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Ouvéa, Tarnac : vrais-faux-vrais secrets d'État ? |
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| 12-11-2011 18:31 - 1527 visites - Flux Politique - Ecrit par Jef Tombeur - Lire son flux RSS | |
Le film L'Ordre et la morale, de Mathieu Kassovitz, co-scénarisé avec Philippe Legorjus, lors des faits capitaine commandant le GIGN, est très controversé. Donne-t-il vraiment la clef du drame de la prise d'otages d'Ouvéa ? Peut-être pas… Arrêt sur images alors que les péripéties de l'affaire de Tarnac laissent dans l'incertitude. Quelles étaient les motivations et identités réelles des auteurs des sabotages ayant visé la SNCF ? Entre autres exemples…
Après tout, les accords dits de Matignon, avec pour négociateur Michel Rocard, ont restauré en Nouvelle-Calédonie un climat plus serein. Ils sont intervenus après l'attaque, par un groupe d'indépendantistes kanaks, le 22 avril 1988, d'une gendarmerie donnant lieu à une prise d'otages, puis à l'assaut meurtrier de la grottes d'Ouvéa pour les libérer. C'est l'essentiel, et sans être des « détails », les faits antérieurs passent au second plan.
De même, je ne me souviens absolument pas de mes réflexions ou sentiments lorsque, alors journaliste, j'ai appris les événements d'Ouvéa. Surpris comme tant d'autres… Sur le moment, j'avais juste été frappé par une cocasse anecdote : la dépêche sur l'attaque de la gendarmerie (ou de l'assaut de la grotte) a dû parvenir très tôt aux rédactions hexagonales, et un permanencier d'une radio a constamment évoqué des « Canaques » en lieu et place des Kanaks. Je ne vais pas non plus faire parler une morte pour lui faire raconter n'importe quoi qui servirait une cause à laquelle je me sens parfaitement étranger. Mais comme ses dires me sont revenus en mémoire à l'occasion de l'annonce de la sortie de ce film, j'ai quand même tenté de voir si des recherches pourraient les corroborer, en vain… mais pas tout à fait, c'est selon… Rien ne fonde l'impression de feue mon amie ; à cela près que, sur des photos des armes saisies à la suite de l'assaut, d'anciens membres du GIGN ou de commandos ont remarqué la présence de deux fusils de précision FRF1, dont, encore en 1984, certains militaires étaient dotés. Mais qui n'étaient plus en service lors de l'attaque de la gendarmerie de Fayoué. Trafic d'armes ou non ? Deux hypothèses : soit des militaires en Nouvelle-Calédonie avaient conservé ces fusils et il leur avaient été subtilisés (ou ils les auraient revendus, pas forcément à des indépendantistes), soit ces armes seraient arrivées de l'extérieur. La question, alors : qui, comment avaient-elles été acheminées ? Laurence Ceuzin, morte dans sa résidence charentaise d'une crise cardiaque, selon le journaliste François de Closets, le seul autre proche de « Lola » que j'ai pu approcher, avait plus ou moins choisi de vivre « recluse ». Oh, relativement, puisque, lors des quatre années précédant son décès, j'entretenais avec elle des relations suivies, la suppléant à l'occasion, amicalement, dans ses tâches de loueuse de logements parisiens à des étrangers de passage. Mais elle s'était retirée de toute vie publique, à la suite d'un traumatisme dont elle ne faisait état qu'à des proches de confiance : elle avait été enlevée par un policier, séquestrée aux Antilles puis à Paris, avant de parvenir à se libérer. Lors de son séjour aux Antilles, aux mains de qui lui avait semblé constituer une sorte d'énigmatique commando, son passeport lui avait été confisqué. Elle n'a jamais su au juste pourquoi, à quelles fins, et ses démarches judiciaires n'ont jamais abouti. Au contraire, elle fut dissuadée, et conseillée de se « faire oublier ». Selon Laurence, mais elle n'affirmait rien, relevant juste une coïncidence temporelle, son enlèvement, ou plutôt son passeport, aurait (le conditionnel s'impose) pu servir à faciliter une livraison d'armes en Nouvelle-Calédonie. Pure hypothèse, ne reposant que sur une intuition, supputation parmi tant d'autres, irrésolues. Le « comité