Le livre numérique : Entente illégale entre Apple et cinq importants éditeurs ?

09-12-2011 15:48 - 1065 visites - Flux High Tech - Ecrit par JeanMimi - Lire son flux RSS
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Ce nouveau feuilleton aurait pu s'appeler "Amazon strikes back". Sauf que dans cet épisode remanié de Star Wars, ce n'est pas l'Empire malveillant qui attaque les gentils jedis beni-oui-oui, mais une fraction de l'Empire qui en attaque une autre.

Retour sur le néo-marché du livre numérique qui tente de se faire une place sous vos sapins de Noël, au prix de ce qui peut sembler être une concurrence rude... Mais apparemment, pas tant que ça, ou du moins, pas pour tout le monde.

 


Imaginez : un fond étoilé, la "Marche Impériale" de John Williams en fond sonore, et puis...

 

Il était une fois, dans une galaxie pas du tout lointaine...

Le Sénat Galactique (Commission Européenne), des sages éclairés au néon gérant une partie des affaires de la galaxie avec flegme et parcimonie, tape une sieste réparatrice bien méritée dans ses locaux. 

C'est alors qu'une source anonyme, que nous appellerons la Force, réveille le Sénat afin d'éveiller ses soupçons sur des actions lui paraissant louches, menées par certains des membres de la Fédération du Commerce.

La vaillante commission se met alors en quête d'informations supplémentaires et met sur le coup ses meilleurs enquêteurs.

Finalement, ils trouvent ce qu'ils cherchaient : de méchants chevaliers Sith ont vagabondé à travers la galaxie pour s'arranger que la société qui les emploie n'aurait pas de soucis avec la nouvelle trouvaille high-tech bonne à mettre sous tous les sapins de Noël galactiques : le livre numérique. Cette société, c'est Apple.

Et la "Force" qui a informé la Commission Européenne des supposés méchants agissements de la firme, c'en est une autre : Amazon. Mais que s'est-il donc passé pour qu'une firme joue au petit rapporteur à propos d'une autre, elles qui d'habitude se battent (à priori) simplement sur le terrain des ventes ?


 

Dans un monde d'éditeurs inquiets...

Le livre numérique, on vous bassine plutôt pas mal avec cette énième "révolution". S'il est du coup bien difficile de contester cette assertion qui veut que lire un texte sur un terminal portatif non rétro-éclairé (ils vendent même des lampes portatives adaptées pour éclairer l'e-book reader !) révolutionne la lecture habituelle sur papier, il n'en reste pas moins que les éditeurs se sont montrés assez frileux à entrer sur ce nouveau marché.

Ça commence à venir, bien sûr, mais il est aisé de faire le parallèle avec le passage au numérique de la musique via la vente de mp3 : les maisons de disque n'avaient au tout début pas suivi (sauf ledit Apple qui proposa très vite son iPod et l'iTunes), et même aujourd'hui, l'offre légale de téléchargement musical des grands majors reste relativement limitée.

Aujourd'hui, la même situation s'applique au livre : Apple lance son iBook de vente d'e-books lisibles sur liseuses électroniques, et les autres hésitent un peu à faire le grand saut... Sauf Amazon, qui tente actuellement de se faire une belle place au Soleil avec son Kindle 4 à 99€ et les campagnes publicitaires associées pour Noël.

Néanmoins, on observe cette fois une dichotomie franche par rapport au parallèle précédemment établi avec la numérisation de la musique : alors que les maisons de disque et autres fournisseurs s'étaient alignées sur les prix d'iTunes sans rien dire, la situation est plus complexe pour Amazon, qui ne peut se permettre de se laisser imposer le diktat d'Apple dans le domaine du livre numérique (alors qu'il le fait pour la vente de mp3).

Amazon vend son Kindle à 99€, battant la plupart de ses concurrents (excepté le Kobo by Fnac, au même prix avec remises de bons de réductions si adhérent), ce qui lui laisse sans doute une marge, mais celle-ci se trouve tout de même amoindrie. En conséquence, une partie des bénéfices attendus doivent se trouver ailleurs : pour Amazon, il s'agit de vendre le plus de versions dématérialisées de ses livres pour faire du chiffre. C'est tout bénéfice par rapport à la vente classique de livres papiers : affranchi du brochage, des intermédiaires, du personnel nécessaire à l'envoi des commandes, des frais postaux... Tout se fait en 3 clics depuis leur site Internet, et Amazon n'a plus qu'à attendre que les pièces tombent. Seulement, il y a un hic.


