C'est aujourd'hui le jour des grandes grèves et
manifestations contre la réforme des retraites que le gouvernement veut
mettre en place. Pourquoi est-elle foncièrement injuste ? Arguments.
L'actuelle majorité creuse le sillon labouré par la droite depuis
15 ans : obliger les salariés à cotiser toujours plus longtemps pour
pouvoir bénéficier d'une retraite à taux plein et ainsi, mécaniquement,
baisser le niveau des retraites effectivement perçues. En 1993, Edouard
Balladur décide que la durée de cotisation passera progressivement de
37,5 à 40 ans, en même temps que le salaire de référence, qui sert de
base à la fixation du montant de la retraite, sera désormais calculé
sur la moyenne des 25 meilleures années, contre les 10 meilleures
années auparavant : c'était déjà cotiser plus pour toucher moins.
Dix ans en plus tard, François Fillon, alors ministre des Affaires
(anti)sociales, aligne la durée de cotisation des fonctionnaires sur
celle du secteur privé, à 40 ans, et planifie un allongement progressif
pour tous les actifs, à 41 ans en 2012. C'est cette loi qui va rentrer
en application l'année prochaine et qui mobilise aujourd'hui contre
elle un front syndical uni, dans le public comme le privé, réunissant la CGT, FO, la CFDT, la CFE-CGC,
la CFTC, la FSU, l'UNSA, Solidaires, l'UNEF et la JOC.
La
justification de cette réforme, présentée comme indispensable, est
l'allongement de la durée de vie et le fait que la France compte par
conséquent de moins en moins d'actifs en proportion des retraités. Ce
qui est tout
à fait exact. Pourtant, à partir de cette situation objective,
plusieurs remèdes sont possibles, ce que nie la droite en présentant
l'allongement de la durée de cotisation comme inéluctable. Or il s'agit
d'un choix idéologique. Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de FO, résume bien l'alternative : "ce n'est pas parce que l'espérance de vie augmente que vous devez bosser plus !", s'exclame-t-il, estimant qu'il s'agit là d'un "prétexte". "Le départ du raisonnement, c'est un problème financier". Et de livrer son diagnostic, pointant "un vrai problème de répartition des richesses" : "le financement, on peut l'assurer", affirme-t-il, proposant "une augmentation de l'impôt sur les bénéfices, de 3% sur les bénéfices
non réinvestis, cela fait trois milliards de recettes supplémentaires"
ainsi qu'une "cotisation vieillesse sur l'intéressement, la
participation et les stocks options".
De fait, le choix de la droite est de faire constamment peser le poids
des efforts sur les salariés, jamais sur les entreprises. Lorsque les
opposants à sa réforme proposèrent ainsi en 2003 à Fillon d'augmenter
les cotisations sociales, ce VRP du MEDEF répondit que cette augmentation du coût du travail "mettrait en péril la compétitivité de notre économie, c'est-à-dire l'emploi". Toujours le même refrain.
"Un vrai problème de répartition des richesses", dit Mailly. Il a parfaitement raison. Extrait de Sarkozy, la grande manipulation : "La malhonnêteté de la présentation de certaines
données va de pair avec l’occultation d’autres, qui contredisent la vulgate
néolibérale. Ainsi, d’après le Fonds monétaire international, la part des
salaires au sein du produit intérieur brut (PIB) des pays membres du G7 a
baissé de 5,8% entre 1983 et 2006. La Commission européenne observe le même
phénomène au sein de l’Union, plus prononcé encore avec une chute de 8,6%. En
France, elle atteint même 9,3%. Jacky Fayolle, ancien directeur de l’Institut
de recherches économiques et sociales, a évalué ce transfert de richesses, sur
la base d’un PIB de la France à près de 1 800 milliards d’euros : «il y a en gros 120 à 170 milliards d’euros
qui ont ripé du travail vers le capital». Soit, même en prenant en compte
la fourchette basse, plus d’une dizaine de fois le déficit de la Sécurité
sociale (12 milliards) et une vingtaine de fois celui des retraites (5
milliards). Médiatise-t-on ce «trou», «combien plus
profond, creusé par les actionnaires dans la poche des salariés»,
selon l’expression utilisée par François Ruffin dans Le Monde diplomatique (janvier
2008) ?"
