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La grande saga des marchés financiers |
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| 20-08-2011 19:17 - 1400 visites - Flux Economie, finance - Ecrit par poissonrouge - Lire son flux RSS | |
Saison 1 : l'apogée Juste pour rire : L'indice Nikkéi est coté à 8719 points aujourd'hui.
Dans le même temps, l'union soviétique, l'ennemi de toujours, était bel et bien en train de s'effondrer, marquant l'avènement d'une ère nouvelle, au cours de laquelle le capitalisme libéral triompherait. Toujours plus de profits, toujours plus de dividendes... Privatisons, privatisons ! Mettons au travail ces fonctionnaires, ces fainéants, ces communistes !
Privatisée, une entreprise est plus rentable, ses salariés plus motivés, la productivité accrue. Tout le monde est donc gagnant. Consommateur, actionnaire, salarié qui trouve la joie par le travail. Un brillant économiste Américain, les larmes aux yeux prédisait même que, grâce à la nouvelle économie, il n'y aurait plus jamais de crise. La fondation Nobel lui a injustement refusé le lauréat d'économie. Monde injuste... Les cotations en bourse des entreprises de télécom battent des records : Nescape (un navigateur internet aujourd'hui disparu) passe de 28 à 75$/action dans la journée de son introduction en bourse. Rush des valeurs technologiques ! Dans les 8 premiers mois de l'année 2000, Alcatel-Lucent, grand fleuron de l'industrie Franco-Américaine, gagne plus de 100 %. Le titre atteindra même les 96 euros. A quelques lignes de résistances de la barre symbolique des 100€.
Juste pour rire : le titre est aujourd'hui coté 2,40€ à la bourse de Paris.
Les structures de communication facilitent les délocalisations. Mao est mort, la Chine s'est ouverte : un mail pour passer les commandes, et vous recevez, un mois plus tard, le fruit de la production pour 10 fois moins cher. Les Chinois sont certes moins bien formés, mais ils travaillent 15h par jour pour un bol de riz... et la joie de travailler, bien sûr ! Une autre réalité va s'imposer à la nouvelle économie : internet n'est pas prêt. La technologie qui pourrait permettre l'explosion du e-commerce n'existe pas encore. Les connexions sont lentes, les débits ne permettent pas une navigation agréable, avec de jolies images, qui donneraient l'impression d'être dans son supermarché depuis son bureau pour y effectuer des achats. Les systèmes de paiement ne sont pas sûrs, les consommateurs n'ont pas confiance. D'autant moins que les e-entrepreneurs n'ont pas la logistique pour livrer...
Les profits espérés ne viendront jamais. Eh oui ! Faire de l'argent avec de l'argent est un privilège réservé aux riches. Les seniors expérimentés souhaitant "évoluer dans leur carrière professionnelle" (comprendre "faire plus de pognon") n'ont pas vu le vent venir. Il faut croire que l'expérience ne fait pas tout -à vrai dire, elle ne fait même pas grand-chose. Et non ! On ne se nourrira pas avec des fils et des sites internet.
Peu l'ont fait. Ni les décideurs "indispensables". Ni les apprentis-entrepreneurs. Ni nos précieux seniors si expérimentés. Quand aux jeunes diplômés des écoles de commerce engagés dans l'aventure, ils ne savaient même pas ce qu'était un ordinateur. Les entreprises font faillite en cascade, les cours en bourse des plus solides entreprises de télécom/internet/informatique voient leur cours en bourse divisé par 10. Pas si facile, la vie d'investisseur... Néanmoins, la casse reste limitée. Seul le secteur des télécoms plonge, le reste résiste plus ou moins. Une crise comme les autres, donc ?
Nous l'aurions souhaité (mais avouez que c'eut été moins drôle).
L'éclatement de la bulle n'était, en soi, pas si catastrophique. Mis à part que quelques joueurs ruinés... Il y a néanmoins une question plus préoccupante : Sur quoi va-t-on spéculer désormais ? Car il n'y a plus rien... Plus rien sur quoi parier, plus rien pour gagner de l'argent à rien faire, plus d'industrie à parasiter. On peut évidement délocaliser en Chine pour produire à 2€ des chaussures vendues 50, mais tout les monde connait la combine.
