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Le Dr Michel Dubec poursuivi par l’Ordre départemental parisien des médecins… |
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| 24-09-2009 00:19 - 3391 visites - Flux Société, Education - Ecrit par Jef Tombeur - Lire son flux RSS | |
En se confiant à ![]()
Bizarre, bizarre… J’étais hier après-midi, 23 septembre, sur les bancs du public, au sous-sol de l’immeuble du Conseil de l’Ordre des médecins de
On dira tout ce qu’on voudra sur l’Internet, y compris que c’est l’« instrument rêvé pour la contagion de ce qui peut s’apparenter à un délire » (Le Figaro du 20 avril 2009). Mais quand la presse écrite va mal, très mal, qu’elle ne peut même plus dépêcher une ou un pigiste pour couvrir une audience réunissant trois d’entre ses meilleurs fournisseurs de « papiers », et des plus vendables, vers qui se tourner ? Il n’appartenait qu’à elle de stopper
Parce que reprendre pour soi, à la première personne et entre guillemets, des propos tenus sur Carlos par des codétenus, cela ne se fait pas dans la presse sérieuse. C’est en tout cas ce que Me Vuillemin a fait valoir aux juges. Parce qu’écrire que les employés (des salons ?)
Il y a plusieurs manières de rendre compte – toujours mal au fond dans le cadre d’une commande de feuillets journalistiques – d’une longue audience. On peut « la jouer » technique. Relever que Michel Dubec a su habilement s’en tenir à très peu de paroles, histoire de ne pas lasser un tribunal qui siégeait depuis le matin. Que Me Archambault a aussi plaidé très technique, ne mouillant pas trop sa robe et se préservant des effets de manche, recentrant sur les phrases principalement incriminées par Maurice Joffo. Quitte à ne pas relever point par point ce qui pouvait l’être. Ou on fait dans le subjectif, dans l’envolée qu’on croit lyrique (enfin, on s’y essaye), avec des à côté sur l’ambiance, la moyenne d’âge des juges (proche de 65 ans, semblait-il), le décorum, &c. Mais puisque, sans être contredit par Michel Dubec, le Conseil parisien de l’Ordre a considéré que ce dernier s’était livré à une « auto-analyse », on peut aussi choisir cet angle et se concentrer dessus.
Là où je l’ai trouvé peu honnête (mais peut-être était-il encore sous le coup d’une émotion contenue), ou inconséquent, c’est lorsqu’il a cité un passage du livre Pour quelques billes de plus ? de Maurice Joffo, dans lequel celui-ci raconte qu’à la Libération, il se retrouve plutôt content de lui et à la tête d’une petite fortune. Elle avait été acquise en se livrant à du marché noir, à la récupération de métaux, et sans aucun doute aussi et en particulier, en passant des résistants, des israélites (au sens des lois raciales et iniques du régime de Pétain, donc, aussi, des Juifs agnostiques tel Maurice Joffo). Mais où donc Michel Dubec a-t-il lu que Maurice Joffo triait les « bons » Juifs, ceux qui pouvaient payer le tarif (plus faible que l’habituel des autres passeurs, selon Maurice Joffo), et les « mauvais », soit ceux qui ne pouvaient rien donner ? Ne l’a-t-il pas plutôt imaginé dans le cadre d’une singulière « auto-analyse » ? Et ne s’en est-il pas plutôt auto-persuadé ? Dans ce cas, on peut comprendre que, pour lui, Maurice Joffo puisse être assimilé à la caricature du Juif cupide tel que la propagande nazie et antisémite (notamment le film Le Juif Süss) la véhiculait.
Plaidant pour Michel Dubec, Me Burgot s’est plusieurs fois exclamé : « C’est le monde à l’envers ! ». Effectivement, Michel Dubec ne s’est jamais livré à des actes de terrorisme alors que Carlos a sans doute abattu ou tenté de tuer « froidement » – écrivait-on, car on écrit beaucoup de choses un peu trop rapidement parfois – des gens tels des chalands du drugstore Publicis, des passagers d’un avion d’El Al, divers « coreligionnaires » (ou pas, mais en tout cas des Israéliens ou des militants sionistes désarmés) de Michel Dubec (ou des Juifs tels Maurice Joffo).
