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Paris-Province, réalités et clichés |
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| 20-08-2012 14:19 - 1339 visites - Société, Education - Ecrit par Jef Tombeur | |
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Dans la « torpeur » (topique éculé) de l'été, il faut parfois profondément se creuser le ciboulot pour dénicher un sujet fournissant de quoi remplir une page. Parfois, un obscur élément d'actualité fournit de quoi pisser de la copie en tirant à la ligne. Ainsi du reportage de France 2 diffusé le 15 août dernier qui dépeignait Niort désertée et limite lugubre (je ne regarde pas la télé, c'est donc une impression de seconde main, exagérée peut-être). Bof. Mais comme tout le monde ou presque en a causé, eh, lâchons-nous à évoquer ce qu'on a bien pu en raconter.
Traiter vraiment du sujet, soit de l'ennui en province (comme si ce continent périphérique était uniforme), me bassine. Contentons-nous d'en bavarder, avec pour prétexte l'un des articles consacrés au reportage de France 2 sur Niort, celui de Thierry de Cabarrus sur Le Plus (« Niort, Amiens, Guéret : comment les médias parisiens stigmatisent la province »). Bon angle, bon titre, et quelques observations plutôt superficielles – un peu moins que celles qui vont suivre, restons confraternels – occultant le fait que d'habitude, la presse parisienne magnifie bien davantage la province qu'elle ne la stigmatise. Cela tient aussi au fait que les invitations de syndicats touristiques, d'hôteliers, restaurateurs, vignerons et autres fournissent des sujets sympas qui ne grèvent pas autant les budgets (tout est pris en charge) que celui de France 2 sur Niort, réalisé à moindre frais par une équipe venue de Poitiers. Implication ou non
J'allais énoncer une contre-vérité : la province se mérite davantage que Paris. Tout dépend en fait de l'âge, des raisons qui vous amènent dans la capitale ou une grande ou petite ville provinciale, de multiples facteurs. Je me suis copieusement « emm… » à Niort, circa 1980, en dépit d'un préjugé au départ favorable : capitale des mutuelles comme Cholet est celle du mouchoir, ce devait être un pays de cocagne du fait d'un fort taux d'emploi féminin. À moi les petites Niortaises ! Il a peut-être effectivement échappé à l'équipe de France 2 que Niortaises et Niortais, au cœur de l'été, fuient le soir et les fins de semaine vers La Rochelle, tout comme La Baule se peuple d'Angevins. Sinon, oui, « le vide qui perturbe les plus endurcis » (voix off du reportage), est parfois d'une assommante pesanteur… pour qui ne partage pas l'apéritif derrière les murs des villas ou ceux des façades d'une ville assoupie. Routinier Paris À Paris, je vis encore davantage dans mon village (l'un des quartiers plutôt animé, voire encore heureusement populacier d'un arrondissement populaire). J'ai ma cantine, rarement désertée au profit d'une vaste concurrence fort diversifiée, mes copines et copains de terrasses, et quelques amis épars, rarement fréquentés, alors que je les côtoyais quasi-quotidiennement en nos provinces. Ce Paris est ma villa Sam' Suffit. J'avoue que de retour que d'un court séjour à Cuidad Quesada (Rojales, près de Murcie), ou des enfilades de villas claquemurées ne sont que trop rarement rompues par de rarissimes mini-zones commerciales, Niort m'aurait peut-être parue une cité quasi trépidante, même un dimanche. Chaque îlot de cette « urbanisation » devenue tentaculaire évoque un village africain quand femmes et enfants sont aux champs et les hommes partis au bourg. La ville, c'en est une, s'étend pourtant à perte de vue.