On peut aussi réaliser un montage financier pour créer la première bulle spéculative totalement artificielle de l'histoire (toutes les bulles précédentes avaient un secteur économique derrière). Pour que la bulle grossisse plus vite, il fallait évidement libéraliser. Pendant les années 2003-2007, les pays qui ont le plus libéralisé -ceux qui profitent le mieux de la crise aujourd'hui- connaissaient les plus fort taux de croissance... D'autres brillants économistes ont cité ces pays en modèle : L'Espagne est un modèle à suivre. L'Irlande, c'est l'avenir.
Ces paroles historiques ont été prononcés par des hommes qui, eux aussi, se sont injustement vu refuser les prix Nobel d'économie.
Evidement, à force de spéculer sur des bouts de papier sans valeur, il arrive toujours un moment où les plus malins se rendent compte qu'il faut prendre les bénéfices au premier signe de problème, car l'effondrement peut être rapide par la suite.
Le "signe de problème" était en l'occurrence la sous-évaluation -volontaire- du risque de défaut de paiement des ménages américains. Les subprimes deviennent subitement des actifs pourris alors qu'ils étaient considérés comme sûrs. Naturellement, toutes les banques qui en détiennent perdent des milliards. Bonne question qu'aucun média n'a jugé bon de soulever, mais moi, je trouve ça intéressant.
Un suprime est un produit dérivé sur la dette des ménages à faible revenu. Concrètement, une banque prête 100000$ à 1000 chômeurs au taux variable de 8% (n'oubliez surtout pas que le taux est variable, sinon, la fin n'est pas drôle). Elle doit donc sortir 100 millions de dollars -qu'elle n'a pas. Que fait-elle donc ? Elle titrise. C'est-à-dire qu'elle émet 10 millions de titres vendus 11$ sur les marchés (faut bien prendre une petite marge). Les acheteurs de ses titres achètent le droit de récupérer l'argent issu du remboursement des ménages... Pour la première fois depuis 1929, le capitalisme libéral est directement menacé d'effondrement. La situation semble désespérée. C'est alors que, à la tête de sa fière armée de ministres, chefs d'états, banquiers, "économistes", chefs d'entreprises, surgit de nulle part, un Napoléon des temps modernes, un chevalier de l'économie. Fier, du haut de ses talonettes, il remuera ciel et terre pour sauver les banques et l'épargne des citoyens. En quelques mois de combat acharné, il va redresser les banques (en rachetant leurs subprimes à bon prix et en leur prêtant de l'argent pour spéculer), rassurer les marchés, et lancer un grand plan de moralisation du capitalisme. Il va financer ce plan Marshall d'une manière simple et astucieuse : "laisser filer les déficits" (vous êtes sûr que ça ne vous rappelle rien ?)
Enfin, la bourse est repartie à la hausse, les gouvernements annoncent une année 2011 "de forte croissance". La ministre Française de l'économie et des finances, prononce pour l'occasion ces nouvelles paroles historiques : "Le plus fort de la crise est derrière nous !". Pourtant championne de natation, elle n'empêchera pas la bourse de couler. Elle n'aura pas non plus droit au prix Nobel, mais son propos visionnaire sera récompensé par le prestigieux poste de directeur du FMI.
Nous en arrivons au soir du jeudi 21 juillet 2011, le Titanic fait route vers l'est, sûr de voguer vers un avenir meilleur...
Au matin du vendredi 22 juillet 2011, les fantômes de la dette souveraine ressurgissent. La menace d'un défaut de paiement américain survient. La menace n'est que théorique (j'estime que les réserves de cash Américaines auraient permi à l'état de rester solvable au moins 15 jours après la date fatidique du 4 aout), mais les marchés prennent conscience de la précarité de la situation. Cela n'empêchera pas S&P d'enlever le précieux AAA aux USA (voir mon article sur les agences de notations pour comprendre l'impact de cette dégradation), ni les marchés de paniquer ni les spéculateurs d'attaquer la Grèce que la zone euro tarde à défendre. Les places boursières mondiales s'effondrent même plus vite qu'en 2008 à cause des faibles volumes dus à la période estivale. Certaines cotations arrivent à leur seuil de suspension baisse (interruption des cotations pour cause de variation trop rapide des cours, mesure servant normalement à limiter la volatilité des cours).
