Ingrid Betancourt a retrouvé la liberté. Elle a retrouvé la liberté à la suite d'une opération militaire menée par l'armée colombienne. Une opération militaire d'ailleurs digne d'Hollywood, un grand bluff sans un coup de feu avec infiltration, man?uvre et action rondement menées. On ne pourra que se réjouir de cette libération de la franco-colombienne après 6 années et demie passées dans la jungle colombienne. Elle est maintenant libre et c'est cela qui compte.
Le Président de la République a tenu mercredi soir une conférence de presse avec les enfants d'Ingrid Betancourt. C'est une grande victoire pour lui qui, il y a un an pour son premier discours de président élu, annonçait que la France n'abandonnerait pas Ingrid comme elle n'abandonnerait les infirmières bulgares, ni toutes les femmes qui privées de liberté. Pour Ingrid et les infirmières bulgares, mission accomplie, pour toutes les autres, la tâche reste immense. Réjouissance encore...en attendant que les socialistes viennent sûrement entacher la bonne nouvelle de suspicion en demandant une commission parlementaire pour enquêter sur la probable "man?uvre" de N.Sarkozy sur ce sujet.
Cependant, dans cette conférence de presse, il y a quelque chose qui me dérange. C'est la présentation des faits : tout ce qu'il dit fait apparaitre la France comme un acteur de premier plan de cette libération. De plus, les remerciements vont du président Urribe, à l'armée colombienne et au peuple colombien qui sont bien entendu à remercier ; mais ils s'étendent jusqu'à Chavez, le président bolivien, la présidente chilienne et tous les dirigeants d'Amérique du Sud en passant par l'Espagne, la Suisse et tous les diplomates. Les remerciements au président colombien, à l'armée colombienne en deviennent presque secondaires, comme si la France voulait mettre en avant sa version de la libération d'Ingrid et ne pas reconnaitre les acteurs réels de cette libération. Cette impression trouble est d'ailleurs confirmée quelques heures plus tard par les déclarations de la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme Rama Yade sur RTL : "La première leçon que je tire de cette libération, c'est que la pression internationale, ça marche".
La pression internationale qui marche. Mais de quoi parle-t-elle ? Des médiations entreprises par Chavez, par la Suisse, l'Espagne ou la France, des concessions que les droits-de-l'hommistes étaient prêts à faire à la guerilla marxiste, de la diabolisation en Europe d'Urribe pour sa détermination à lutter contre les Farc ? Ingrid Betancourt a été libérée par l'armée colombienne et cette libération n'a été possible que parce que la stratégie militaire très ferme (la reddition ou la mort) mise en place par contre les Farc, était la bonne et a porté ses fruits. Les diplomates n'ont rien à voir là-dedans, ni l'action de la France, ni celles de la Suisse, de l'Espagne ni celle de Chavez encore moins, lui qui a financé les Farc pendant de nombreuses années afin de déstabiliser son voisin colombien, soutenu lui, par les Etats-Unis. Cette constatation est dure à avaler pour la France et pour tous les soutiens d'Ingrid qui avait choisi Chavez plutôt qu'Urribe comme espoir pour Ingrid, exemple même du syndrome de Stockholm.
Il faut que la France, le mouvement de soutien des artistes et tous les droits-de-l'hommistes, commencent à admettre la réalité : l'option française de la médiation et de la conciliation n'a rien apporté à la résolution du problème. Ce n'est pas la compréhension des revendications des Farc qui a ramené les otages, ce n'est pas la création d'une zone démilitarisée qui a permis un échange d'otages, ce ne sont pas les concessions qui ont permis de libérer les otages. C'est l'intransigeance sur les principes, à rétablir l'ordre et le droit avec une détermination sans faille et même contre l'opinion internationale, à ne pas laisser un groupe terroriste faire la loi dans son pays de la part du président colombien qui a sorti les otages de la jungle. C'est la mise en place d'une armée "moderne et efficace" avec le soutien des Etats-Unis et d'Israël qui a permis de sortir Ingrid et les 14 autres otages de l'enfer. La force et les défenses des principes plutôt que la faiblesse et les concessions.
Que les droits-de-l'hommistes, altermondialistes et autres bien-pensants soutiennent Chavez plutôt qu'Urribe, cela peut se comprendre, ils détestent tout ce qui est de droite, tout ce qui incarne l'ordre, tout ce qui est soutenu par les Etats-Unis. Mais que notre président et son gouvernement en viennent à faire de même, cela ouvre un océan de questions insolubles.
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