de lutte » ayant pris des gendarmes en otages était un peu plus que moins dissident par rapport à la branche armée du FLNKS. La question à laquelle le film, peut-être l'un ou l'autre des livres, apporte peut-être la réponse, reste celle de savoir si ce commando avait été ou non armé aussi de l'extérieur (avec d'autres armes que des fusils de chasse ou celles, de poing, prises aux gendarmes), et de même manipulé ou non, soit incité à passer à des actes de guerre aussi radicaux. Manipulation éventuelle, non prouvée Si ce comité de lutte avait été manipulé, il n'est pas sûr qu'il ait pu s'en rendre compte, et l'exécution, selon les uns, la mort des suites de ses blessures, selon d'autres, de son chef, ne s'imposait pas. Mais quand l'ex-premier ministre du CNT Libyen assure que Kadhafi aurait été exécuté sur ordre d'une « puissance étrangère » pour qu'il se taise à jamais, des questions peuvent être soulevées. Saura-t-on vraiment jamais ? L'affaire d'Ouvéa avait pour cadre la cohabitation entre le président Mitterrand et son Premier ministre, Chirac. Vraisemblablement, deux options étaient possibles pour mettre un terme à la prise d'otages, l'assaut ou la négociation, et les deux ont été discutées, c'est établi. L'option de l'assaut a été retenue dans des circonstances qui restent sujettes à divers doutes. Des munitions à ailettes avaient été employées lors de l'assaut, par le « comité », contre la gendarmerie. L'armurerie était dotée de fusils Famas et d'une mitrailleuse AA52, lesquelles furent employés par les preneurs d'otages à Ouvéa. Les frères Alphonse et Hilaire Dianou, et Venceslas Lavell, chefs de facto du comité, étaient des jusqu'au-boutistes, mais ils comprendront vite que leur position était intenable et commenceront par fléchir, réduisant quelque peu leurs revendications. On ne saura jamais s'ils auraient mis à exécution leurs menaces puisque deux armes de poing légères avaient pu être passées aux otages par un courageux négociateur, un magistrat. Si le comité a été armé et influencé, il est très difficile d'attribuer cette responsabilité à des intérêts financiers ou politiques, locaux ou nationaux, français voire étrangers. Il était peut-être exagéré, de la part du ministre socialiste Jean-Pierre Chevènement, remplaçant le RPR Bernard Pons, de fustiger des actes « contraires à l'honneur militaire », ce qu'il a peut-être pu, sur la foi d'informations, sincèrement estimer. Toujours est-il que diverses exploitations politiques escomptées, à tort ou raison, ont influé sur les décisions. Radicalisation exacerbée ? Il y avait peut-être intérêt à radicaliser des élements indépendantistes qui y étaient favorables, en vue d'obtenir que les dirigeants modérés, confrontés à une opinion hésitante dans leurs propres rangs, et des divisions dans la population kanaque, fassent de plus larges concessions. Ce qui fut le cas, même si Mitterrand, Pisani et Rocard, lâchèrent aussi du lest. La question est en tout cas largement plus intéressante que de discuter des mérites de tel ou tel gradé – la conduite de l'adjudant-chef Michel Lefèvre paraît, avec le recul, irréprochable – ou des atermoiements de tel ou tel officier ou officier supérieur. Les options des uns ou des autres, opposées, sont défendables. Un complice désarmé du comité, ou un simple membre de la communauté voisine, qui ravitaillait les preneurs d'otages, aurait sans doute pu être neutralisé et non abattu… Seul le militaire l'ayant pris pour un preneur d'otages en fuite peut l'estimer ; il est toujours facile d'exploiter un tel fait, mais la méprise est avouable. Je peux aussi comprendre, pas forcément admettre, qu'un ex-sous-officier ait été, comme ce fut le cas de Wenceslas Lavell (ou Lavellois), froidement exécuté, ce que déplore Philippe Legorjus, l'ex-patron du GIGN. Que cela se soit produit sur ordre ou par ressentiment à l'encontre d'un « traître » reste – relativement à d'autres faits – secondaire. Fallait-il négocier jusqu'à un terme incertain, au risque de voir un, puis deux otages, être abattus, ou