Merci, le vieux Guerlain !

09-02-2012 21:07 - 502 visites - Flux People, Jet Set - Ecrit par Chrisrub - Lire son flux RSS
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Le vieux Guerlain (Comment ? Cela n'est pas respectueux ? Cela doit être l'influence en moi des nègres... Plus sérieusement, il n'est pas indispensable de respecter ceux qui se moquent du respect de plusieurs centaines de millions de personnes à la fois), le vieux Guerlain, donc, disait il y a quelques mois sur un journal télévisé avoir "travaillé comme un nègre" et précisait : "Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin..."

On en est aujourd'hui au jugement...
 
Capture d'écran de Jean-Paul Guerlain lors de son passage sur France 2, le 15 octobre 2010

 

Mais le jugement rendu n'est pas le sujet finalement le plus important. 7500 euros : une condamnation symbolique en regard de ses moyens.

 

Quelques précisions s'imposent sur le fond.

 

1°) L'auteur de cette fine pensée et sa défense ont cru bon de rappeler que l'expression "travailler comme un nègre" avait eu cours longtemps et qu'elle lui est venue mécaniquement, par opposition à l'expression "travail d'arabe" peut-être. Bon il n'y aurait pas là de quoi fouetter un chat - ni même un esclave - face à ces relents, pardon : face à ces résurgences d'un parler un peu ancien, qui illustre à merveille le "rôle positif de la colonisation" sur la langue.

Mais la suite est quand même emblématique dans la mesure où cette précipitation pour dire qu'on n'est pas dupe, qu'on sait bien qu'en dépit de l'expression, les nègres ne foutent rien (qu'on ne vienne pas me parler de vulgarité de style quand j'essaie de traduire au plus juste la pensée qui s'est exprimée : je n'y peux rien si ce que Sollers appelait "la France moisie" est vulgaire et il faut la montrer telle qu'elle est), cette précipitation, donc, est le meilleur service que le vieux pouvait rendre à ceux qui tentent aujourd'hui de rappeler ce qu'était le colonialisme : on faisait mine de penser beaucoup de bien des indigènes tout en revendiquant bien vite qu'on n'était pas naïf sur ce qu'ils étaient.

Faut-il au passage rappeler un point de grammaire  ? Quand Sollers parle de "France moisie", il ne s'agit évidemment pas de dire que la France ou les Français sont moisis (sinon il se désignerait lui-même, ce qui serait pour le moins étrange) mais bien qu'il y a en France une partie de la population, tellement rivée à un passé parfois nauséabond et refusant ce qu'il y a de vivant dans sa culture, qu'elle stagne jusqu'à en moisir.

Autre point de grammaire : nègre s'emploie sans majuscule dans le cas du vieux Guerlain.

 

2°) La notion de "nègre", ne renvoyant même pas à une civilisation (s'adresser au vieux Guéant pour une définition) ni à une nation, mais à une couleur de peau englobant des cultures et des ethnies qui n'ont aucun rapport entre elles, est éminemment raciste puisqu'elle présuppose que la couleur de peau détermine un comportement, une essence (aucun rapport avec le parfum) ontologique. Qu'on ne me réponde pas que de jeunes Noirs s'interpellent en se traitant de "négro" ou que Senghor et Césaire ont forgé un concept de négritude : il ne s'agit là que d'une réaction au racisme, comme l'expliquait avec brio Frantz Fanon dans son livre Les damnés de la terre, toujours d'actualité, semble-t-il.

 

Il faut conclure. Je le ferai par un dernier remerciement au vieux Guerlain, le grand révélateur des maladies chroniques de notre pays. Oui, car le bougre a également éclairé notre belle notion d'égalité face à la justice. Comme le dit finement un article du Monde, le banc des accusés a, pour lui, "pris la forme d'un fauteuil". Quel manque de goût de la part des autorités judiciaires ! Ils auraient pu se fendre pour l'occasion d'une chaise à porteurs maintenue par quelques nègres...

 






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Commentaires (4)

Gribouille a dit:

...
J'AI BEAUCOUP AIMÉ. MAIS ON N'ALLAIT TOUT DE MÊME PAS LAISSER LE SÉANT DE GUERLAIN L'ANCIEN SUR UN BANC ! ESPÉRONS QU'IL AURA, DE SON PROPRE CHEF, SU ARRONDIR LA SOMME À 100 000. ILS LE VALENT BIEN.
 
