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Jean-Jacques Tachdjian, écrivain au fusain virtuel… |
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| 12-10-2009 05:09 - 3312 visites - Flux Culture, Livres, Poésie - Ecrit par Jef Tombeur - Lire son flux RSS | |
D’abord, avec des gens à la Cocteau qui vous font un peu de tout, on ne sait jamais trop sur quel pied journalistique danser. Jean-Jacques Tachdjian est musicien, graphiste, illustrateur, typographe, et à présent imprimeur. En fait, c’est un écrivain-artiste (musical aussi, c’est sûr, un peu à divers instruments ce que le batteur de jazz Daniel Humair est aux perscussions). C’est en me faisant casser les lunettes par Jean-Pierre Duplan auquel je faisais la courte échelle pour le jucher sur une sorte de colonne tronquée (un truc de chauffage ou d’aération) que cela m’est apparu telle une miraculeuse révélation. Merci aux techniciens qui nous ont refusé le prêt d’un escabeau : c’est sûr que cela aurait facilité la prise de vue photographique, mais l’évidence aurait pu m’échapper. Tachdjian est un écrivain totalement négligé en tant que tel. Prise en légère plongée sur le dispositif des 380 m² de « La Verrière » (non, pas celle de la M.G.E.N. ; il s’agit de la seconde plus grand salle de La Condition publique, à Roubaix), la plaque – la vue photographique, dans le jargon des photographes de presse – montre clairement ce que des années de fréquentation de l’œuvre peuvent dissimuler. Il faut dire que, comme le paysan qui regarde le doigt du savant montrant la lune, le journaliste spécialisé en création typographique ne voit d’abord en Tachdjian qu’un fabuleux typographe. Mais, bon, on se lasse de tout : rabâcher qu’il est pratiquement le seul mondialement à créer un alphabet, et un complet, caractères spéciaux inclus, par projet, cela finit par lasser. D’autant qu’on ne sait plus trop combien de polices de caractères il a déjà à son actif. Bien davantage que ce qui figure à la nième édition de son catalogue (son spécimen, qui est en fait un livre de nouvelles, d’histoires courtes). Juste derrière « La Verrière », il est une seconde vaste salle. Tachdjian a fait dorer un chariot à emplettes (genre chariot d’Alice Joseph-Deppen, de Drusenheim, surtout pas un Wanzl®) pour meubler un peu l’espace. Aux murs, des centaines de pastiches de logotypes. Il y a ceux des marques Prière, avec les lettres de la Perrier™, Peril, avec celles de Pirelli™, Blaupunk, 1994 (date de la création d’une sous-marque de bière), Vilvioc (un anagramme « augmenté »), mais aussi des créations pures (ou non attribuables rapidement) : Nanti, Popu, Ego, Oubli. Tachdjian est un poête lettriste assez puriste : ces haïkus ne font souvent qu’un seul mot.
Il a fallu m’arracher d’ailleurs de la Condition publique avant que je l’ampute d’une aile ou que je me livre à une saillie du genre passant pour une sanie aux yeux des pisse-froid. J’ai néanmoins compris pourquoi l’inauguration officielle de cette exposition Nography-Nographie, qui aurait gagnée à se dénommer Noographie (à la grecque, comme les yaourts aux enzymes enrichissant la connaissance), débutée le 19 septembre, avait été repoussée au 8 octobre 2009. C’était pour coïncider avec le pot de départ du directeur-conditionneur, Stéphane Konopczynski. Offrir une rétrospective de 30 ans de Tachdjian au public ébloui vaut départ en fanfare. Si j’avais été mis au courant, je serais venu avec keverens et bagads. Après, c’est devenu un peu tout flou. C’est en revoyant les images que je me suis souvenu que Tachdjian était un écrivain, mais aussi un pédagogue.
Tachdjian est le genre d’artiste qu’une Christine Albanel (naguère ministre de la Culture), lorsque Jiji sera défuncté, voudra à tout prix récupérer pour éviter que son œuvre file à l’étranger. Un peu comme les manuscrits de Guy Debord pour lesquels nous avons dû surenchérir (enfin, l’État, en notre nom). C’est le non-invité modèle chez Drucker et Frédéric Mitterrand l’évite soigneusement depuis toujours. Une garantie d’intégrité, soit dit en passant. L’épitomé de l’histoire artistique de Tachdjian tient en vraiment peu de mots : c’est le genre de type qui méprise même de faire suer le bourgeois car il l’ignore superbement. Son épitrope serait du genre : chacun s’accorde à dire qu’il est trop peu récupérable, au point que tous attendent qu’il se soit tu pour se ruer à tenter de le récupérer, voire de se l’accaparer.
