À la suite de la publication de l’article Santé : les fossoyeurs sur le site de La maison de l’autonomie,
Pierre Le Coz, vice-président du Comité national d’éthique, conteste
énergiquement la façon dont ses propos ont été retranscrits par Le Point, le faisant passer pour un adepte de l'eugénisme sanitaire. Manipulation !
Voici le droit de réponse de Pierre Le Coz, en forme de salutaire mise au point.
"Cher Monsieur
Je ne puis que comprendre votre légitime indignation à la lecture des propos qui m’ont été prêtés dans le magazine Le point
du 3 juillet dernier. Je dois vous dire que j’ai été moi-même très
triste de voir à quel point cette revue pourtant notoire avait orienté
mes propos dans un sens "prescriptif" alors que j’avais parlé dans un
style descriptif.
Dire "voilà vers quoi nous allons aller si nous ne relevons pas loyalement le défi", cela ne revenait pas du tout à dire "il faut sacrifier tous les vieux qui perdent la tête !"
Tous ceux qui me connaissent depuis suffisamment longtemps pourront
vous confirmer qu’il n’est pas pensable que j’ai pu tenir de tels
propos à la journaliste qui a monté ce dossier. Je puis vous assurer
que jamais je n’aurais pu être élu à la vice-présidence du Comité si
j’étais un défenseur de ce genre d’idéologie. Les membres du Comité
m’ont élu parce qu’ils savent mes positions et connaissent mes
publications.
Je m’investis depuis 10 ans dans des formations et anime
des manifestations relatives aux aspects éthiques et relationnels de la
maladie d’Alzeihmer et participe chaque année à Marseille à la journée
nationale de la maladie d’alzeihmer au Conseil général ; je co-organise
à partir de la rentrée prochaine un Certificat universitaire "éthique
et maladie d’Alzheimer" au sein de l’espace éthique méditerranéen de La
Timone à Marseille.
Le problème
avec ce genre de magazine est que l’interviewé ne se voit pas proposé
de relire l’entretien (du moins lorsqu’il ne s’agit pas d’une "star"’,
ce qui est mon cas, nonobstant les responsabilités que j’exerce au sein
du CCNE). C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il n’y a aujourd’hui quasiment plus aucun membre du CCNE
qui accepte de répondre aux journalistes, ce qui pourrait nous poser
des problèmes de visibilité sociale. Cette déformation grotesque et
choquante de mes propos risque encore aggraver notre méfiance et
conduire le Comité national d’éthique à une sorte de mutisme.
Je ne doute
pas que vous exerciez votre métier avec professionnalisme ; mais ne
pensez-vous pas que le journalisme en France traverse une crise grave ?
Beaucoup de questions me sont venues à l’esprit depuis que j’ai lu
cette interview : que se passe-t-il au juste aux sein des rédactions
des grands magazines français ? Assistons-nous à un retour à un
ultra-libéralisme néo-darwinien ? Devons-nous craindre le retour à une
« droite pure et dure » ? Est-ce que l’article de cette journaliste n’a
pas été déformé par ses supérieurs hiérarchiques qui aurait jugé mes
propos trop nuancés, insuffisamment "percutants" ? N’ai-je pas été
assez « sensationnaliste » au goût de certains ? Je n’ai pas de réponse
à ces questions.
J’ai été stupéfait de lire que j’avais été présenté au tout début de l’entretien comme "un fin connaisseur des systèmes de protection sociale"
(sic), ce que je ne suis en aucun cas ! Je n’ai jamais écrit une seule
ligne sur ce sujet et je suis formel : je n’y connais strictement rien
en systèmes de protection sociale !
Quand j’ai lu cette contre-vérité manifeste dès les premières lignes de présentation de mon
CV,
j’ai compris que le piège s’était refermé sur moi et que j’allais
participer d’une propagande dans laquelle je ne me reconnais absolument
pas. Chacun en aura la preuve en lisant mon livre sur L’empire des coachs : une nouvelle forme de controle social
(chez Albin Michel), qui est une dénonciation sans concession de
l’idéologie de la rentabilité (idéologie que l’on me prête dans cet
entretien, ce qui est le comble).
Je vous remercie de bien vouloir
prendre en compte ces compléments d’information et d’essayer de m’aider
à rétablir la vérité. Car au-delà de ma personne, m’accabler serait une
manière indirecte de discréditer le Comité d’éthique, dont la
légitimité a déjà été gravement mise en cause par une conseillère de
L’Élysée en février 2008. Il faut que les citoyens aident et préservent
le Comité d’éthique car, quand une société n’a pas ou n’a plus de
Comité d’éthique (Chine, Russie...), la démocratie et la liberté
d’expression sont en danger. Le Comité est d’une instance de vigilance
dont aujourd’hui plus que jamais peut-être nous avons le plus grand
besoin. Pour le CCNE, l’éthique est le courage de conserver
les problèmes au lieu de les liquider dans des "solutions" (je n’ose
dire des "solutions finales"...).
J’ai découvert à mes dépents que Le Point
avait décidé de changer de politique éditoriale et de renouveler son
lectorat… J’en prends acte et en saurai en tirer les leçons qui
s’imposent.
En vous remerciant d’avance pour votre aide, je vous
prie de croire, cher Monsieur, en l’assurance de ma fidélité aux
valeurs que vous défendez et de ma parfaite considération."
Pierre Le Coz (vice–président du CCNE)
Réponse de Plume de presse :
nous ne remettons pas un instant en question la sincérité d’un homme
qui nous écrit, dans le courrier électronique qu’il ne nous en voudra
pas de citer : "Cette trahison m’a blessé et en même temps elle a fait naître en moi un fond de révolte". La manipulation opérée par Le Point est particulièrement perverse : en prenant en otage la parole du vice-président du CCNE
- emblématique par l’objet même de ce Comité -, l’organe de la droite
décomplexée justifie ses positions idéologiques en les affublant d’une
mensongère inéluctabilité. Non, Messieurs du Point, la
sécurité sociale n’est pas condamnée à abandonner son système
solidaire ! Oui, il est évidemment possible de la financer, pour peu
qu’existe une volonté politique dans ce sens. Et non, Pierre Le Coz
n’entend pas servir d’alibi à vos glaçantes divagations ultralibérales,
lui qui cite un passage du célèbre et magnifique poème de Rudyard
Kipling, Tu seras un homme, mon fils :
"Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles,
Sans mentir toi-même d’un mot"
La conclusion est parfaite.