre les cours de 135 à 125 dollars.
La sénatrice Cantwell expliquait après l'audition d'aujourd'hui que : « Maintenant, il va y avoir beaucoup plus de signataires et je crois que la CFTC prendra les mesures exigées par l'économie et par la moralité du peuple américain. » Si ce n'est pas le cas, elle pense que le Sénat légiférera pour lui forcer la main.
La crise bancaire resurgit, plus violente que jamais
Alors que nous entrons dans le dernier mois du deuxième trimestre 2008, la crise bancaire mondiale, qui a été passée sous silence ces dernières semaines, revient au premier plan. Des dirigeants d'institutions financières ont été mis à la porte, des rumeurs de pertes énormes surgissent de toutes parts et Lehman Brothers semble même prêt à imploser.
Voici un récapitulatif des événements récents :
- La quatrième banque américaine, Wachovia, a annoncé lundi le limogeage de son directeur général, Ken Thompson, à la demande du conseil d'administration. Après un bénéfice quasiment réduit à néant au quatrième trimestre 2007, l'établissement affiche une perte de 708 millions de dollars au premier trimestre 2008. En un semestre, la banque a dû passer 4,3 milliards de dollars en créances douteuses et 2,4 milliards en dépréciations d'actifs, le limogeage de Thomson suggérant des pertes plus importantes pour le deuxième trimestre. Elle a dû lever 11,5 milliards de dollars auprès d'investisseurs depuis le début de l'année pour rassurer les marchés et respecter ses obligations réglementaires en matière de fonds propres.
- La banque Washington Mutual, la plus grande caisse d'épargne des Etats-Unis, a annoncé que son PDG, Kerry Killinger, allait abandonner ses fonctions de président du conseil d'administration. Son établissement a perdu environ 80 % de sa valeur à Wall Street (ce qui équivaut à 9 milliards de dollars), en raison de pertes dans les produits de crédit, notamment immobiliers. Elle a dû lever 10 milliards de dollars en urgence.
- State Street Corporation, fournisseur de services financiers aux investisseurs institutionnels, 13ème banque américaine, a enregistré des pertes de plus de 3,4 milliards de dollars et va vendre pour 2,5 milliards d'actions pour redresser son capital.
- Standard and Poor's a abaissé la notation de Lehman Brothers, Merril Lynch et Morgan Stanley, trois des plus grandes banques d'investissement des Etats-Unis.
- Lehman Brothers procédera prochainement à une nouvelle augmentation de capital de 3 à 4 milliards de dollars. Depuis le mois de février, la banque a déjà levé quelque 6 milliards de dollars pour couvrir ses pertes et dépréciations. Certains spéculateurs prévoient que la banque sera en faillite avant la fin du mois, comme ce fut le cas pour Bear Stearns au premier trimestre.
- Bradford Bingley, banque anglaise spécialiste du crédit immobilier et premier prêteur à l'investissement locatif, a annoncé hier une perte de 8 millions de livres sur les quatre premiers mois de 2008. La société a conclu un accord avec le fonds pirate américain, Texas Pacific Group, qui injectera 179 millions de livres pour prendre une participation au capital de 23 %. De plus, la banque doit honorer un accord datant de 2006 qui prévoit la reprise pour environ 4,1 milliards de dollars de crédits immobilier à GMAC d'ici à la fin de l'année prochaine. GMAC, l'ancienne filiale de services financiers de GM, contrôlée par Cerberus, vient de recevoir sa propre injection de 3 milliards de dollars de capital.
Visiblement, la Réserve fédérale s'attend à ce que les banques aient des difficultés à équilibrer leurs comptes pour le deuxième trimestre, car elle annonce une augmentation de son Term Auction Facility (TAF), système d'attribution de liquidités par enchères, qui prêtera à des institutions de dépôt. Au cours du mois de mai, le TAF, qui a été créé en décembre dernier pour aider les banques à passer la fin de l'année, a prêté pour 510 milliards de dollars octroyés aux enchères deux fois par mois. Cependant la Fed a annoncé le 29 mai qu'elle mettra aux enchères trois paquets de 75 milliards de dollars de TAF, offrant ainsi 225 milliards de dollars de prêts.
Aucun de ces événements n'est particulièrement important en soi, mais pris ensemble, ils reflètent une crise bancaire généralisée qui s'aggrave. A la mi-décembre, la Fed a injecté 160 milliards de dollars dans le système bancaire avec la création des TAF, puis, mi-mars 2008, le dernier mois du premier trimestre, la Fed a augmenté les prêts TAF et créé deux autres instruments pour prêter aux banques d'investissement, elle subventionna également l'achat de Bear Stearns par J.P Morgan Chase. Juin débute seulement et les rumeurs de « fin de crise » nous portent à croire que le mois va être rude. Qui sera le prochain à tomber ?
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