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MAILLE : Les 124 victimes du village martyr, pour le devoir de mémoire. |
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| 27-06-2008 10:53 - 2114 visites - Flux Société, Education - Ecrit par Michel - Lire son flux RSS | |
Je vous joins un texte que j'ai découvert à la bibliothéque de Saint-Amand-Montond (Cher) et qui vous relatera l'horrible massacre de Maillé. 124 victimes dont 48 enfants de moins de quinze ans, 41 femmes. La barbarie de cet acte, alors que l'armée allemande était en pleine débandade, est tout simplement terrifiant. Pourtant ce village martyr semble avoir été occulté dans l'Histoire. On se souvient de Oradour-sur Glare, Villeneuve d'Ascq et Tulle (..). La cicatrice ne peut être résorbée sans ce devoir de mémoire de toutes ces malheureuses victimes de la folie humaine. EDITIONS ELECTRONIQUES LA REPRESSION EN FRANCE A L’ETE 1944 ACTES DU COLLOQUE ORGANISE PAR LA FONDATION DE LA RESISTANCE ET LA VILLE DE SAINT-AMANDMONTROND A SAINT-AMAND-MONTROND LE MERCREDI 8 JUIN 2005 © Fondation de la Résistance, Paris, 2007 Histoire et mémoire d’un massacre: Maillé, Indre & Loire par Sébastien Chevereau (chef du projet Maison du Souvenir) et Luc Forlivesi (directeur des Archives départementales d’Indre-et-Loire) « Il en va des peuples comme des individus. Sans mémoire, ils ne sont qu’une coquille vide. Un agglomérat d’hommes et de femmes que le flux du monde emporte et engloutit. » Marek Halter Dans le long martyrologe des victimes de l’été 1944, un massacre est resté méconnu pendant près de 60 ans. Il est pourtant impossible de ne pas s’intéresser à cette violente action militaire de répression menée en Touraine au coeur du “Jardin de la France”. Un village dans la guerre A la fin du mois d'août 1944, les 500 habitants du village de Maillé près de Sainte- Maure-de-Touraine, à 40 kilomètres au sud de Tours, attendent la libération, comme partout, avec une certaine anxiété. L'occupant se prépare manifestement à partir. Mais le 25 août 1944, au moment même où le drapeau tricolore flotte sur la tour Eiffel, ce bourg tourangeau est en flammes et 124 de ses habitants sont massacrés. Dès le début de l'occupation en juin 1940, Maillé est désavantagé par sa situation géographique. Proche de la ligne de démarcation, le bourg doit abriter jusqu'en juillet 1941 près de 150 soldats allemands. Le village est également proche de deux voies de communication de première importance, la voie ferrée (Paris-Bordeaux) qui traverse l'agglomération et la route nationale 10. Le bourg voisin, Nouâtre, possède un camp de l'intendance militaire, dépôt d'essence de matériel et de nourriture surveillé par près de 300 soldats. Pour l'occupant, durant l'année 1944, cette région de Touraine est considérée comme un pays acquis aux "terroristes". Au mois de février, un important réseau de résistants affilié à Libération-nord est démantelé. Plusieurs personnalités sont arrêtées dont le chef du réseau, l'abbé Henri Péan (curé de Draché, Maillé et La Celle-Saint-Avant) et ses adjoints, deux secrétaires de mairie ainsi que le maire d’une commune voisine. Malgré ces arrestations, trois maquis de F.F.I. (Epernon, Césario et Conty-Freslon) continuent à mener des actions dans cette partie du sud Touraine. En août 1944, la ligne Paris-Bordeaux est sabotée 3 fois à proximité du bourg, alors que les voies sont normalement surveillées par des civils requis pour cette tâche. Les réparations sont entreprises par des ouvriers logés dans le village, qui marquent plus d'enthousiasme, semble-t-il, à écouter la B.B.C. dans l'un des cafés qu'à remettre en service la ligne ferroviaire. EDITIONS ELECTRONIQUES LA REPRESSION EN FRANCE A L’ETE 1944 ACTES DU COLLOQUE ORGANISE PAR LA FONDATION DE LA RESISTANCE ET LA VILLE DE SAINT-AMANDMONTROND A SAINT-AMAND-MONTROND LE MERCREDI 8 JUIN 2005 66 © Fondation de la Résistance, Paris, 2007 Les troupes occupantes se rendent compte de l'hostilité de la population lors du sauvetage d'un pilote d'un avion canadien abattu au-dessus de la campagne de Maillé le 11 août. Malgré des recherches intensives par les Allemands, il ne put être retrouvé: il avait bénéficié de