
Aujourd'hui un petit peu de politique américaine, obamania oblige. Le candidat démocrate est en train de conclure sa version contemporaine du
Grand Tour avec une tournée internationale de 6 jours qui l'a mené de Bagdad à Londres, en passant par Kaboul, Amman, Jérusalem et Ramallah, Berlin et Paris. Ce grand tour est purement une opération de politique intérieure visant à rassurer les américains sur sa stature internationale, son supposé manque d'expérience et surtout sa capacité à assurer la sécurité des Etats-Unis, sujet primordial dans une campagne présidentielle.
Mais avant de parler de la situation américaine, petit crochet par la France et les rapports avec Obama. Tout d'abord, il est à remarquer qu'il n'a pas voulu un grand bain de foule français de peur d'effrayer l'électeur américain moyen qui, comment dire, ne porte pas les français dans son coeur. Berlin était bien plus indiqué pour la
démonstration de popularité européenne et lancer son appel à l'unité. Comme quoi, il n'y a pas que du côté européen que la guerre d'Irak a laissé des traces durables.
Ensuite, le PS
s'est démené pour avoir droit à une part de la lumière du candidat démocrate et chacun des responsables socialistes aurait jubilé d'être associé ne serait-ce qu'un instant à la gloire du premier candidat afro-américain à la présidentielle. Mais peine perdue, le candidat était en France simplement pour faire campagne et soigner sa stature internationale. Aucun intérêt donc à rencontrer les socialistes français, un parti archaïque en crise, qui s'allie avec les communistes et les pastèques Verts et même pas aux affaires. C'est donc le Président Sarkozy, premier président ouvertement pro-américain de la Vème République qui a eu le droit de prendre la lumière de l'Elu.
D'ailleurs, le
parti pris de Sarkozy
en off (mais le off n'existe pas avec Sarkozy comme tout le monde le sait) sur les élections américains, assez scandaleux au demeurant, vient largement confirmer que le spectre politique français est décalé sur la gauche, la droite française s'entendant bien mieux avec la gauche américaine qu'avec les Républicains. Cela est également vrai au niveau européen où la droite française est bien plus proche des gauches européennes (Chirac-Schroeder, Sarkozy-Blair...) que des droites. Ce qui pose la question de savoir avec qui la gauche française s'entendrait en Europe...
Et dernière remarque, les comités de soutien à Obama se multiplient mais l'engouement n'est pas encore là auprès de ceux qui seraient les plus susceptibles de le soutenir, les minorités et les banlieues. Pourquoi ? Dans le Figaro du jour, Kamel Hamza, conseiller municipal UMP à Saint-Denis explique assez bien la raison de cet engouement qui ne prend pas dans les banlieues : «les gens ne comprennent pas exactement ses positions». Comprenez ne comprennent pas ses positions sur le conflit israélo-palestinien, ne comprennent pas qu'il ne soit pas pro-palestinien.
Revenons donc à la situation américaine. Barak Obama est donc venu chercher en Europe une stature internationale et une réponse à l'argument républicain sur son inexpérience en matière de politique étrangère. Le coup est plus que réussi avec une visite en Afghanistan et en Irak sur le théâtre des opérations d'où il a pu apparaître comme un commandeur en chef crédible. Le passage en Israël et dans les territoires palestiniens lui a permis d'apaiser les craintes d'une dérive pro-arabe de la politique américaine s'il était élu et de rassurer l'allié le plus proche au Proche-Orient et donc par la même occasion les américains juifs (même si par une contre-vérité répétée encore et encore, les médias français pensent que les juifs votent majoritairement à droite aux USA alors que 75% des juifs votent démocrates dans les élections présidentielles) tout réaffirmant son engagement pour la paix au Proche-Orient. Enfin, les escales en Europe de l'Ouest chez les 3 grands du Continent (Allemagne, France et Royaume-Uni) lui ont permis d'apparaître proche de la Vieille mais encore puissante Europe (enfin pas trop proche de la France quand même) et de coller aux basques de McCain sur le thème de la rupture en prônant, comme lui, un rééquilibrage des relations transatlantiques, un plus grand multilatéralisme ce qui veut surtout dire que l'Europe doit prendre une part plus importante dans le fardeau de la défense de l'Occident (ce qui fait très plaisir aux indépendants et aux républicains libéraux) à commencer par l'Afghanistan...