non ? La sincérité des uns ou des autres ne peut être si facilement et rapidement jaugée, encore moins établie ou mise formellement en doute. Torts partagés ? Les Kanaks les plus radicaux étaient sans doute des idéalistes, mais pas tout à fait à la Ghandi. Le gendarme Leroy et le chef Moulié, lors de l'attaque de la gendarmerie, ont été exécutés, et non tués au combat. Ce précédent, connu des autorités ayant décidé l'assaut d'Ouvéa, est sans aucun doute décisif, et il convient de ne pas le minorer. Lénine était arrivé à Pétrograd, coiffé d'un haut-de-forme, dans une voiture des chemins de fer allemands. On peut rediscuter sans fin des intentions réelle des protagonistes de l'épisode, sans parvenir à une conclusion totalement satisfaisante. De même, l'hypothèse, qu'il reste à conforter ou écarter, qu'une menace armée justifiant, du fait de ses actions prévisibles, des actes de fermeté, ait été non pas créée de toute pièce, mais favorisée, est dérangeante. Aurait-elle été justifiable ? Peut-être si des gendarmes n'en avaient pas fait les frais, selon divers raisonnements discutables. L'actualité beaucoup plus récente remet l'affaire de Tarnac en unes, à la suite de l'ouverture d'une information judiciaire. Les avocats de Julien Coupat et d'autres mis en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ou pour destructions en réunion y voient la certitude que leurs clients n'ont pas commis les faits reprochés. Ce qui soulève le doute sur l'identité et la nature des véritables auteurs des sabotages visant la SNCF et leurs motivations. A-t-on voulu « gonfler » la menace que représentaient certains groupes écologistes radicaux ou tenter de réactiver la fiction de la présence de véritables « ennemis de l'intérieur » ? Il y a-t-il eu simple dérapage policier ou manipulation ? Parfois, de simples concours de circonstances alimentent des thèses de complot qui ne résistent pas à l'examen. Il en est peut-être de même de l'affaire de l'attaque de la gendarmerie et de la prise d'otages en Nouvelle-Calédonie. Quelque peu manichéen, selon divers critiques, le film L'Ordre et la morale s'achève par cette réplique : « si la vérité blesse, alors le mensonge tue… ». Discutable. L'incertitude est peut-être un moindre mal, mais sa lésion est persistante… Indiscutablement. Il est en revanche peu discutable que les plus radicaux des Kanaks n'étaient pas des pacifistes en toutes occasions… Stratégie de tension Sur le site d'Arrêt sur images, un commentateur revient sur les tueries de Fafaouyé et d'Ouvéa en indiquant que le GIGN avait « tiré le premier », en 1984, sur Eloi Machoro et Marcel Nonnaro. Le 1er déc. 1984, le village de Thio est survolé par cinq hélicoptères Puma, dont quatre déposent des gendarmes mobiles sur le terrain de sport. Environ 400 Kanaks armés, menés par Eloi Machoro les encerclent. Le cinquième Puma « largue » à très basse altitude un détachement du GIGN près du pont de Thio. Il a été allégué que les gendarmes mobiles étaient en fait désarmés : il aurait fallu être irresponsable pour envoyer des mobiles se servir de leurs crosses pour s'opposer à un fort groupe armé. Le capitaine Picon fut giflé par Eloi Machoro. Les gendarmes durent tous se retirer de Thio, désarmés. 43 jours plus tard, le « haussaire » (haut-commissaire) Edgard Pisani, ancien « gaulliste de gauche », puis sénateur proche du PS, nommé par Laurent Fabius, ou un ministre socialiste, décident que le GIGN doit s'emparer d'Eloi Machoro. Ce dernier sera atteint d'une balle, lors d'une expédition ne comportant aucun médecin accompagnateur au départ. Ce n'est que 14 minutes après que Machoro ait été « mortellement blessé » qu'un médecin est dépêché sur place, pour constater la mort de l'indépendantiste cinq minutes après son arrivée à son chevet. C'est le capitaine Picon qui, sur ordre ou de sa propre initiative, avait tiré sur Machoro. Il se peut que les fameux fusils FRF1 présents à Ouvéa aient été pris aux gendarmes à Thio. Guy Dijou (loyaliste) et Joseph Wananij (indépendantiste), emprisonnés tous les deux