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Médialogie : de l'auto contre vélo |
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| 25-07-2011 11:58 - 2087 visites - Flux TV, Médias, Ciné, Musique - Ecrit par Jef Tombeur - Lire son flux RSS | |
Tiens, une pétition pour faire rectifier un article du Parisien. C'est sur Le Post (.fr). Une sorte de droit de réponse avait été accordé à la famille d'un jeune homme mort en scooter (non, en moto, nuance) à la suite d'une éventuelle (je souligne « éventuelle ») « perte de contrôle de son véhicule ». S'il y a bien un domaine où les faits-diversiers de base doivent faire preuve de vigilance, c'est bien les collisions, accidents de la route, &c. La petite locale peut être fort perturbée par des polémiques qui découlent de l'emploi d'un simple mot, d'un adjectif, qui ne convient pas à l'une des parties… Il y a fait-diversier et fait-diversier. Mais je n'accorderai pas vraiment ma confiance, pour un tel poste, à un frais émoulu d'école n'ayant pas fait de stages ou exercé en petite locale. C'est l'expérience minimale de base, l'école de la prudence, du ciselé.
En revanche, notamment parce que les assurés n'ont pas trop envie qu'un détail soit connu de leur agent général local, vous risquez parfois de vous retrouver face à un lecteur furibard qui a tambouriné dès le matin à la porte de la rédaction. Je me souviens de l'épisode survenu à mon confrère chef d'agence de la départementale de Belfort. Le considéré « beau-père » de Patrick Brice (« gentleman braqueur » par la suite, multi-évadé, que je salue amicalement au passage) s'en était pris à l'ami Goguillot. Il avait débarqué à L'Est républicain muni d'une carabine qu'il a pointé sur Gabriel. C'était un ferrailleur en butte au commissaire Tanière qu'il soupçonnait d'avoir des visées sur sa fille. Le policier en avait fait une sorte d'affaire personnelle, le « vannier » (vaguement gitan) aussi. Radio police étant une source présumée crédible (mais qui ne l'est pas toujours) avait fourni une version qu'il estimait avoir été de surcroît « pimentée » par Gabriel Goguillot († juil. 2010). De tels incidents, on s'en souvient. On oublie ceux de moindre importance. Pourtant, fait-diversier au Pays de Franche-Comté, je crois me souvenir d'en avoir vécu au moins deux, plutôt anodins, dont la portée était exagérée par la ou les personnes se croyant mises en cause. Je ne sais s'il en est de même pour l'accident du 29 juin 2011 qu'une certaine Géraldine relate sur Le Post.
En gros : le motoriste décédé, Dimitri, aurait dérapé sur des graviers et percuté un candélabre. Deux versions successives de l'accident, publiées par Le Parisien, auraient été erronées. Ou du moins, approximatives. La dernière version du localier du Parisien était la suivante : Alors, s'agit-il d'une moto ou d'un scooter, comme je l'ai trop vite écrit précédemment ? D'une moto… C'est idiot, mais c'est le genre d'erreur qui vous discrédite : pour pas grand' chose, vous vous attirez des réactions du style « tout votre article n'est qu'un tissu d'âneries ». « Il ne roulait pas non plus trop vite ! », consigne Géraldine. C'est peut-être ce qu'avaient conclu les enquêteurs, lesquels l'avaient consigné dans la main courante, allez savoir. En général, s'il y a mort de femme ou d'homme, des experts ou présumés tels dressent des constats (de police ou gendarmerie). Les experts des assurances s'appuieront sur ces rapports. Et puis, il y a la douleur des familles à considérer. Tout peut prendre une importance démesurée aux yeux des protagonistes, même en cas de simples tôles froissées (car on ne sait pas tout : c'est peut-être l'ex-amant de la cousine Gilberte qui a percuté le véhicule du frère de la boulangère, laquelle…). Sauf accident très, très grave, éviter de donner les identités, d'entrer dans trop de détails. Mieux vaut écrire « a percuté un obstacle » et non pas « un arbre » en lieu et place d'un « candélabre ». C'est dérisoire ? Oui et non. Cela dépend pour qui. En revanche, dans des affaires criminelles, pour des faits de société majeurs, le lectorat s'attend à obtenir des détails précis. Cela demande recoupements, vérifications. Ou un emploi prudent des interrogatives et du conditionnel. Les écoles de journalisme forment assez mal à la pratique à cet égard et trop souvent, des stagiaires n'ayant effectué que des périodes en secrétariat de rédaction se retrouvent promus sur le terrain, trop rapidement. Inversement, des secrétaires de rédaction n'ayant jamais fait de terrain vont grimper dans la hiérarchie, se permettre parfois des coupes qui porteront à conséquences. Le journalisme n'est pas une science, mais un artisanat. Le passage d'apprenti à compagnon puis maître est souvent, pour certains, trop rapide, tandis que d'autres, au contraire, très formés, peuvent rester confinés à des tâches qui, pour n'être pas subalternes, ne leur permettront pas de transmettre toute l'étendue de leur expérience. Cela ne vaut pas que pour cette branche ou ce secteur d'activité, mais c'est parfois plus accentué dans la presse qu'ailleurs. La superficialité n'est pas forcément coupable. Mais on voit parfois la « grande presse » faire beaucoup plus mal que la provinciale ou de petits titres. S'il s'agit d'un événement n'intéressant guère un vaste public national, cela peut se concevoir : la presse nationale s'attachera peu aux détails. En revanche, certains événements jugés sur le coup mineurs peuvent prendre de l'ampleur. Je ne sais combien de confrères parisiens, ayant un peu rapidement rédigé avant de se retrouver envoyés spéciaux en province, ont été pris pour des charlots, des bidonneurs, tant par leurs confrères locaux que par leurs interlocuteurs (magistrats, policiers, sachants, protagonistes…). Il leur a souvent manqué de se coltiner la litanie des « auto contre vélo » et des bestiaux ou animaux domestiques divaguant sur la voie publique, ou la rare mais spectaculaire échappée d'un bovin voué à l'abattoir. Rédiger « le nez dans le guidon » (soit contre la montre) s'apprend, comme autrefois on apprenait à dicter un papier à une sténographe ou une claviste, sans même consulter ses notes, sans avoir pu rédiger (ce fut le cas pour ma toute première brève dans Libération, j'avais pris des tonnes de notes sur le congrès du SNJ au mont Saint-Odile, Josée Garçon, de permanence, attendait une brève sous dix minutes au plus tard…). Autres temps, autres mœurs, autres impératifs ou contraintes. Mais parfois, en voyant des « speakerines » ou des présentateurs passés par des écoles de journalisme prendre en charge un journal télévisé, on se prend à regretter qu'ils n'aient jamais commenté des faits-divers de base dans des radios locales.
Pour mémoire, la première version du Parisien à propos du décès de Dimitri se résume ainsi :
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En fait, ces « chiens écrasés » qui sont parfois simplement des humains qui franchissent ou non un stop, négligent un panneau « céder le passage » ou froissent de la tôle en des circonstances difficiles à déterminer, sont trop souvent rédigés à la va-vite. Cela se passe ainsi : le localier en charge de la tournée des faits divers (pompiers, police…) la prend souvent pour une corvée. Il faut téléphoner ou se rendre au poste de police, puis à la gendarmerie (cas de certaines localités), et consulter la main courante. On note trop rapide car il faut faire vite pour rédiger avant la tombée avancée de la copie (la tournée vespérale s'achève souvent un peu tard). Puis, la faute d'inattention guette. Ce n'est pas grave (enfin, pas trop), si vous écrivez que le cycliste « au volant de sa bicyclette » a fini dans le décor.