Luke S. : "La version numérique aussi chère que la version papier ? Blague ! Et tant qu'on y est, mon père, c'est Dark Vador, hein ?! Haha ! (...) Oh... Sans rire ? Noooooooooon !"

Amazon s'est apparemment rendu compte qu'Apple ne jouait pas le jeu de la concurrence : la firme à la pomme se serait entendue avec certains grands éditeurs pour les aider à conserver l'intégrité de leurs ventes de livres papier, tout en lançant (mais moindrement) le marché des livres dématérialisés et en éliminant Amazon de la course. Comment ? En se servant d'une interdiction de concurrence déloyale qui empêche les éditeurs de vendre leurs livres moins chers chez un autre distributeur. En somme, le prix d'un distributeur pour un livre doit être sensiblement le même que celui d'un autre distributeur. Ainsi, Apple se serait entendu avec des éditeurs : Hachette, Harper Collins, Simon and Schuster, Penguin et Verlagsgruppe Georg von Holzbrink seraient notamment concernés.

Entendu pour quoi ? Et bien pour imposer sur le marché un prix minimum concerté entre distributeurs pour les livres numériques de peu inférieur à celui des livres brochés classiques (sauf exceptions), en dessous duquel Amazon ne peut en conséquence vendre ses livres. Amazon doit donc s'aligner sur l'offre proposé par Apple et consorts.

Ceci expliquerait le prix étrange des versions numériques de nos très chers livres.


À suivre dans "Le Retour du Jeudi"

La Commission Européenne donnera-t-elle raison à Amazon ? Et si tel était le cas, quelle incidence sur le marché du livre numérique ? La Commission peut-elle contraindre Apple et les éditeurs incriminés à baisser leurs prix, finalement en fonction de ceux souhaités par Amazon ? Ou bien de simples amendes seront-elles prononcés ?


Cette dernière solution serait sans doute appréciable pour Amazon : les prix restant inchangés et inchangeables dans l'immédiat, Amazon vendrait ses copies numériques tout en bénéficiant du blason redoré du preux chevalier défendeur du juste prix, même si aucune incidence sur ce prix ne sera justement observée. Tout bénéf, on vous a dit.






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Commentaires (2)

yt75 a dit:

...
Il serait quand même important de rappeler que ces histoires d’achats de publications ou œuvres liés à certains appareils ou magasins en ligne ne sont en rien une fatalité, qu’autre chose serait possible, et qu’il ne s’agit même pas d’histoire de formats(cf web), mais avant tout de structure entre acteurs et du besoin d’une nouvelle fonction, un peu plus développé ci dessous :

http://iiscn.wordpress.com/2011/05/15/concepts-economie-numerique-draft/
 
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11 December 2011
Votes: -1

JeanMimi a dit:

...
@yt75 : Deux choses, si je peux me permettre (d'ailleurs, je me permets) : il n'en est nullement question ici. Mon article est simple, il ne fait qu'informer sur la procédure en cours au niveau européen à propos de ce qui ressemble à un gros arrangement entre une firme et des éditeurs.

Quand vous dites que ce n'est pas une fatalité, je n'en parle aucunement ici, ce n'est pas l'objet, je laisse à ça d'autres. Même si, à titre personnel, je ne trouve pas que ce soit une "révolution", il ne me semblait pas avoir adopté un ton particulièrement technophobe à l'endroit du livre numérique.

De plus, vous précisez qu'il ne s'agit même pas d'une histoire de formats, et je ne peux pas vous laisser dire ça : comme à l'accoutumée lorsqu'on plonge dans l'ère numérique, les formats ont leur importance. Je pourrais (et ferai sans doute) un article à ce propos : les DRM gangrenant les mp3, mais aussi il faut le signaler, la plupart des livres numériques vendus par Apple et consorts ne sont pas à mes yeux quelque chose d'appréciable. Il me semble, pour prendre l'exemple du livre, que lorsque j'achète un livre broché, il est ma propriété et personne n'a à venir y apposer de limites (de nombre de lecture, voire de censure)... Or, Amazon était il y a quelques temps impliqués dans la suppression des exemplaires de "1984" et "la ferme des animaux" d'Orwell, directement sur les liseuses connectées en Wifi de leurs clients !...

Je vous concède qu'il y a un problème de structure, mais j'aurais plutôt dit "il y a AUSSI un problème de structure" plutôt que "AVANT TOUT, c'est un problème de structure". Au passage, merci pour votre lien, mais je trouve qu'il est un peu en décalage par rapport au propos de mon article, en plus d'être trop poussé, d'un franglais étrange, et parfois erroné (?).

Merci tout de même pour votre commentaire.
 
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11 December 2011
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