l’aide des habitants pour s’enfuir. Le massacre Dix jours plus tard, un parachutage d'armes est intercepté à une dizaine de kilomètres par l'occupant. Dans les heures qui suivent, les Allemands fouillent le village voisin de Draché, sans résultat. Dans la soirée du 24 août, des témoignages concordants font état d'un accrochage au nord de Maillé entre un petit groupe de résistants et deux véhicules légers allemands. Il y aurait eu des victimes parmi leurs occupants. Cette embuscade fait paniquer certainssoldats qui patrouillent. La nuit est troublée par des rafales et des explosions de grenades lancées dans le vide pour affoler la population. Dans la nuit, le responsable allemand de Sainte-Maure-de-Touraine, le sous-lieutenant Gustav Schlüter, en poste depuis le début du mois, avertit le Feldkommandant de Tours, le Lieutenant-colonel Stenger. Des ordres de représailles sont sans doute donnés. En début de matinée du 25 août, vers 9 heure, une escadrille alliée bombarde un train militaire ainsi qu'un canon de DCA de 88 mm, une Flak 18 de la Luftwaffe. Un autre canon, peut-être mieux dissimulé, est implanté à proximité à l'est du village. Peu après, au nord du bourg, des sentinelles longent la voie ferrée vers le sud. Au sud ouest, une cinquantaine de militaires commence le massacre dans les premières fermes. Tout ce qui ce présente devant eux, hommes, femmes, enfants et animaux est abattu. Puis les soldats continuent leur progression macabre à l'intérieur du bourg en mettant le feu à tous les bâtiments visités. Vers midi, toutes les troupes s'éloignent du bourg en feu. Les sentinelles interdisent aux survivants de sortir de leurs cachettes. Deux heures plus tard, le canon de D.C.A. commence son tir. 80 obus sont ainsi utilisés. En fin d'après-midi, en arrivant dans sa paroisse, l'abbé Payon réussit à parlementer avec les militaires d'un train arrêté depuis peu dans la gare de Maillé. Les rescapés ont une demi-heure pour évacuer le village. Dans la nuit, le bourg continue à être mitraillé par les soldats de quatre convois ferroviaires. Le bilan est effrayant: 124 morts dont 44 enfants. Sur les 60 habitations du bourg, 52 sont partiellement ou entièrement détruites. EDITIONS ELECTRONIQUES LA REPRESSION EN FRANCE A L’ETE 1944 ACTES DU COLLOQUE ORGANISE PAR LA FONDATION DE LA RESISTANCE ET LA VILLE DE SAINT-AMANDMONTROND A SAINT-AMAND-MONTROND LE MERCREDI 8 JUIN 2005 67 © Fondation de la Résistance, Paris, 2007 De nombreuses questions sans réponse L'embuscade la veille du massacre est souvent présentée comme la cause réelle des représailles. Mais combien d'embuscades de l'été 44 ont été suivies d’une répression si terrible ? Et si cette escarmouche en est la cause, on peut remarquer que le hameau situé à 1 km du bourg n'a pas été détruit le lendemain. A Maillé, les actions de représailles ont été organisées et planifiées avec méthode. Ce n'est donc pas une soldatesque de quelques individus décidés à faire "un coup" de main sur un village. Il s’agit bien d’un crime de guerre orchestré en violation des lois de la guerre, même si le degré de préméditation reste encore à préciser. Les deux papiers retrouvés sur les corps avec la mention manuscrite « C’est la punission de terroristes et de leurs assistants » fournissent la preuve tangible de cette volonté délibérée de vengeance. Les Allemands avaient un intérêt majeur à sécuriser la région pour leur repli, cinq à sept jours seulement avant sa libération. Quels sont les soldats qui participèrent au massacre et quelle est la chaîne de commandement qui amena à cette tragédie ? Le surlendemain, le Feldkommandant de Tours, le l lieutenant-colonel Stenger reconnaît devant le préfet d'Indre-et-Loire, Ferdinand Musso, qu'il est à l'origine de l'ordre de représailles mais que ses hommes auraient été bien au-delà de ses consignes. Un seul homme a été condamné par contumace par la justice militaire française en 1952. Il s'agit du sous-lieutenant Gustav Schlüter. Mobilisé le 1er juillet 1940, il est restéstationné dans la région de Bordeaux jusqu'aux premiers jours de l'été 44. Mais un "simple" sous-lieutenant aurait-il pu organiser tout seul le déplacement de plus d'une centaine