Devant cette situation catastrophique, la banque centrale Européenne place la Grèce, l'Espagne et l'Italie sous perfusion. Concrètement, elle imprime des billets pour leur prêter de l'argent. Des dizaines de milliards d'euros sont imprimmés en quelques semaines pour éponger les émissions d'obligations. Les marchés se stabilisent quelques jours (évidement, quand vous ballancez 10 milliards d'options d'achat dans la journée, la bourse remonte), puis repartent à la baisse. Parce les spéculateurs savent que la BCE ne peut continuer à imprimer autant de billets, sous peine d'hyper-inflation.
On organise de "grands sommets" en Europe, les uns voulant aider les autres, les autres ne voulant pas. Aucune stratégie économique ne sort de ce fouillis. Rumeurs d'émission d'euros-obligations, rumeurs de taxes sur les transactions financières...
Sauf que maintenant, les états n'ont plus de pognon pour recaver les joueurs et racheter leurs actifs pourris. La France a un peu plus de temps devant elle (sauf effondrement de l'immobilier, ce à quoi je ne crois pas trop pour l'instant, mais je ne suis vraiment pas sûr de moi sur ce point).
Résumé en avant-première : Les états vont très certainement parvenir à stabiliser la situation, au moins provisoirement. Le CAC40 ne devrait pas descendre sous les 2700 points. Avec un bon plan de rigueur, quelques privatisations, suivi d'un plan de relance, nous devrions parvenir à un équilibre budgétaire précaire et une croissance comprise entre -0,5 et 1% par an. Les USA limiteront la casse sur le papier grâce à leur consommation intérieure gargantuesque. Jusqu'à ce que les problèmes de société reprennent le dessus. Naturellement, cette solution n'est pas définitive, loin s'en faut : aux nouvelles bulles spéculatives succèderont des crises financières nous emmenant toujours plus bas, jusqu'à la banqueroute des états. Le chômage continuera à progresser jusqu'à atteindre les 30 ou 40% à la suite de quoi, les populations seront réellement au pied du mur.
La Chine, trop dépendante des exportations, connaîtra un sérieux ralentissement, jusqu'à ce qu'elle soit parvenue à manoeuvrer pour faire progresser la consommation intérieure -si elle y parvient.
Il est évident que les brillants ingénieurs financiers continueront à émettre des produits dérivés toujours plus ingénieux. Saviez-vous que l'on pouvait parier sur la météo ? On appelle ça les "obligations catastrophes" : vous achetez un titre, votre argent va alimenter un fond. Si il y a une tempête, le fond est utilisé pour verser des indemnités à l'entreprise qui en est victime. Votre obligation perd donc tout ou une partie de sa valeur. Si il n'y a pas de tempête avant une date d'échéance, vous êtes remboursé avec des intérêts. Bien sûr, entretemps, l'argent est utilisé pour spéculer. On ne peut pas encore parier sur le nombre de morts de la famine en Somalie, mais je suis sûr que ça va venir (ils vont bien nous inventer ça !).
Maintenant, dîtes-moi : qu'en pensez-vous ? Ce n'est pas beau, l'économie ? Surtout, n'hésitez pas à expliquer autour de vous comment fonctionnent les marchés. N'hésitez pas non plus à vérifier les informations exposées ici (il arrive parfois que les gens ne me croient pas, ils jugent sans doute la réalité trop invraisemblable).
Commentaires (17)
fanche a dit:isa3 a dit:
Mozarine a dit:Mozarine a dit:siempre a dit:poissonrouge a dit:
poissonrouge a dit:
poissonrouge a dit:poissonrouge a dit:
poissonrouge a dit:
isa3 a dit:
Veritas a dit:
poissonrouge a dit:
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tournesol a dit:poissonrouge a dit:Ecrivez un commentaire
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10 juin
u la crise ou la guerre,personne n'y échappe,surtout pas l'économie!