On peut admettre que cela a pu révulser Michel Dubec, le révulse encore. On peut entendre que son inimité (litote, sans doute) à l’égard de Carlos l’ait entraîné à, selon Me Vuillemin, « émettre des opinions tirées de on-dit ». On peut aussi admettre que Chantal de Rudder ait pu, en toute bonne foi, mettre des guillemets à des propos que Carlos aurait pu tenir à Michel Dubec. On conviendra bien volontiers aussi que Chantal Maatoug de Rudder et Michel Dubec ne sont nullement antisémites, ne font aucunement l’apologie du viol (même si des propos de Michel Dubec, sortis de leur contexte, pourraient fort bien laisser prise à cette interprétation), et que, oui, sur ces points, on ne voit pas d’emblée pourquoi ce psy et expert se retrouve devant un tribunal ordinal. On peut tout admettre de
Où cela dérape en particulier, c’est quand Michel Dubec, qui admet que « Maurice Joffo a droit à l’oubli », vient soutenir publiquement qu’il aurait pu refuser à sa mère, « juive française, née en 1929 comme Joffo », le passage en zone libre parce qu’elle n’aurait pu le payer. Mais enfin, qu’en sait-il ? Et de quel droit vient-il citer un passage de Pour quelques billes de plus ? qui ne le confirme pas ; et ce en laissant entendre que cela accrédite son hypothèse ? On ne reprocherait rien à Michel Dubec s’il avait fait un vrai roman, avec des personnages fictifs ;, tant bien même si, pour nourrir son portrait d’un Juif refusant le passage en zone libre à d’autres Juifs, il aurait très fort pensé à la stature, à la prestance, à la faconde d’un Maurice Joffo rencontré lors d’une détention pour recel. Là, il laisse supposer qu’un adolescent aurait pu, en quelque sorte, livrer sa mère à la Gestapo, faute de lui faciliter le passage vers la zone dite « de Vichy ». Vous voyez, vous, un gamin de treize-quatorze ans dire à une jeune fille de son âge « pas de sou, pas de suisse, va donc te livrer à la Gestapo ? ». Or, en admettant que cela soit possible, pourquoi supposer que cela aurait pu être l’attitude de Maurice Joffo ? Et pourquoi forcer la dose d’opprobre que peut inspirer Carlos si ce n’est justement, selon le mot outrancier de Me Vuillemin à l’égard du Plaisir de tuer, dans « un roman de gare » au titre « racoleur ». Cet ouvrage (que Chantal de Rudder aurait aimé intituler – voir par ailleurs– La Leçon des Ténèbres) n’est pas un quelconque OSS 117 ou un James Bond, mais bien un livre qui reste aussi essentiel pour tenter de comprendre l’expertise judiciaire et le vécu, le senti (et admettons aussi, le ressenti, au sens de ressentiment à l’égard de certains criminels) d’un expert. De ce fait, il peut y avoir confusion dans l’esprit du lecteur. De ce fait, le Conseil parisien, par la voix de sa présidente, a pu considérer que le secret médical avait été violé. De même, Me Ganem-Chabenet a-t-elle pu estimer que Michel Dubec « n’a pas mesuré la portée et la gravité de ses actes » et de ce fait « discrédité l’ensemble du corps médical ».
Un qui n’a peut-être pas mesuré toute la portée de ses propos, c’est Stéphane Durand-Soufflant. Chroniqueur judiciaire du Figaro, président de l’Association de la Presse judiciaire, il a considéré, sans doute de bonne foi, que la comparution de Michel Dubec tenait surtout à l’action de Brigitte Brami, une femme ayant passé près de six mois en prison (sur quinze infligés au départ) pour harcèlement à l’encontre de Michel Dubec. Il venait déposer en tant que témoin, pour accomplir son devoir de citoyen, en dépit du fait qu’il aurait sans doute préféré couvrir le procès des Sarközy-de Villepin et consorts dans l’affaire Clearstream. Mais bon, Michel Dubec lui a peut-être accordé une consultation gratuite ou prodigué des conseils quand il s’est ouvert à lui des turbulences de l’adolescente de sa famille ou je ne sais trop quoi, et il lui fait cette amitié de venir en tant que témoin de moralité. Il témoigne aussi de la conscience professionnelle dont fait preuve le Dr Dubec qui vient d’être reconduit pour cinq ans dans ses fonctions d’expert par le parquet général. Certains, tels Stephan Pascau ou le Dr Simon Benayoun, ou les conseils d’Illitch Ramirez Sànchez, n’en sont guère, c’est dire le moins, convaincus.
Après tout, il est fort possible que celui-ci mérite amplement ses honoraires et ne soit finalement pas si cher et plutôt avantageux pour le budget de
Certainement aussi le plus sincèrement du monde, le juge Gilbert Thiel (eh oui, d’habitude, la moindre de ses apparitions fait affluer la presse, pas cette fois…), est venu dire tout le bien qu’il pensait de Michel Dubec. Contrairement à certaines autres audiences, les témoins n’ont pas, devant la chambre ordinale, à jurer de dire « toute la vérité, rien que la vérité ». Il est donc tout à fait loisible d’oublier ou d’omettre de s’interroger sur le fait que, le matin même, huit autres plaintes, auxquelles ne s’associait pas le Conseil parisien de l’Ordre, visaient, devant cette même chambre, Michel Dubec. Mais il serait un peu court et présomptueux de penser qu’un Gilbert Thiel puisse être abusé par un Michel Dubec. De même, confrères et amis de longue date de ce psychiatre, deux autres, tout aussi experts, les Drs Daniel Zagury et Henri Grynszpan, ont eux aussi témoigné chaleureusement en faveur de leur concurrent et néanmoins ami. « Il a tenté de faire comprendre au mieux ce que ressent le psychiatre » qui expertise un criminel, a dit l’un, « au cours d’un exercice magnifique mais extrêmement périlleux ». Dont acte ; pourquoi pas ? Il aurait « débusqué ses propres réactions d’identification et de contre-identification, rendu compte de la tempête sous un crâne, » avança l’autre. Certes. Mais le problème est qu’à la lecture de certaines phrases, on ne voit pas trop parfois comment départir les unes des autres. Et par ailleurs, ne se serait-il pas trop « contre-identifié » au détriment de Maurice Joffo ? Et dans ce cas, n’aurait-il pu refuser de déposer ? Je ne sais qui a estimé qu’il passerait à la postérité pour l’expert psychiatre par excellence. Ne serait-ce pas, parmi le corps médical européen, le bon docteur Samuel Tissot et son Traité sur l’onanisme, publié et réédité soixante fois de 1760 à 1905, qui est l’exemple même de la postérité ?