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10 February 2012
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Huguette Bacqué a dit:

...
C'est vrai que cette expression et son commentaire sont vraiment malheureux... Mais pour moi, travailler comme un nègre me fait plutôt penser à ces milliers d'esclaves qu'on a tant maltraités, à ces malheureux Africains colonisés qu'on a soumis à des corvées indignes, et même si l'expression est désuète et mal connotée, à mes yeux elle n'est pas insultante, car oui, ces pauvres malheureux ont travaillé, tant et plus, dans le sang, la sueur et les larmes, et beaucoup en moururent. Certes, on les traitait de "'nègres", mais je rappellerai que certaines personnes, aujourd'hui, exercent le métier dit de "nègre", car elles suppléent au manque d'inspiration d'écrivains en vue, d'artistes plus ou moins reconnus, etc... Certes, derrière le mot subsiste une notion d'exploitation et de spoliation. C'est surtout cela que j'y vois, moi. Et j'ai des ancêtres noirs, moi aussi, des nègres, oui, d'anciens esclaves dont je suis très fière et que je revendique avec d'autant plus de vindicte qu'on les a si injustement traités !
Vivent les différences, vivent les gens de toutes sortes et de toutes origines !
Moi, je prends "nègre" comme un titre de noblesse, car il vaut mieux être "nègre" qu'escroc, parvenu ou fanatique !
C'est ma part de négritude qui m'a faite la femme que je suis, et je remercie tous ces gens venus de si loin qui ont permis à la lignée dont je descends d'exister et de m'avoir donné, je le crois de plus en plus, un caractère aussi fort et une énergie peu communs.
Amicalement, Huguette Bacqué :-D
 
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10 February 2012
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Gribouille a dit:

...
Merci, Huguette, pour ce commentaire. On ne pourra jamais empêcher le racisme "j'ai été élevé comme ça" a justifié Guerlain à l'audience, en disant qu'il aimait beaucoup les... quoi, déjà ? fréquentés en Afrique quand son papa l'y envoyait. Serait-ce un homme (75 ans, n'exagérons pas, on peut corriger la "culture" familiale, mais peut-être, à l'instar de certains héritiers est-il trop stupide pour penser autre chose que "papa m'a dit"). Ceci étant, dans mon enfance et mon adolescence, on demandait, chez le pâtissier, des "têtes de nègre". Réaliste, je me disais "ça ne ressemble pas à une tête de nègre donc, c'est une catégorie spéciale et mon imagination gambadait sur des meringues saupoudrées de morceaux de chocolat, sur un corps humain. Mais ma logique, à cinq ans, refusait cette curieuse chose... Comment les appelle-t-on, maintenant, chez la pâtissier (je ne mange plus de gâteau sauf quand j'ai décidé que le plaisir de le faire valait une bonne gerbe : question d'habitude). Il est vrai que je n'hésiterais pas à demander, trois au quatre suppôtes de Benoît XVI (surtout depuis que je les ai vues commerçantes de bondieuseries à la sortie de Saint Pierre de Rome), assorties de quelques têtes de nègres, de "bougnoulades" et autres fantaisies, simplement pour voir la tête de la pâtissière et des clients. Par contre, je n'ai jamais acheté de "blonde" (même au bistrot où elle a sa place) et je ne bois plus que de la "blanche". Normal, je suis un vrai "cachet d'aspirine", genre peau de rousse qui se planque derrière des cheveux châtains. "Même pas honte", ce sont mes gênes... Ah ! des goûts et des couleurs, comme disait notre concierge lorsque nous étions enfants... Elle ne savait pas que nous descendions, parfois, en pleine nuit, pour venger cette phrase idiote sur la voiture de son chauffeur de taxi de mari, Maman dormant alors d'un sommeil valant trois boules Quiès par oreille.
Mais... "le combat continue"... 75 000 balles, franchement, Sont racistes, les juges de Guerlain ?
 
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11 February 2012
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Nadine a dit:

...
Bonjour Présidente GRIBOUILLE

dans mon enfance et mon adolescence, on demandait, chez le pâtissier, des "têtes de nègre".


Une pâtisserie qui, enfant, me laissait perplexe pour avoir passé de longues années en Afrique centrale, notamment en compagnie de mes cousins germains.
Ca me troublait fortement car malgré mon imagination débordante, je n'avais jamais vu les têtes de mes affectueux partenaires de jeux et bêtises, tous mulâtres, s'émietter sans aucune retenue, telle la très pâtissière "tête de nègre" qui avait le chic de se fragmenter en mille morceaux.

(tiens, "mulâtre"... v'là encore un mot qui a écopé d'une connotation raciste aujourd'hui et auquel il est de bon ton de substituer le mot "métisse". Ce qui n'est certainement pas la même chose)

Sinon, comment doit-on s'adresser au pâtissier aujourd'hui ?

GRIBOUILLE....j'adore une blanche bien fraîche au couvre-chef légèrement mousseux.
C'est pas raciste au moins ? smilies/grin.gif smilies/grin.gif
 
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11 February 2012
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