Pourtant, m'ont assuré mes amis, on s'y intègre dans une communauté internationale anglophone (et pas que… mais l'anglais est le vernaculaire local) en moins d'un trimestre. Sentiers rebattus Thierry de Cabarrus n'a toutefois pas totalement tort. Son expérience de la presse l'oblige à reconnaître que le détaché en province est souvent tenté de rapporter à la rédaction en chef parisienne ce que cette dernière considère convenu. La mienne aussi. Un peu différemment. Traitant de meurtres commis par des ex-militaires de démobilisés issus de troupes de choc (trois concomitants valant, forcément, vu de Paris, « épidémie »), j'avais été fortement incité à développer le thème d'une armée « apprenant à tuer ». C'est en fait très réducteur (heureusement, sur deux pages de magazine, on peut quand même entrer dans la complexité, baliser d'autres pistes et facteurs, et ne pas mettre légionnaires et parachutistes, anciens du Liban et d'autres terrains d'opération, dans un même barda commode à déverser en paragraphes et lignes, mais totalement illusoire). Certes, certains sujets sur la province sont « ambiancés » en secrétariat de rédac'. Mais la ou le fameux « détaché » est souvent issu de toutes petites locales, ou de la fameuse « brigade » tournante des radios ou chaînes nationales. La province, il connaît. Parfois trop longtemps à son gré et la semaine de remplacement à Château-Gontier, Châteauroux ou Guéret devient, au bout d'un semestre de maintien sur place, soit une Bérézina aux flots de sinistrose, soit un début d'enracinement que la mutation qui n'est plus si espérée viendra rompre. C'est selon. Passé le nième reportage sur les « guérisseurs et sorciers » du Berry, en tentant de trouver au moins un autre interlocuteur que ses multiples prédécesseurs, la tentation de faire envoûter à distance la ou le responsable des mouvements de personnel peut devenir taraudante. Déformations, exagérations
Je me souviens de cette fameuse phrase, totalement improvisée aux petites heures, de feu Jean-Michel Bezzina (dit Bezbez, de RTL), « ce matin, Belfort s'est réveillée… avec la peur ! » (montée de ton sur « réveillée », descrecendo pour « avec la », remontée sur « peur »). Lors de la grande grève de l'Alsthom, une cabine de TGV, mal surveillée par les grévistes, avait été explosée (j'ai su depuis par qui, je me suis bien gardé de le publier). Personne, hormis les auteurs, le piquet de grève, sans doute des policiers et le préfet, et notre petit « pool » de journaleux, n'était, à Belfort, au courant des événements de la nuit. Certains, c'est vrai, vont jusqu'à déformer les propos au montage. Il faut obtenir des opinions contrastées, ce qui vaut tant pour la vie en province « profonde » que dans les banlieues surpeuplées. Amiens, ville longtemps assoupie, terne, quelconque, a profondément évolué, son centre est devenu plutôt coquet, comme ceux de la plupart des villes moyennes françaises. De Carrabus la mentionne et conclut « les médias massacrent au rouleau compresseur des villes qui se battent pour développer leur dynamisme et leur qualité de vie. ».
Meuh non… Ils magnifient souvent autant qu'ils dénigrent par ailleurs, selon l'air du moment. Balzac l'avait déjà relevé dans sa Monographie, et Jeffrey Archer, dans son Fourth Estate (quatrième pouvoir), roman à clefs, fait dire à l'un des « hacks » de Maxwell ou Murdoch, devenu un « sub » (redchef-adjoint) destiné à balayer la vieille garde de Fleet Street, ces fortes paroles :
Comme on ne peut satisfaire tout le monde, en fonction, on développera, sur la province par exemple, de quoi satisfaire les tenants de la qualité de la vie en province, ou au contraire, celles et ceux n'envisageant pas de quitter des métropoles. Niort, Poitiers… C'est le correspondant de Poitiers (ville voisine) qui aurait réalisé pour France 2 le reportage sur Niort. De mémoire, hormis aux alentours de sa gare, très tôt le dimanche matin après la sortie des boîtes de nuit, Poitiers était aussi plongée dans sa torpeur dominicale que Niort. Cela a pu évoluer.