En fait, pour lui éviter cela de son vivant, il a fallu le convaincre de devenir enfin salarié (au minimum vital, de peur de le fâcher si on lui proposait davantage) d’une association ad hoc. Quoi, un gars exposé à Los Angeles, par la galerie OverTones, sur Venice Boulevard, aux côtés de Jonathon Rosen et Robert Williams pour un « Ménage à trois » (intitulé, en français dans l’original, de l’exhibit) ? Tachdjian, auquel l’éditeur Pyramyd a déjà consacré une monographie et avec même un CD-ROM dedans ? Tachdjian que certains tiennent pour un chef de file de la Figuration narrative au même titre que Peter Klasen ? Tachdjian et ses « environ » 73 700 entrées sur Geglooton ? Tachdjian que…, Tachdjian qui… Tachdjian que l’on…??? Eh oui, et si ! Il faut dire à la décharge de certaines institutions, d’agences de com’ commerciales, de galeries et d’agents d’artistes, que quand le Jiji fait son Jiji, il est un peu ingérable. De plus, depuis qu’il a réussi à installer une presse Heidelberg – sa Machienne – dans un local de la Folie de Wazemmes, à Lille, il vit et dort quasiment sur place, créant sans cesse, au point d’oublier les dates et heures de ses vernissages (ou le feindre afin de ne pas perdre une idée, ou pour faire une nouvelle passe couleur…). Le décodeur de la ConsoSoc’ serait même capable de se contenter d’un Gerber King (l’odeur des encres couvrant celle des frites ; et rien à voir avec le Belfortain Alain Gerber) près de sa machine plutôt que d’aller faire sa vedette du graphisme et des fanzines décapants chez Drouant. Écrivain, il n’est pas goncourtisable, auteur BD, il n’est plus angoulémisable, et pour couronner le tout, il serait plutôt copiegauchisant, voire copyultragauchiste. On ne serait jamais trop sûr qu’il n’aurait pas filé des tirages à des potes, voire réglé ses ardoises à des patrons d’estaminets avec des originaux. Il est fort capable de cosigner avec de parfaits inconnus dont on pensera immanquablement qu’ils sont voués à un durable anonymat (à moins de les redécouvrir, comme Jeff Bonivert ; mais les relancer, c’est autre chose). Il peut de nouveau signer El Rotringo pour brouiller les pistes. Un type qui à 18-20 ans, dit ses artistes, publiquement, que « s’ils ne sont là que pour jouer les bouffons des riches en leur vendant des trucs décoratifs garantis par un galeriste, c’est assez indigent et plutôt pathétique » (propos recueillis par Blogcoolstuff), passe encore. Mais trente ans plus tard, c’est suspect. Le baba n’est pas devenu assez bobo, ou trop resté bonobo. Le rockeu’ n’a pas viré suffisamment cocker, et il fait toujours figure de chien fou. Voire de chienne errante. Contagieuse, peut-être. C’est tout le mal qu’on lui souhaite : bien se porter en multipliant les portées. Sainte Apophénie, priez pour elle !
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29 février
Paris a son 104 (rue d’Aubervilliers), immense vaisseau d’irrigation culturelle, Roubaix a sa Condition publique, colossale fabrique culturelle issue d’un recyclage d’usine désaffectée. Tachdjian, si on lui laissait le temps de fouiller dans ses disques durs, vous meublerait tout le 104 et la Condition publique en sus. Là, il a retravaillé de nombreuses réalisations exprès, créant des albums à feuilleter à deux mains (car les pages sont lourdes), et disposant ses textes non plus « au carré » (justifiés aux deux fers) mais en carré, sur des bâches suspendues. Il y avait des textes que je ne connaissais pas, comme celui de La Divine (police destinée aux DRH malins, pour faire passer des vessies pour des lanternes, des licenciements pour des chances de rebondir). D’autres polices nouvelles ne m’ont pas parues nommées. Ainsi de celle de la signalétique de l’espace vidéo (« Univers de la véritable beauté véritablement intérieure »). 
Certains de ses écrits sont en ligne. Les plus courants sont localisés sur le site de


