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Nucléaire : Sarkozy ne décide de rien ! |
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| 12-02-2012 11:59 - 553 visites - Flux Ecologie, Animaux, Nature - Ecrit par Jef Tombeur - Lire son flux RSS | |
Nicolas Sarkozy a décrété que la durée (« espérance » serait là un mot déplacé) de vie des centrales nucléaires françaises s'étendrait au-delà de 40 années, soit qu'elles seraient en service jusqu'après 2050. Cela en dépit d'un rapport de la Cour des comptes sur leurs coûts croissants. On se demande si Nicolas Sarkozy est encore capable de décider de quoi que ce soit de durable, ou s'il n'a pas réagi bille en tête au discours de Roubaix d'Éva Joly…
Samedi soir, à Roubaix, Éva Joly avait rappelé que la centrale de Fesseinheim, l'une des plus vieilles, pourrait subir les conséquences d'un séisme. Effectivement, même un Claude Allègre ne peut le nier, le risque zéro d'un tremblement de terre en Alsace est une utopie. Les probabilités plaident pour que des secousses soient un jour ou l'autre, une décennie ou une autre, un siècle quelconque, ressenties. En mars ou avril, en pleine campagne électorale, pourquoi pas ? Ces secousses seraient-elles de nature à endommager une centrale vieillissante. Actuellement, sans doute pas, « demain ou après-demain », allez savoir…
Heureusement, la qualité du béton de l'époque était supérieure à celle du béton Bouygues de l'EPR. Cette annonce qui ne mange pas de pain ne vise en fait qu'à décrédibiliser Eva Joly, mais surtout François Hollande, qui s'est prononcé, en véritable « écolo terroriste », pour une réduction lente de la part du nucléaire en France. Éric Besson a doctement expliqué que la durée de vie des centrales américaines était de 60 ans. Une durée toute théorique. D'ailleurs, il y a eu au moins un accident d'une certaine ampleur aux États-Unis, et des centrales ont déjà été mises en sommeil. Tous les moyens sont bons
On l'aura compris, la durée de vie d'une centrale ne se décrète pas. Il n'est pas impossible que certaines, mais à quel prix ?, puissent fonctionner 70 ans. Certes pas toutes. C'est juste une question de prise de risques pour les populations.
Pour Éric Besson, le nucléaire restera deux fois moins cher que les énergies éoliennes, ou cinq fois moins que les solaires. Il n'a pas tout à fait tort, soit qu'il ne mente pas totalement comme un arracheur de dents. Qui, en ce moment, travaille sur le moteur à hydrogène ? Piaggio, et tenez-vous bien, avec des fonds de recherche européens (source : le très officiel Research*eu Focus, nº 10, daté de juin 2011). Certes, le scooter à hydrogène, ce n'est pas pour demain. Nimportenawak
Quand c'est trop, c'est trop, et il faut l'énoncer aussi clairement et simplement que possible. D'une part, les chiffres annoncés sont fortement sujets à extrême caution. D'autre part, quand on peut lire que « le président a décidé de demander à tous les opérateurs de se mettre en situation de pouvoir prolonger la durée de vie de nos réacteurs au-delà de 40 ans, » on serait tenté de se taper les cuisses. Cause toujours ! Une mise à l'étude ne mange pas de pain, enfin, si, le prix en est répercuté sur la note d'électricité, mais cela n'engage pas à grand' chose. Mais, surtout, voici un président dont la désespérance de survie semble plutôt se prolonger. Au moins sondage après sondage. Que je te décide d'un référendum par ci, de la durée de vie d'équipement par là, comme si même le Pont-Neuf n'avait pas dû être entretenu, revu, rénové, c'est franchement bouffon. M'sieu not' præsident vient d'appuyer sur le bouton de la durée de vie des centrales nucléaires ! Et que cela saute ! Hop, exécution, pas la peine d'attendre les conclusions, les remarques, les réticences, &c. Il s'agit de faire réagir les autres candidats, de faire le coup du dossier des écoutes (genre Mitterrand brandissant un dossier vide devant son adversaire lors d'un débat télévisé), d'agiter un chiffon (bleu-blanc) rouge. Un fort coup de sortie Personne ne disconvient du fait que la sortie, même progressive, du nucléaire serait lourde. Il est de même tout à fait exact que l'Allemagne doit avoir recours aux énergies fossiles pour combler les conséquences de sa décision. Il n'empêche que les fameux experts américains qui avaient estimé que les centrales pourraient durer 60 ans étaient totalement désemparés par l'ampleur de la catastrophe de Fukushima. Ils ne savaient diagnostiquer, se contredisaient, et au bout du fil