La rentrée s'est faite sur le thème du pouvoir d'achat : inquiétude des syndicats sur l'augmentation des prix et demande de revalorisation des salaires et des minimums sociaux, exploitation de la gauche qui essaye de mettre ça en rapport avec le paquet fiscal. Le gouvernement qui négocie directement avec la grande distribution pour faire baisser les prix des fournitures de rentrée scolaire. La grande distribution qui indique qu'elle n'acceptera aucune augmentation dans les négociations avec les fournisseurs pour « protéger le pouvoir d'achat » de ses consommateurs. Tout cela n'est qu'un grand jeu de dupes à destination des néophytes. Car la vérité est tout autre et souvent les responsables sont ceux qui crient le plus fort.
Prenons un exemple simple mais très représentatif : le prix de la baguette. 5 % d'augmentation prévue à la rentrée dont 2% pour le prix de la farine et 3% pour l'augmentation du Smic. Voilà, déjà une première contradiction. La gauche et les syndicats passent leur temps à réclamer une augmentation du Smic. Mais plus de la moitié de l'augmentation du prix de la baguette est liée à celle du Smic et plus généralement, c'est l'ensemble des produits de première nécessité qui sont pénalisés par l'augmentation du coût du travail. Or qui sont les plus grands consommateurs de ces produits ? Les ménages modestes. Ce sont donc les ménages modestes qui financent les augmentations du Smic. Il faudrait réfléchir à être cohérent là-dessus et ne pas prôner d'un côté l'augmentation du Smic (jusqu'à 1500 euros pour certains) donc du coût du travail et de l'autre déplorer l'augmentation du coût de revient des produits qui pénalisent le pouvoir d'achat et l'emploi, en liaison avec coût du travail trop élevé.
Ensuite, l'autre raison de la hausse : le blé a fortement augmenté, 40%, comme les autres matières premières agricoles ; 100% pour le lait, 40% pour le beurre, 35 % pour le maïs, 17 % pour le cacao, 24 à 46 % pour les huiles. Le développement de la consommation dans les pays émergents (dont la Chine) et l'essor des biocarburants (maïs, colza, canne à sucre) font pression sur la demande. Et du côté de l'offre, l'intervention de l'Etat n'a pas aidé les choses : politiques agricoles malthusiennes avec des quotas et des jachères limitant la production, incitation pour la culture bio et écologique au détriment de l'agriculture nourricière intensive.
L'augmentation des prix n'est pas limitée aux produits agricoles et touche plus largement tous les produits. Pour lutter contre ce phénomène, le gouvernement veut s'attaquer à la loi Galland et aux marges arrière. Pour bien comprendre la perversité de cette loi, prenons des chiffres. Leclerc achète 100 un produit à son fournisseur. Il lui facture 35 au titre de la coopération commerciale, c'est la marge arrière. Le produit ne lui coute donc que 65. Mais la loi Galland interdit de réintégrer dans le seuil de revente à perte, cette marge arrière et comme la vente à perte est interdite, Leclerc ne peut pas vendre moins de 100. Ayant bien compris le système, la grande distribution, d'un côté, facture des marges arrière importantes qui vont directement dans sa poche et de l'autre côté, se donne une bonne image en dénonçant les fournisseurs qui augmentent leur prix et l'Etat qui empêche de faire baisser les prix.
Mais la loi Galland n'est pas la seule loi en cause dans cette sur inflation des prix dans les grandes surfaces. La loi Raffarin de 1996 (comme quoi la dissolution de Chirac était une bonne chose devant tant d'incompétence) était faite pour protéger le petit commerce et pour parer à l'invasion des distributeurs allemands. En bloquant toute installation de moyenne et grande surface (dès 300m²), la loi a accordé un monopole de fait aux entreprises existantes. Monopole à la vente permettant d'imposer des prix élevés aux consommateurs ; mais aussi à l'achat, en permettant d'imposer leurs conditions aux fournisseurs, ce qui nuit à l'emploi productif en France. Conséquence de cette absence de concurrence, le taux de marge du grand commerce alimentaire a augmenté de 12 points entre 1996 et 2002, financé par le consommateur avec une "sur inflation" de 7 % sur l'alimentaire, soit 10 milliards d'euros... Mais il est plus difficile de s'attaquer à cette loi, son auteur étant toujours un cadre influent de la majorité présidentielle.
Dans cette histoire, tous les acteurs sont hypocrites : la droite qui a instauré un système pervers pour satisfaire une partie de son électorat, la grande distribution qui, sous les apparences de la défense du consommateur, est le principal bénéficiaire du système, les syndicats qui veulent toujours plus sans s'occuper des conséquences au niveau macroéconomique et la gauche dont la politique de redistribution renchérit le coût du travail ce qui étouffe la croissance et empêche que celle-ci soit synonyme de création d'emplois.
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