La solution de demander aux salariés de travailler toujours plus
longtemps constitue en outre une escroquerie, dans la mesure où les
entreprises ne veulent pas des seniors, qui ne parviennent pas à
retrouver d'emploi une fois au chômage (leur taux d'activité n'est que
de 38% en France). Contraints et forcés, ils cotiseront donc
insuffisamment longtemps pour bénéficier d'une retraite à taux plein et
toucheront donc des
retraites toujours plus faibles. Aussi les syndicats font-ils valoir
qu'on ne peut pas décider d'allonger à nouveau
la durée de cotisation sans avoir auparavant amélioré le taux d'emploi
des seniors. Du reste, Fillon en avait parlé au micro de l'Assemblée
nationale, le 10 juin 2003, en présentant sa loi : "Dès 2006, un besoin important de
main-d'oeuvre se fera nécessairement sentir, croyait-il savoir, et la plupart de nos grandes
entreprises en prennent conscience. En privilégiant l'allongement de la
durée de cotisation pour financer les retraites, c'est en quelque sorte
un marché que nous leur proposons : si les entreprises ne favorisent
pas cette mutation des esprits et des pratiques en faveur de l'emploi
des seniors, il n'y aura pas d'autre choix qu'une hausse drastique de
leurs charges pour financer les retraites"."Applaudissements sur les bancs du groupe UMP", précise le compte-rendu sur le site de l'Assemblée.
Evidemment, même si les entreprises ne font nullement travailler
davantage de seniors qu'à l'époque, l'hypocrite ne parle plus
aujourd'hui de "hausse drastique de
leurs charges pour financer les retraites", dieu et le MEDEF l'en préserve !
Pour la bonne bouche, rappelons enfin ce qu'écrivaient Pierre Larrouturou (photo de gauche), délégué national à l’Europe du PS et porte-parole
d’Urgence sociale, et Eric Halphen, président du comité de parrainage
d’Anticor, dans un article paru dans la rubrique Rebonds de Libération du 6 juin 2007, titré Les mensonges de Fillon* : "M. Fillon se présente toujours comme
l’homme-qui-a-réussi-la-réforme-des retraites. Est-ce bien vrai ?
L’objectif principal de la réforme Fillon était d’allonger la durée de
cotisation des salariés. Quatre ans après le vote de la loi, une étude
de la Caisse nationale d’assurance vieillesse montre que jamais on
n’est parti aussi tôt en retraite ! Alors que les salariés partaient en
moyenne à 62,1 ans en 2001, l’âge moyen de départ s’est abaissé à moins
de 61 ans en 2006. Une évolution diamétralement opposée à l’objectif de
la réforme. Par peur des réformes annoncées pour 2008, un très grand
nombre de salariés partent en retraite dès qu’ils ont 60 ans, quitte à
subir une décote s’ils n’ont pas cotisé suffisamment longtemps. Les
caisses de retraite, qui étaient à l’équilibre en 2002 et devaient
le rester jusqu’en 2008, ont déjà accumulé un déficit supérieur à 7
milliards d’euros! Certains parlent d’échec; d’autres, de fiasco. Mais
François Fillon se présente toujours comme
l’homme-qui-a-réussi-la-réforme-des-retraites… De deux choses l’une:
soit François Fillon se désintéresse complètement
de l’avenir des retraites, soit il connaît le bilan fait par la Cnav et
il ment comme un arracheur de dents". A votre avis ?
...
RETRAITE SARKOZY BROTHER !!!La caisse des dépôts et consignations (CDC), l'assureur public CNP et le groupe de protection sociale mutualiste Médéric (qui est dirigé par GUILLAUME SARKOZY, frère du chef de l'Etat), veulent créer une filiale commune spécialisée dans le financement des retraites. Leur idée est de compenser l'érosion des taux de remplacement, c'est-à-dire du niveau des pensions versées par les régimes obligatoires, en proposant des solutions de retraite complémentaires aux salariés cadres et non-cadres.