d'hommes ainsi que de deux canons de DCA, pour des représailles alors que la Feldkommandantur préparait activement son départ du département ? Quel fut le rôle des officiers du camp de Nouâtre à moins de 3 kilomètres ? Certains de leurs hommes ont servi de sentinelles en interdisant aux habitants du bourg de fuir. Les services de la police judiciaire française les ont mis hors de cause pour la partie active du massacre, mais il ont omis de souligner leur rôle dans l'encerclement du village. A quelles unités appartiennent la cinquantaine de soldats qui a massacré, parfois à coup de baïonnette, les habitants de Maillé ? La femme de chambre française de Gustav Schlüter a indiqué qu'il avait eu des contacts avec des SS venant de Châtellerault. Mais les services de police d'après-guerre n'ont, semble-t-il, pas recherché dans cette direction. Un historien allemand, Peter Lieb, a pu déterminer récemment qu'il y avait encore près de 700 soldats de l'unité de la Feldersatzbataillon de la 17° division de Waffen SS à Châtellerault jusqu'au 29 août 1944. Le chef de cette unité aurait même été blessé 10 jours auparavant, dans une embuscade près de Thouars. La présence de ce type de troupes à proximité de Maillé, pourrait permettre d'expliquer en partie la violence du massacre. Ce Feldersatzbataillon, ou bataillon de réserve, était une unité en formation, qui n'avait pas encore été affectée sur des grandes opérations militaires. Ces jeunes hommes élevés dans une culture de violence auraient pu vouloir montrer leur savoir faire à leurs supérieurs. EDITIONS ELECTRONIQUES LA REPRESSION EN FRANCE A L’ETE 1944 ACTES DU COLLOQUE ORGANISE PAR LA FONDATION DE LA RESISTANCE ET LA VILLE DE SAINT-AMANDMONTROND A SAINT-AMAND-MONTROND LE MERCREDI 8 JUIN 2005 68 © Fondation de la Résistance, Paris, 2007 Malheureusement, les services de police militaire et judiciaire n'ont pas pu ni su découvrir les auteurs du massacre. Ils n'ont pas eu, semble-t-il, la possibilité d'interroger des acteurs de ce drame. Seul Gustav Schlüter a été condamné à mort par contumace pour complicité de crime de guerre en 1952 par le tribunal militaire de Bordeaux. Il est mort à Hambourg en 1965. Aucune preuve pour l'instant ne permet d'accuser une troupe plus qu'une autre. Il est seulement possible d’affirmer que les soldats engagés à Maillé étaient issus d'unités différentes, de la Wehrmacht et de la Lufwaffe pour le canon de défense anti-aérienne. Les recherches sur ces aspects sont en cours et il reste plusieurs fonds d’archives à exploiter en France comme en Allemagne. La mémoire du massacre Le cas du massacre de Maillé est également intéressant par son relatif oubli dans la mémoire collective. Les causes sont multiples que ce soit sur le plan local ou national. L'une des premières est sûrement la coïncidence de la date du massacre, le 25 août, avec la libération de Paris. De façon logique, les autorités de l'Etat se devaient d'être présentes aux cérémonies de la capitale plutôt qu'à Maillé. L'oubli fut aussi le fait de la place prise à l’échelle nationale par le massacre d’Oradour. L’ampleur de la tragédie, la conservation des ruines du village et la mise en oeuvre d’un centre de mémoire ont fait de cette tragédie un symbole de la barbarie nazie. Depuis 60 ans, il y a également un oubli par lassitude. Une cérémonie annuelle est organisée le 25 août, en pleine période de vacances mais les événements militaires liés à la II° Guerre mondiale semblent de plus en plus lointains … L'absence de réponses aux questions essentielles concernant le massacre a également un rôle important dans le processus d’oubli. Le procès par contumace est passé inaperçu dans la presse en 1952 et ne fut pas connu par les habitants du village. L’effacement du massacre de Maillé dans notre mémoire collective est manifeste dans les livres d'histoire, y compris dans les dictionnaires consacrés à la Seconde guerre mondiale. Depuis 60 ans quasiment aucun sujet de recherches universitaire n’a porté sur le drame de Maillé. Personne n'évoquait le massacre dans le village et il n'y a aucune ruine dans le village indiquant son passé douloureux. Seuls cinq monuments et stèles dans le bourg indiquent