En Argentine, comme partout ailleurs, on construit à l'approche de Noël des maisons du Papa Noël où les enfants aiment à se rendre en compagnie de leurs parents pour recevoir des joujoux directement des mains du gros personnage au rire tonitruant en échange d'une prise de photos que leur papa ou leur maman devront payer fort cher ou plus prosaïquement en échange de prospectus vantant les mérites de telle ou telle marques et parfois simplement en échange de l'entrée dans un magasin ou un centre commercial où les bambins s'émerveilleront devant les myriades de jouets en faisant fondre le coeur de leurs parents (ainsi que leur portefeuille).
Tout le monde connaît ces pratiques, mais rares sont ceux qui résistent à l'appel commercial de Papa Noël préférant sacrifier leurs principes au rêve et au merveilleux que la venue de ce personnage le soir de Noël suscite dans l'imaginaire de nos enfants et on n'aura tôt fait d'oublier le caractère purement commercial du gros barbu, de son traineau et de ses rennes en se retranchant derrière la morale, puisque les jouets ne sont en principe offerts qu'aux enfants sages et obéissants qui ont bien travaillé à l'école. Ainsi, on se dit qu'en les récompensant on leur inculque une certaine valeur du bien et du mal.
Pourtant, à Resistencia, capitale de la province de Chaco en Argentine, l'annonce de la prochaine ouverture annuelle de la maison de Papa Noël sur une des principales places de la ville à soulevé l'ire de l'archevêque local.
Et c'est pourquoi quelques jours avant la Nativité, l'archevêque Fabriciano Sigampa s'adressa durant la messe à ses fidèles et surtout à leurs enfants — principales cibles des marchands en cette période de l'année — par cette étonnante homélie : « Nous ne devons pas confondre Noël avec un gros monsieur vêtu de rouge. » Puis, se penchant du haut de sa chaire vers les petites têtes blondes dont les yeux s'agrandissaient déjà d'étonnement il poursuivit son attaque : « Les cadeaux que vous allez recevoir ont été achetés par vos parents qui peuvent vous les offrir grâce à leurs efforts et à l'aide de Jésus ! Le Père Noël que vous célébrez n'est rien d'autre qu'un personnage inventé par une célèbre marque de limonade dans les années trente. »
On s'imagine aisément l'étonnement des parents venus se recueillir avec leurs enfants avant les festivités, sans doute dans le souci de conserver un caractère sacré au 25 décembre. Et si on comprend la colère de l'archevêque devant la récupération commerciale de la fête catholique (qui n'est elle-même qu'une récupération d'une fête païenne qui lui était antérieure) on peut se demander de quel droit Fabriciano Sigampa dénonce le détournement de Noël devant des enfants qui sont encore bien trop jeunes pour comprendre la différence entre le père Noël et tous les saints de l'Église qui, s'ils s'habillaient de manière plus divertissante et leur offraient des cadeaux à l'entrée de la paroisse, auraient sans doute plus de succès dans leur coeur..
Si l'archevêque Fabriciano Sigampa s'est élevé contre la récupération de la Nativité, il semble également avoir voulu transformer en quelque chose de plus personnel les paroles du Christ « laissez venir à moi les petits enfants ».
Comment cet archevêque a-t-il pu oublier qu'à cet âge la réalité et l'imaginaire sont encore fortement imbriqués et comment peut-il espérer qu'en détruisant son pendant laïc il redonnera de la vigueur à l'image du petit Jésus qui, sans vouloir offenser les catholiques, fait également appel à l'imaginaire de chacun.
Toujours est-il que face au tollé suscité par l'homélie de l'archevêque, les autorités de Chaco ont immédiatement décidé de ne pas ouvrir la maison de Papa Noël et d'en ordonner l'enlèvement.
Y a-t-il des enfants qui auront été privés de leurs cadeaux par sa faute, l'histoire ne le dit pas.
Sources :
Clarin, Buenos Aires
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