Serait-ce
génétique ? Jean Sarkozy, fils de son père et Conseiller général des
Hauts-de-Seine, ne manque franchement pas d'air ! C'est un déchirant
cri d'alarme qu'il a ainsi lancé dans le dernier Journal du dimanche : "Non à la discrimination contre Neuilly (...) Les habitants de l'ouest parisien ne sont pas des citoyens de "seconde zone".
Certes, jeune homme : ils sont les administrés de la ville qui compte,
avec le XVème arrondissement de Paris, le plus grand nombre de
contribuables assujettis à l'Impôt sur la fortune. Plutôt des citoyens
de première classe en vérité, à en juger par la façon dont on les
autorise - à commencer par Sarkozy père, qui a occupé l'hôtel de ville
durant 19 ans - à ne pas respecter la loi sur le nombre des logements
sociaux : 20% impose-t-elle, sous peine de pénalités financières. Que
la riche commune francillienne préfère payer plutôt que de tolérer des
pauvres sur son sol, imaginez-vous cette horreur !
Le Premier ministre
en personne, François Fillon, avait bien tenté de combattre cette
mauvaise image : "A Paris aussi, il y a un énorme déficit de
logements sociaux. Pourquoi est-ce qu'on cite toujours Neuilly,
pourquoi on ne cite pas Paris ?", interrogeait-il le 4 juillet 2008 sur BFM TV/RMC Info (repris par L'Obs.com).
Il avait raté là une belle occasion de se taire : si la capitale ne
compte que 15% de logements sociaux, ce qui est effectivement
en-dessous de la loi - et un maire socialiste digne de ce nom devrait
mettre un point d'honneur à corriger ce fâcheux déficit -, son taux est
tout de même plus de cinq fois supérieur à celui de Neuilly : 2,8%
seulement !
Toujours
est-il que tout cela n'empêche pas le fringuant Jean Sarkozy de
protester d'une discrimination dont seraient victimes les Neuilléens.
Pour quelle raison ? Parce qu'on leur refuse (pour l'instant)
l'enfouissement de la N13, l'avenue Charles de Gaulle, qui part de
l'Arc de triomphe pour aller jusqu'à La Défense et sépare Neuilly en
deux. La circulation y est effectivement très dense - 160 000 véhicules
par jour -, mais le budget du projet est pharaonique : un milliard
d'euros, deux fois le viaduc de Millau ! Interrogé sur ce chiffre,
Sarko junior botte en touche : "Ce n'est qu'un ordre de grandeur,
mais la question n'est pas là ! Il n'est pas exact de prétendre que la
Région aurait à financer seule cet investissement au même titre qu'il
est équivoque de laisser entendre que la Ville de Neuilly devrait
assumer 80% du coût total de l'opération. Nous disposons de
suffisamment d'opportunité en matière de modèles économiques, notamment
autour des partenariats public privé, pour trouver celui qui conviendra
à cette opération, dans l'intérêt de tous !" Dans l'intérêt du privé, surtout, exactement comme le privilégie toujours son père... On songe notamment aux juteux profits immobiliers que génèrerait une telle opération. N'allez pas nous faire croire qu'on construirait du social !
Mais les élus de gauche ne l'entendent pas de cette oreille : Martine Gouriet, conseillère générale socialiste de Chatillon, objecte ainsi que "la
majorité de droite du département a décidé de voter contre le schéma
directeur de la région Île-de-France (à majorité de gauche) : ils
voulaient en particulier que des projets tels que l’enfouissement de la
RN 13, la densification de la Défense soient votés. Alors que toute la
politique de la région vise à rééquilibrer les territoires d’Ile de
France entre l’ouest et l’est, et éviter de concentrer toutes les
richesses au même endroit. Quant à dire que le projet d’enfouissement
de la RN 13 pour un prix équivalent à trois lignes de tramway est un
projet de développement durable, cela devient complètement risible". Là réside la vraie discrimination, n'en déplaise à Jean Sarkozy entre l'ouest et l'est franciliens. "Discrimination encore avec le projet de péage susurré pour financer le tunnel, argumente L'Humanité. Soit «la route à toute vitesse pour les plus riches, les bouchons pour les autres » résume Brigitte Gonthier-Maurin, sénatrice PCF."
Le quotidien conclut en revenant en arrière, à l'époque où Sarkozy était maire de Neuilly : "la
discrimination des banlieues mal desservies, ça ne date pas d’hier,
poursuivent les élus communistes du département. Il y a quelques mois,
ils ont révélé que l’enfouissement sur 400 mètres de la RN 13 à
Neuilly-sur-Seine a été réalisé au début des années 90 en réaffectant
des fonds prévus initialement pour la réalisation d’un axe de transport
public dit «Tangentielle nord» sur la grande ceinture SNCF, de Sartrouville (Yvelines) à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis). «En
1987, un accord entre un gouvernement de droite et un conseil régional
de droite enterrait le projet symbolique des quartiers en difficulté,
la tangentielle nord. Pire, les crédits prévus étaient détournés au
profit «d’investissements routiers dans Neuilly» pour un montant de 393
millions de francs, le restant de l’enveloppe étant utilisé pour payer
le
surcoût
du prolongement de la ligne 1 à la Défense. Ces fameux «investissements
routiers» n’étaient autres que l’enfouissement de la nationale 13 à
Neuilly-sur-Seine sur près de 400 mètres, entre la rue de l’Église et
la Seine au pont de Neuilly». «Un véritable hold-up», selon Gabriel Massou, président du groupe communiste et républicains du département. «On
a utilisé des crédits prévus pour une opération de transport collectif
majeure dans des quartiers en difficulté pour financer un aménagement
routier au coût délirant dans la ville la plus privilégiée
d’Île-de-France. Un détournement de fonds réalisé à l’instigation du
maire de Neuilly-sur-Seine d’alors, Nicolas Sarkozy». Le père avait
donc su détourner au profit de Neuilly 393 millions de francs. Son
rejeton vise carrément le milliard d'euros : tremblons que ce petit
n'aille loin !
Olivier Bonnet est journaliste indépendant, blogueur de Plume de presse et auteur de Sarkozy, la grande manipulation (Editions Les points sur les i, mai 2008).