Cette tournée étrangère s'inscrit totalement dans le virage à droite qu'est en train d'effectuer le candidat démocrate. Et c'est bien cela le principal enseignement de l'événement : Obama compte garder fondamentalement la même géopolitique que l'administration Bush. Nombre de revirements en politique intérieure entre sa campagne des primaires et sa campagne nationale ont déjà été effectués : financement de la campagne sur fonds privés (c'est le premier candidat à la présidentielle à s'affranchir de ces règles édictées après le scandale du Watergate alors qu'il en était l'ardant défenseur) avec la perspective de lever
plus de 500 millions de dollars et pas seulement auprès de son réseau de donateurs à 20 dollars, soutien à la loi sur les écoutes téléphoniques après s'y être opposé, soutien au port d'arme après s'être moqué des aigris qui s'accrochent à leurs armes, soutien à la peine de mort pour les violeurs d'enfant, dénonciation de ceux qui abandonnent leur famille à commencer par les pères noirs...Sur la politique extérieure, le revirement a eu lieu concernant le dossier de l'Irak. Après avoir promis de quitter le plus tôt possible le terrain, le candidat américain a annoncé qu'il ne fera rien sans s'être concerté avec les responsables militaires sur le terrain, et surtout il a annoncé qu'un retrait ne veut pas dire un retrait total et qu'il resterait surement une force résiduelle de 60 000 hommes tout de même sur place. Et en plus, les capacités désengagées d'Irak iront renforcer le théâtre afghan, véritable front contre le terrorisme. Une position bien loin des canons antimilitariste de la gauche américaine qui lui a donné la victoire pendant les primaires et des européens qui le soutiennent à 70%. B.Obama revient tranquillement mais sûrement à un
supporting our troops conforme à ce qu'attend l'électeur moyen américain. La scène diplomatique était un des derniers domaines qui n'avait pas résisté à l'alignement sur les positions de la "Révolution conservatrice", voilà qui est fait.
D'ailleurs, ces revirements étaient en train de lui coller l'étiquette de girouette (flip-floper), ce qui n'est jamais très bon auprès de l'électorat centriste véritable clé de l'élection américaine, même si jusque là, le talent d'Obama lui a permis d'éviter de se planter sur cet écueil comme John Kerry en 2004 face à G.W.Bush. Mais surtout, ses revirements ont décidé Ralph Nader, figure de la gauche écologiste et libérale (libérale avec une grand L), de se lancer véritablement dans la course plutôt que de simplement faire à nouveau acte de candidature. Ralph Nader est un avocat défenseur des consommateurs et pourfendeur des monopoles et autres pratiques anti-concurrentielles, il est d'ailleurs adoré des petits épargnants, (drôle de figure de gauche pour notre gauche francaise anti-capitaliste, anti-concurrence, pro-monopole d'Etat et défenseur des intérêts catégoriels plutôt que des consommateurs). Mais Ralph Nader n'est pas que cela, il est aussi celui qui a fait perdre Al Gore en 2000 avec plus de 94000 voix récoltées en Floride, bien plus que les 537 voix d'écart qui avaient permis à G.W.Bush de battre Al Gore en Floride et d'accéder au Bureau Oval. Il n'hésite d'ailleurs plus à mettre McCain et Obama dans le même sac et à dire que les deux apporteront un troisième mandat à G.W.Bush.
Les
sondages donnent toujours Obama en tête aussi bien au niveau national (qui ne veulent pas dire grand chose, vu le mode d'élection) qu'en termes de grands électeurs. Mais cela n'est pas anormal ni décourageant pour les Républicains, vu la "popularité" de l'administration Bush, la nouveauté que représente l'équipe démocrate actuelle et la couverture médiatique qu'elle engendre (ce dont McCain, fidèle au sens de l'humour anglo-saxon,
s'amuse lui-même). Les sondages sont généralement assez différents des votes (seulement 50% de la population vote aux USA) et la période de l'été est propice aux démocrates car il s'agit surtout de généralités, d'images, de
photo-ops et de petites phrases. C'est souvent à l'autonome que cela se corse dès lors que la campagne entrera dans le dur du sujet avec des positions à prendre sur des détails qui fâchent et surtout avec le début des présentations des
plans dont raffolent les médias et les américains. Les démocrates sont d'ailleurs bien conscients que l'avantage d'Obama n'est pas suffisant pour voir l'avenir sereinement surtout que sur des questions thématiques le démocrate souffre d'un déficit d'image par rapport au républicain à commencer par la sécurité nationale.