pour des actes aux visées radicalement opposées, ont publié un texte et un site commun. Ils narrent et rapportent des témoignages précis. Dont celui d'un preneur d'otages d'Ouvéa arrêté : « Ils m'ont mis le bras sur une grosse pierre et l'ont brisé à coups de crosse. ». Ce « ils » peut désigner des gendarmes ou des militaires, ce n'est pas précisé. Les deux ennemis réconciliés relèvent qu'un trafic d'armes avait été organisé, mais qu'on ne sait qui, des loyalistes ou des indépendantistes, devait être le bénéficiaire des livraisons (les armes furent saisies par la douane australienne). Plus insolite : les auteurs suggèrent que les loyalistes radicaux (et armés) auraient voulu aussi armer les indépendantistes afin de les pousser à un affrontement « terminal » (les loyalistes se voyant appuyés de fait par la gendarmerie, voire l'armée). Guy Dijou consigne : « nous portions le chapeau pour un trafic d'armes destinées au et achetées par le FLNKS. ». Selon lui, l'homme à l'origine de la manipulation serait un indépendantiste, Edmond Nekiriaï, de l'Union progressiste mélanésienne, mais avec l'aide d'« une infrastructure (...) composée de de nombreux Calédoniens loyalistes. ». Conclusion de Guy Dijou : « Kanaks, Caldoches, médias, nous nous sommes tous fait avoir ! ». Bons offices À l'époque des faits (1988), j'étais un peu plus sensibilisé au problème calédonien parce qu'un confrère venait d'être pressenti pour rejoindre un titre créé par et pour le pouvoir caldoche en place et qu'un ancien Rémois, installé en Nouvelle-Calédonie, avait créé une petite formation censée contribuer à renouer le dialogue entre les parties. Marié à une Kanak, il pensait être le personnage de la situation. Bien sûr, il tentait de se faire valoir auprès des médias de la Métropole, y parvenait avec des succès divers. Il était sans doute sincère, je le crois. Mais naïf, comme tant d'autres, peut-être aussi. Car Guy Dijou s'interroge : « Y eut-il non pas une mais deux tentatives séparées et opposées de trafics d'armes en Australie ? » Il poursuit en évoquant les « capacités plus que machiavéliques des services spéciaux français et de la pourriture locale… ». Pour qui donc roulent au juste ces services spéciaux ? Parfois, comme Takieddine et Djouhri, les messieurs bons offices de divers contrats d'État, pour des clans opposés. De même, dans l'affaire dite du Carlton de Lille, voit-on des policiers miser sur le successeur alors présumé de Nicolas Sarkozy, et d'autres policiers estimer que leur carrière dépendra encore longtemps de l'UMP. D'autres encore envisagent leur reconversion dans le civil, dans un groupe comme Total, ou d'autres forts impliqués en Afrique. Cela peut aller parfois loin. Julien Coupat se défend d'être un Lénine en puissance, mais on lui en a sans doute fait endosser l'habit, et vraiment prématurément, à tort, la casquette qui remplaça vite le haut-de-forme de Vladimir I. Oulianov, ou le bonnet militaire d'un Trotsky. La présomption de Laurence Ceuzin était peut-être sans fondement. Sa propre affaire n'était pas forcément liée aux événements de Nouvelle-Calédonie. La suite en révélera peut-être d'autres. On ne sait toujours rien de la nature des contrats ayant permis de livrer des armes françaises au Qatar, leur base de transit vers la Libye. Ce n'est qu'un exemple… Hélas, d'autres exemples, moins avouables, risquent toujours d'émerger. Et chaque pouvoir, avant même la Libération et l'épuration, en France, en a plus ou moins accumulé. Espérons que le suivant…
Commentaires (11)
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Melody Kelenn a dit:unpetitcoucou a dit:
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Melody Kelenn a dit:unpetitcoucou a dit:
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10 juin
Je ne vais pas faire semblant d'avoir vu le film de Mathieu Kassovitz, que je ne verrais d'ailleurs sans doute pas, sauf heureux hasard, ni d'avoir lu les trois ou quatre livres écrits par des protagonistes de l'assaut donné contre la grotte d'Ouvéa, le 5 mai 1988.