la mémoire du massacre. Par pudeur, les rescapés ne parlaient pas de leur malheur mais leur vies étaient marquées de façon indélébile par l’absence d’un ou de plusieurs proches. La reconstruction difficile du village est également un facteur d'oubli. Des tensions, des jalousies dans la population apparaissent très logiquement. Dans un pays qui connaît une pénurie de biens de consommation, il est difficile d'apporter une aide équitable à tous les sinistrés et rescapés du 25 août 1944. Dès la fin de 1944, une rapide mobilisation permet d’apporter une aide d’urgence, Très rapidement la préfecture, mais EDITIONS ELECTRONIQUES LA REPRESSION EN FRANCE A L’ETE 1944 ACTES DU COLLOQUE ORGANISE PAR LA FONDATION DE LA RESISTANCE ET LA VILLE DE SAINT-AMANDMONTROND A SAINT-AMAND-MONTROND LE MERCREDI 8 JUIN 2005 69 © Fondation de la Résistance, Paris, 2007 aussi le Secours national et la Croix Rouge agissent. Mais l’aide matérielle ne règle pas tout. L'oubli qui semble le plus constant depuis 60 ans est celui de l'importance du geste au risque d’une « banalisation » de l'acte. On entend parfois dire : "Maillé, notre petitOradour tourangeau" ou "des Maillé, il y en a eu partout, un résistant a été tué dans lebois d'à côté..." A Maillé, les représailles des troupes allemandes contre une populationcivile qualifiée de "terroristes" ont tué 124 personnes âgées de 3 mois à 89 ans, dont 44 enfants. Une volonté vitale de témoigner Avant que le temps ne fasse son oeuvre et que les derniers témoins ne disparaissent, la volonté de témoigner pour l’Histoire devient pressante. Même s’il a fallu attendre 1994 pour qu’une association « Pour le souvenir de Maillé » ne voie le jour, désormais les projets foisonnent . Deux expositions réalisées par les Archives départementales d'Indre-et-Loire, en 1994 et en 2000 ont permis de faire découvrir à un large public les éléments tangibles de l’histoire de ce paisible village de Touraine soudainement plongé dans l’horreur. Les enfants de 1944 ont ressenti le besoin de témoigner individuellement de ce qu'ils ont vécu. Ils ont ainsi redécouvert leur histoire et ils se sont rendu compte de son oubli presque total dans la mémoire collective française. Une série d’entretiens audio-visuels a été enregistrée par l’Association Les deux mémoires et un film d’un heure et demie en aété tiré. Près de quatre-vingt heures de témoignages sont désormais accessibles. Un autre type de documentaire, diffusé sur des chaînes française et allemande, a mis en lumière l’enchaînement des faits et le silence qui a suivi. Point d’aboutissement de cette prise de conscience et point de départ de nouvelles actions, la Maison du Souvenir qui a ouvert au public en début d'année 2006 a pour mission de transmettre la mémoire des habitants du village mais aussi d'être un lieu de réflexion sur les dangers subis par les populations civiles lors d’un conflit. Ce n’est qu’à travers la prise de conscience du passé et l’éducation à la paix que de telles tragédies pourront être un jour évitées. Pour contacter la Maison du Souvenir, à Maillé :Maison du Souvenir, rue de la Paix, 37800 Maillé Tél. 33 (0)2.47.65.24.89 Fax 33 (0)2.47.65.21.89 Site internet : www.maille.fr Courriel : maison-du-souvenir@maille.fr Horaires d’ouverture : ouvert toute l’année du mercredi au samedi 10h30-13h et 14h- 18h, le dimanche et le lundi 14h-18h. EDITIONS ELECTRONIQUES LA REPRESSION EN FRANCE A L’ETE 1944 ACTES DU COLLOQUE ORGANISE PAR LA FONDATION DE LA RESISTANCE ET LA VILLE DE SAINT-AMANDMONTROND A SAINT-AMAND-MONTROND LE MERCREDI 8 JUIN 2005 70 © Fondation de la Résistance, Paris, 2007 ANNEXE : DOCUMENTS PHOTOGRAPHIQUES ¨ Trois photographies des ruines de Maillé prises en 1944, quelques jours après lemassacre (copyright Maison du Souvenir – Maillé) EDITIONS ELECTRONIQUES LA REPRESSION EN FRANCE A L’ETE 1944 ACTES DU COLLOQUE ORGANISE PAR LA FONDATION DE LA RESISTANCE ET LA VILLE DE SAINT-AMANDMONTROND A SAINT-AMAND-MONTROND LE MERCREDI 8 JUIN 2005 71 © Fondation de la Résistance, Paris, 2007 ¨ Vues actuelles de La Maison du Souvenir, ouverte au public en 2006(copyright Maison du Souvenir – Maillé)
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