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Le délit de sale gueule |
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| 12-01-2010 15:24 - 2845 visites - Flux Société, Education - Ecrit par Pierre Remy - Lire son flux RSS | |
Ils ont été accusés de crimes qu’ils n’avaient pas commis, car ils avaient le faciès de l’emploi ou le visage d’une brute. D’autres se plaignent aujourd’hui d’avoir un accès plus difficile au marché du travail ou subissent des contrôles policiers jugés intempestifs… Une partie de la jeunesse se dit ainsi victime du délit de sale gueule. Cette expression, désormais rentrée dans le langage courant, n’est pourtant pas une invention particulièrement récente. Vidocq, le chef de la Sûreté à Paris dans les années 1810/1820, recrutait déjà des inspecteurs physionomistes. Ils étaient payés pour différencier la tête du «vrai» criminel de celle de l’honnête citoyen. Leurs résultats furent pour le moins mitigés. Le médecin italien Cesare Lombroso (1835-1909) allait faire naître plus tard l’anthropologie criminelle selon une idée controversée de la même veine. Affirmant que les criminels étaient des attardés de l’évolution, il allait créer la «craniologie», la science des… bosses du crâne. Chaque protubérance correspondant à un don ou à un vice. Il dressa une topographie des criminels selon l’étude de milliers de têtes. Son malfaiteur type était un gars au crâne simiesque et aplati, au nez aquilin, aux oreilles décollées et aux mâchoires épaisses. Ses travaux allaient connaître un écho favorable en Europe et particulièrement en France, avant de rebondir vers l’Allemagne. Une idée forte allait émerger de ces théories : il faut punir le criminel en devenir, non sur la base d’une faute, mais selon des principes de précaution et de défense de la société. Le délit de sale gueule venait d’être accrédité par une thèse scientifique. Et Bruno Lüdke, un prétendu tueur en série du temps de l’Allemagne nazie, allait en être l’exemple type. Il répondait aux critères anthropométriques de Lombroso. Le gaillard possédait une «bosse du crime» proéminente. Il allait donc incarner cette brute épaisse, punissable de par son physique. Lüdke fut accusé, sans preuve, du meurtre d’une veuve et de 80 autres crimes ensuite. Il moura par injection létale, en 1944, après avoir subi d’innommables expériences médicales à la gloire de l’eugénisme nazi. Le délit de sale gueule peut encore amener des innocents devant nos tribunaux modernes. Brenton Butler (15 ans) fut accusé à tort du meurtre d’une touriste, en mai 2000, en Floride. Elle avait été tuée d’une balle dans la tête par un jeune Noir afin de faciliter le vol d’un sac. Le mari de la victime, sous le choc, reconnu Brenton Butler dans l’heure suivante. Il se trouvait simplement dans le voisinage. Noir, il portait «un short foncé et un tee-shirt indéterminé». Les policiers ne trouvèrent rien prouvant sa culpabilité. Mais le jeune homme passé à tabac signa des aveux. Il faudra le combat acharné d’un avocat commis d’office pour lui éviter la prison. Son défenseur récupéra les indices et les témoins mis de côté. Et quelques mois après le procès, il retrouva même l’assassin qui ne ressemblait en rien à Brenton. Son action avait démontré comment les policiers s’étaient contentés de rafler les suspects habituels. Un délit de sale gueule qui n’avait rien à voir avec la justice.
Commentaires (5)
Veritas a dit:
poissonrouge a dit:
Ludo a dit:Humaniste a dit:
siempre a dit:
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