Thierry Pech, pour Le Seuil, est venu dire qu’a postériori, sa maison regrettait de ne pas avoir fait appel de la condamnation de Michel Dubec et Chantal de Rudder pour « injures en raison d’appartenance religieuse » (pour un agnostique tel Maurice Joffo, époux d’une baptisée catholique, c’est cocasse). Tant Michel Dubec que Chantal de Rudder le déplorent aussi : ils n’avaient pas été prévenus à temps de la décision du Seuil. Maurice Joffo, lui, absent de l’audience de l’Ordre, en avait été prévenu ; mais, à 82 ans, il a des trous de mémoire « et comme ma femme souffrait d’une crise d’arthrite, je suis resté près d’elle, » confiait-il par après. Bon, on peut parfaitement être xénophile, comme le ministre Brice Hortefeux, et tenir des propos qui prêtent à confusion. Cette condamnation, on en conviendra, n’a rien d’infâmant. Mais il a été parfois avancé qu’en ne faisant pas appel, Michel Dubec avait de facto accepté de s’être vu qualifié de « complice et coupable d’injures à caractère racial ». Il n’en est rien. Admettons-le.
l n’en a rien été. Tout au plus a-t-on appris que Me Vuillemin estimait que Michel Dubec était presque toujours désigné expert pour les procès à grand retentissement « en raison de copinages de palais de justice ». Il est aussi possible que des experts accablés de charges hospitalières ou peu soucieux de troquer d’aléatoires droits d’auteur pour de faibles honoraires ne soient pas trop volontaires pour multiplier les expertises. Ou qu’ils se refusent à la médiatisation qui guette souvent de tels experts, lesquels se prêtent complaisamment ou avec réticences aux sollicitations des radios, des chaînes, des quotidiens et hebdomadaires. Il faut donc bien suppléer leurs carences, avec, souvent toujours, les mêmes.
Selon de nombreux journalistes, de nombreuses magistrates, Michel Dubec serait l’un des experts des plus consciencieux qui soient. Ce n’est pas du tout impossible : je n’en sais au fond rien d’autre que ce qu’ont pu en dire deux experts, un juge d’instruction renommé, un journaliste ayant pris, en neuf ans, de
Encore une remarque : il ne faut pas tout confondre. Dans une longue déposition, le juge Thiel a détaillé les pesantes charges du juge d'instruction submergé de dossiers, la parfois très pénible confrontation avec des criminels retors tels Guy Georges, dit le Tueur de l'Est parisien. On comprend que cela l'ait marqué. Ce n'est pas faire montre de solidarité masculine avec les experts judiciaires, et le plus souvent des médecins psychiatres hommes sont nommés (ai-je souvenir d'avoir entendu déposer une médecin psy en assises ? Non, si ce fut le cas, mes excuses, Docteure…), que de bien vouloir admettre que Michel Dubec ait été très éprouvé par ses confrontations avec Touvier, chef de la milice, Guy Georges, tant d'autres. Merci aux experts de se charger de telles éprouvantes missions. Mais ce n'est pas là le propos. Tant bien même Michel Dubec serait-il un héros du Secours breton en mer, s'il lui était arrivé de commettre un excès de vitesse, d'avoir heurté des véhicules et provoqué des blessures, on considérerait hors sujet, techniquement, ou accessoire, le fait qu'il revenait d'une éprouvante sortie en pleine tempête. Dans d'autres affaires, il se plaint que ce livre ait des répercussions sur sa vie familiale et professionnelle. Ce fut peut-être aussi le cas pour l'ensemble de la famille Joffo, pour l'épouse de Maurice Joffo, pour sa fratrie. Et si le conducteur adverse était un certain Carlos, de mauvaise, d'exécrable réputation par ailleurs, cela n'enlèverait rien à la matérialité des faits. On peut penser que Michel Dubec, ses confrères experts, ses amis, et bien évidemment le juge Thiel, soient aptes à le comprendre. Parfois, pour certains, cela n'apparut pas si évident. Mais dans une affaire de ce genre, les impressions sont secondaires. Sur de tels points en tout cas. Pour le reste, tout le reste, il reste matière à débat.
P.-S. – Dans un communiqué, le S.N.J. se prononce
Commentaires (10)
Jef Tombeur a dit:
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Brigitte Brami a dit:
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brigittebrami a dit:
BRIGITTE BRAMI a dit:
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