Tentez donc, une fin de dimanche après-midi, de trouver la moindre animation dans le 16e ar. parisien. Même en semaine, nombre de ses quartiers vivent la fébrilité d'une morgue entre deux arrivages de viandes froides. Il s'est trouvé près de 4 000 autres plumitifs (même Morandini a repris) à baver comme moi-même sur le reportage d'Alain Darrigand, qu'il se sent obligé de qualifier de « raté ». C'est vrai, d'une certaine manière : quelques images parisiennes en contrepoint auraient mieux établi que, hors les plages ou les quartiers très touristiques, le 15 août est une journée « morte » presque partout en France. C'est tombé sur Niort.
Les réactions niortaises (et autres) me remémorent la protestation des bouchers-charcutiers lyonnais (et autres) lors du procès de Klaus Barbie, dit « le boucher de Lyon ». On salissait ainsi leurs professions ! Trois jours après la diffusion, Le Courrier de l'Ouest titrait encore « la polémique continue d'enfler ». Eh, coco, quand on a n'a plus un twit de Valérie à commenter dans les pages, il faut bien se rabattre sur quelque chose. Et interpeller le lectorat (résultat, au bout d'une quarantaine d'heures, un seul commentaire sur le site du quotidien angevin ; c'est dire à quel point on nous enfle, et même parfois gonfle avec des débats dont la plupart se contrefichent).
Bah, enfler, désenfler « la polémique », c'est toujours mieux venu que de revisiter les rosières et autres sujets « du terroir », lesquels font généralement trop consensus (elle est toujours charmante et prévenante, la rosière… surtout si son élection n'a pas été précédée d'une « guerre des rosières », plus rafraîchissante).
Ce lundi, avec Calixte de Nigremont, le CO réchauffe aussi la polémique sur « la fameuse pétition Plantagenêt réclamant le retour des joyaux de la couronne [d'Angleterre] en Anjou. » (voir sur Come4News et ailleurs). Pour le moment, à Niort et ailleurs, on goûte surtout un léger rafraîchissement des températures en s'alanguissant à peine moins que la veille (ou le 15 août). Dans mon parisien village, il en va à peu près de même. Qu'en conclure ? Hé, strictement rien. Aucune conclusion susceptible de faire mouche et polémique. Le débat est sans doute aussi vieux que les Gaules, au moins autant que le petit Liré et le mont Palatin. Autant botter en touche. Je me souviens que Niort avait accueilli un rassemblement vaguement international des confréries gastronomiques et vineuses. Avec ou sans caméras des chaînes nationales pour le défilé ? J'ai oublié. Avis à nos confrères belges, italiens et varois. Refaire le coup à Namur, Sizzano et Rougiers. Ce qui vous vaudra l'ire intéressée des édiles vous accusant d'avoir écorné l'image de leurs endormies cités respectives en ayant dédaigné les formidables activités de la Confrérie du Peket d'Namur et ses escargots, celles de l'Ordine dell'Amarena e del Niebbiolo di Sizzano, ou encore des chevaliers du Pois chiche de Rougiers (au pied de la Sainte-Baume, triage des pois à l'ancienne avec ventarelle, le 9 septembre prochain).
Allez, pour Niort, après quelques pineaux des Charentes (pas un vin d'honneur local ne présentant d'autre choix qu'un jus de fruits), tout s'apaisera de nouveau. by TokyWoky Commentaires de cet article sur C4N : (7)
zelectron a dit:Jef Tombeur a dit:
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Date prévisionnelle de versement des droits d'auteurs du mois de mars 2013 : 15 juin
Vous avez remarqué le titre ? « Réalités et clichés ». Franchement faiblard, mais je vous ai épargné le « terres de contrastes », si cher aux conférenciers des séances de cinoche des jeudis des années 1960 quand l'expression « la semaine des quatre jeudis » (de congés scolaires hebdomadaires, reportés ultérieurement aux mercredis) restait usitée. En province (surtout ?), les films de


