L'aide humanitaire, une drogue paralysante ?

12 Apr 2009
                      Note: / 4 - BofSuper 
par noreply@hautetfort.com (lolik) 517 hitsflux de ce reporter son flux flux de ce theme flux Politique

11_dead_aid.jpgLa perfusion continue de l'aide internationale alimente la corruption et empêche le développement d'un tissu économique prospère. C'est du moins la thèse de Dambisa Moyo, économiste zambienne chez Goldman Sachs, développée dans son livre « Dead aid ; why aid is not working ». Sa conclusion est une vraie bombe : elle préconise, de couper toute aide à l'Afrique d'ici cinq ans car c'est le seul moyen pour le continent pour sortir enfin de la pauvreté (hors crise majeure).

Les chiffres sont éloquents, au cours de soixante dernières années, plus de 1000 milliards de dollars ont été transférés des pays riches vers l'Afrique ; or la richesse par habitant y est plus faible qu'en 1970 et plus de la moitié de la population vit avec moins d'un dollar par jour.

Une des explications est que cette aide au développement déversée par les pays développés passe dans les mains des autorités locales qui ne se privent pas pour se servir. L'Union africaine estime que la corruption coûte 148 milliards de dollars au continent chaque année, ce qui correspond aux PIB cumulés du Kenya, de la Tanzanie et du Cameroun ; et l'agence d'observation de la « Corruption transparency International » chiffre à 5 milliards de dollars les détournements opérés par M.Mobutu au Congo. Sans compter sur tous les scandales à demi-révélés sur les possessions immobilières des chefs d'Etat africains en France...

Mais dans son livre, D.Moyo cible particulièrement l'aide alimentaire américaine ou européenne qui inonde le marché africain de nourriture gratuite et ruine les exploitants africains ; elle propose que l'aide serve plutôt à acheter la nourriture aux agriculteurs locaux, pour ensuite la redistribuer. Cela permettra de renforcer l'agriculture locale tout en apportant son soutien aux populations. Mais peut-être que l'image d'Epinal de l'humanitaire (B.Kouchner et son sac riz) en prendrait un coup.

Elle rappelle « qu'aucun pays au monde ne s'est développé avec l'aide uniquement », et que d'ailleurs les pays qui dépendent de l'aide internationale sont en grande difficulté, tandis que ceux qui n'en dépendent pas comme l'Afrique du Sud et le Botswana réussissent à enclencher le cercle du développement ; administration démocratique, chasse à la corruption, investissements étrangers, fiscalité attractive et réduction de la bureaucratie.

Il y a également la guerre civile qui a ruiné les onze pays qui l'ont connue ces dernières années, causant la mort de plus de 9 millions d'hommes. Et là en pointillé derrière ce problème, on s'attaque au dogme des frontières issues de la décolonisation qui, bien que critiquées par tout le monde, restent en l'état.

Sa conclusion est aux antipodes des recommandations des institutions internationales : « L'Afrique doit donc inventer son développement, et ne plus penser que l'aide est la solution idoine. » L'aide est  présentée ici comme un impératif absolu alors qu'elle arrive hors de toute rationalité là-bas. Surtout quand l'aide est devenue au cours des années 2000 une partie intégrante du show-business qui mobilise en s'apitoyant sur le sort de l'Afrique...

 

 

Lire la suite : http://lolik.hautetfort.com/archive/2009/04/12/l-aide-humanitaire-une-drogue-paralysante.html.

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Commentaires (2)add comment

JACKDANIELS a dit:

...
Article intéressant.
Cependant, j’aimerai revenir sur certains points : ne connaissant pas en détail la thèse de Mme Moyo, je ne réagirai que sur ce que l’article en dit.

Premier constat : en introduction vous résumez sa thèse de la manière suivante : l’aide internationale/perfusion alimente la corruption et empêche le développement d’un tissu économique prospère.

