Ont-ils si peu vécu qu’ils peuvent brader leur vie ?
Ont-ils si peu d’expérience, qu'on puisse les effacer et les oublier sans regret ?
Leurs vies leur semblent-elles à ce point futiles qu’elles n’ont de valeur qu’en affrontant la mort et en se lançant des défis aussi stupides que dangereux ?
Je suis d'accord, on a tous fait des bêtises à l'adolescence pour se prouver qu'on était des hommes et pour briller aux yeux des autres et surtout des filles dont les corps, fraîchement éclos, aguichaient nos sens bouillants de petits hommes. Mais ces « bêtises » se traduisaient le plus souvent par une rébellion envers les adultes (ceux qu'on appelait les « vieux »), en une pâle imitation de l'attitude des héros du cinéma, en quelques compétitions entre copains et même si certains allaient jusqu'au marquage de leurs corps (tatouages ou cicatrices pour paraître plus « virils »), nous n'avons jamais été, il me semble, jusqu'à nous lancer de tels défis mettant réellement nos vies en danger.
Les scènes que vous allez voir vous rappelleront sans doute des passages du film « La Fureur de vivre », et plus particulièrement ceux où de jeunes hommes, à bord de puissantes voitures, se lancent à tombeau ouvert vers le précipice. Le premier qui freine étant le « couard », tandis que le vainqueur, s'il réchappe à la compétition, est porté aux nues, célébré comme un véritable héros, comme un « dur de dur ».
Ainsi, dans le nord de la Colombie, dans une région où le contraste entre touristes fortunés et populations locales est le plus saisissant, là où nous avons d'un côté des corps repus et arrondis se vautrant sur les plages dorées et chaudes des Caraïbes tandis que passent et repassent devant leurs yeux de jeunes sirènes prêtes à se vendre corps et âmes au plus offrant (surtout corps), et d'un autre la population noire descendante des anciens esclaves composée de pauvres pêcheurs, d'employés des grands hôtels et d'une multitude de chômeurs tous un peu voleurs, trafiquants de drogues ou prêts à vendre leur vie à une quelconque guérilla ou aux paramilitaires. Une population où l'avenir des jeunes semble tout tracé et mène directement au précipice.
Et c'est dans ce contexte qu'est né ce jeu stupide où de véritables trompe-la-mort affrontent les longs trains de marchandises, qui en se couchant entre les rails au passage des wagons, qui en sautant au dernier moment du pont où il n'y a de la place que pour la puissante locomotive.
Aux journalistes leur demandant quel était le but de pareil « jeu », les jeunes ont répondu par de vagues « cela prouve notre courage », « on se sent vivre », « c'est pour les vrais hommes »... Un seul a qualifié cette pratique de dangereuse et imbécile, mais il est vrai qu'il a perdu deux doigts en oubliant d'enlever sa main des rails au passage du train.
La police a beau affirmer qu'elle réprime ces jeux dangereux, elle a hélas de nombreux autres chats à fouetter et il est donc rare de voir traîner des uniformes le long de la voie ferrée qui est de toute façon difficilement contrôlable.
Ainsi, alors que j'écris ces lignes, de jeunes désoeuvrés continuent à risquer leur vie à ce jeu où il n'y a strictement rien à gagner, pareils à de tristes gladiateurs sacrifiés à l'abri des regards dans le cirque de la vie.
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un vrai bon article, saisissant, montrant bien les limites de la bêtise, mais aussi de la volonté d'appartenance à l'adolescence. Ces jeunes n'agissent pas par volonté propre c'est certain, mais plutôt pour prouver à leur entourage qu'ils sont fort et ainsi qu'ils sont de vrais Hommes. Une peur du rejet d'autrui flagrante, comme certains l'ont déjà été par leur parents.Merci pour cet article et pour cette vidéo criante de vérité.
Les adolescents, et surtout les garçons, présentent une caractéristique psychique : ils n'ont de cesse de se confronter aux limites : celles de la société, celles de l'autorité, celles des adultes, celles de la mort... Cela tient à la notion de toute-puissance qui les habite. Les filles jouent aussi à un jeu dangereux, l'anorexie.