ou du terminal, les Japonais attendaient, attendaient, attendaient, tels des Shadocks ne sachant s'il fallait pomper, pomper, pomper… Le fort coup de sortie est une sortie, une saillie, à fort autres coûts. On pourrait dire : une éjaculation (ici, prière fervente), une éructation. De toute façon, le risque est déjà pris. Celui d'une formidable facture pour l'entretien et le démantèlement des centrales. Certes, on rétorquera que la recherche permettra de trouver des rustines, des super-glues, on ne sait quoi, pour faire durer des centrales obsolètes et potentiellement dangereuses. Pour le moment, on voit la sous-traitance de la sécurité, les rapports qui s'accumulent, alarmants, certains carrément alarmistes. Mais sur ce coup, Nicolas Sarkozy engrange des voix autour de chaque centrale nucléaire française. Il en perd aussi. Les futurs retraités de ces secteurs aimeraient bien pouvoir parfois quitter ces régions pour aller plus rapidement ailleurs. La température remonte à Fukushima, au-dessus des nouvelles normes de sécurité (+2° à 82°), mais le Japon est loin, la perspective du chômage se rapproche pour les actifs. Comme le dit Éva Joly, démanteler une centrale, cela prend beaucoup, beaucoup de temps, et nécessite de ne pas y aller au bulldozer. Mais tout se discute et même la candidate EELV est consciente des données économiques. Le but est de la faire passer pour une douce rêveuse, au mieux, pour une saboteuse qui veut couler la France pour qu'on importe de l'électricité hydraulique scandinave. Nous n'en sommes pas encore là ? Comptez sur une Nadine Morano pour twitter quelque chose de la sorte.
Ces centrales, il faut aussi considérer qu'elles coûtent parce qu'elles ne sont plus vraiment exportables. Le Maroc reçoit Renault, mais il a d'autres perspectives, et mise sur le passage du nucléaire aux énergies propres (c'est en tout cas l'avis d'Essaid Bellal, directeur du cabinet de recrutement Diorh). Évidemment, ce n'est qu'un exemple ponctuel, dicté par l'actualité, mais on pourrait en trouver d'autres. Il n'est pas du tout sûr que, dans x années, il y ait pénurie de jeunes ingénieurs français spécialistes du nucléaire, ni que les vieillissants ne puissent travailler au-delà de 2050, mais, hein, il faut tout voir. Ou faire semblant. Là, tout de suite, ne fait-on pas semblant ?
Ouest-France préfère titrer « Sarkozy annonce un possible rallongement de vie… ». Il y a plusieurs sens au mot « possible ». Mélenchon a eu le courage de dire, sachant que cela lui coûterait peut-être plus de voix qu'il n'en gagnera, que Fessenheim doit être fermée « et les gens qui y travaillent reclassés. ». Les ingénieurs du nucléaire, ou les scientifiques spécialisés, ne sont pas que des électeurs de Nicolas Sarkozy. Le Point a opté pour une autre formule : « Le secteur nucléaire doit être prêt à un éventuel rallongement… ». Histoire de ne pas trop prendre son lectorat pour des andouilles. Tous les autres titres se sont bien préservés de commenter… à chaud. C'est plus prudent. Enfin presque, ceux titrant « sera prolongée » se rattrapant dans leur chapeau ou accroche.
Quand on a entendu, au Sénat, Éric Besson clamer que « les Verts sont plus sincères que le PS car ils disent clairement qu'ils veulent la sortie du nucléaire, » on a tout compris. Il faut piquer des voix à Hollande. François Brottes lui a rétorqué qu'il était mal placé pour donner des leçons d'authenticité eu égard à son passé. Bon, allez, les paroles, c'est une chose, les actes, une autre. Rappelons quand même que les Verts souhaitent la sortie du nucléaire… en vingt ans. Vœux peut-être pieux, à quelques années près. Au fait, et s'il est réélu, Sarkozy, dans cinq ans, il nous promet de nouveau une prolongation de la durée de vie des centrales ? Il pourrait commander un nouveau rapport, cela ne coûte, à lui, rien.
Brave Patrie ! P.-S. – et au fait, Sarkozy, lui si friand de référendum, il n'y a pas songé, à la voie référendaire, pour le nucléaire ? Cela rime pourtant bien, référendaire, nucléaire, populaire… Référendum rime avec bibendum, mais attention à la crevaison.
Commentaires (2)
zelectron a dit:
Jef Tombeur a dit:Ecrivez un commentaire
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10 juin
C'est officiel, et c'est le ministre de l'Industrie, Éric Besson qui s'est collé à la tâche ce dimanche. En laissant entendre que Nicolas Sarkozy lui-même aurait tranché. Mais il s'est senti obligé d'ajouter que « ce serait un gâchis d'arrêter nos réacteurs à 40 ans. ».