Sur l’aspect corruption, il est certain que c’est une source du problème dans le continent africain, mais sur l’impact sur le tissu économique, qui deviendrait prospère après suspension de la « perfusion » internationale, il me semble que Mme Moyo ait fait l’impasse sur quelque chose de tout de même assez évident : la mondialisation économique !
Comment espèrer qu’un tissu économique prospère voit le jour, ou qu’une économie africaine se développe alors que la mondialisation empêche tout contrôle local sur l’Economie.

En effet, comment espèrer développer quelque économie locale ou nationale, si le premier « étage » de cette économie est sous contrôle étranger : je veux dire par là les ressources naturelles : minières, hydrocarbures, forestières, agricoles, piscicoles, etc…
De la même manière, l’Afrique étant majoritairement de pays pré-industriels ou peu industrialisés, pas de « moyens de production » locaux pour transformer ou rentabiliser les ressources naturelles…
Ma question est donc comment en supprimant l’aide internationale espère-t-on que les Africains développent une quelconque économie prospère ou non, alors même que le continent africain est dépecé entre pays occidentaux et Chine récemment, que ses ressources naturelles se voient exploitées par des compagnies internationales, que l’exode rural dépeuple les campagnes et les zones rurales, base de développement de toute économie avec l’agriculture, que de la même manière les flux migratoires tendent à dépeupler ces pays de leur force de travail…de la même façon, l’impact de cette mondialisation imposée détruit peu à peu le tissu social préambule de tout tissu économique, il n’y pas d’économie sans société.
Il est certes intéressant d’acheter aux paysans locaux leurs récoltes mais à la condition que l’exode rural tende à s’inverser et non pas à empirer, et cela n’arrive pas en 5 ans tel que Mme Moyo l’exprime dans sa thèse.
De la même manière, ces pays ne vont pas soudainement s’industrialiser, alors même que la première étape serait de contrôler leurs ressources minières ou hydrocarbures ce qui dans le cadre de la mondialisation est inenvisageable.

Enfin, on ne peut faire l’impasse sur les diverses pandémies qui touchent le continent africain, de même que sur la désertification, la déforestation, la sécheresse,etc…sans compter les différentes guerres qui ont ensanglanté ou continuent d’ensanglanter ce continent, guerres résultant assez souvent des frontières dessinées par les ex-colonisateurs, mais aussi par l’ingérence actuelle de divers pays pour des raisons géostratégiques qui ne concernent aucunement les peuples africains.

Pour conclure, certes l’aide doit se voir repensée, mais aucun changement n’est à espérer tant que le FMI et les autres « organisations internationales » considèreront le continent africain ou la majeure partie des pays africains comme en développement, ce qui est faux : le système D n’a jamais été synonymes de développement, seule la mondialisation se développe en Afrique et impacte d’une manière désastreuse l’ensemble de ce continent.
Ce n’est pas uniquement l’aide à l’Afrique qu’il faudrait repenser mais avant tout les « organisations internationales » ainsi que les relations internationales dans le cadre de la mondialisation. Soit repenser la mondialisation.

Supprimer l’aide internationale, ne serait-ce qu’un an, c’est condamner le continent africain à la famine, à la guerre, etc..certes c’est déjà assez souvent le cas, mais nul raison ce soit pire…

Cordialement,





 
Abus
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April 13, 2009
Votes: +0

Le candide a dit:

Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour
Faisant sienne une citation de Lao Tseu, un président africain dont je ne me rappelle pas le nom avait déjà relevé y a une trentaine d'années : "Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours ".
Ce président préconisait également l'arrêt immédiat de l'Aide alimentaire, il avouait que cet arrêt condamnait à mort des milliers de personnes, mais affirmait que l'Aide alimentaire en condamnait des dizaines de milliers et replongerait l'Afrique dans l'esclavage.
Personne ne l'a écouté, nous voyons où en est l'Afrique aujourd'hui.
 
Abus
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April 13, 2009
Votes: +1

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