On
se souvient de la terrible phrase prononcée le 22 avril 2006 par le
candidat Sarkozy racolant les voix de l’extrême droite : "Si certains n’aiment pas la France, qu’ils ne se gênent pas pour la quitter".
Après son élection, il y eut la création du ministère de la Honte,
celui de l’Immigration et de l’Identité nationale, qui mit avec zèle en
application l’ignoble politique des quotas d’expulsés.
Brice Hortefeux d’abord, aujourd’hui Eric Besson : le ministre a
changé, pas les pratiques. Pire, on ne cesse de progresser dans
l’abjection, si bien qu’aujourd’hui, pour répondre à la phrase du
pyromane de l’Élysée, on ne peut plus aimer cette France-là, désormais
indigne de son appellation d’autrefois de "patrie des droits de
l’Homme".
C’est par exemple ce citoyen angolais en situation irrégulière, Helder Dos Santos qui, "malade et gravement handicapé, était venu en toute confiance pour un
rendez-vous pris le 3 février dernier avec vos services pour examiner son dossier social",
dénonce Hubert Trapet, président d’Emmaüs de l’Yonne, qui hébergeait le
clandestin, dans une lettre adressée à la Caisse primaire d’assurance
maladie locale : "Au lieu de cela, vos services ont appelé la police qui est venue procéder à son interpellation sur place".
Joli piège : vous pensez venir vous renseigner sur la prise en charge
des dépenses liées à votre maladie, vous en ressortez entre deux
policiers, direction le centre de rétention ! Avec Hubert Trapet, on ne
peut que "protester vivement contre une telle pratique de délation par la Caisse primaire (...), organisme porteur
d’un idéal de solidarité à l’origine de la fondation de l’assurance sociale dans notre pays".
On se souvient qu’en juin 2008, c’est une assistante sociale qui avait
dénoncé un clandestin à la police, comme l’avocat blogueur Maître Éolas l’avait révélé.
Ce retour aux pratiques pétainistes est du reste encouragé au plus haut
niveau, le porte-parole du parti majoritaire justifiant la délation dénonciation comme "un devoir républicain", après que "Le
nouveau ministre de l’Immigration a signé jeudi une circulaire
permettant à des sans-papiers d’obtenir des titres de séjour en échange
d’une "coopération" avec la police", comme le raconte Le Parisien/Aujourd’hui en France.
"J’attache une importance toute particulière à l’accueil des personnes à la rue. Cet accueil doit être inconditionnel. Quand quelqu’un est à la rue, il est dans une situation d’urgence et de détresse, on ne va pas lui demander ses papiers", disait Nicolas Sarkozy
le 17 octobre 2007, dans son discours prononcé à l’occasion de la
journée mondiale du refus de la misère. Mais on sait depuis longtemps
ce que valent les déclarations humanistes du chef de l’État.
Rien, comme vient de le rappeler le fait divers relaté par La Provence du 18 février dernier : "Après l’interpellation lundi d’un sans-papier, accueilli par les compagnons d’Emmaüs de La Pointe-Rouge (Marseille 8e), c’est une perquisition qui a eu lieu aujourd’hui, à l’initiative de la Police aux frontières (Paf)
au sein de la communauté. Un des responsables a été placé en garde à
vue pendant six heures et les policiers se sont rendus sur les lieux
pour procéder à la saisie de divers documents relatifs à la présence
d’éventuels sans-papiers hébergés par Emmaüs dans le cadre d’une
enquête pour "aide au séjour irrégulier". Délicate précision
apportée par Teddy Roudaut, chargé de communication d’Emmaüs France,
les policiers ont saisi des "dossiers des compagnons ayant des noms à consonance étrangère". L’organisation a alors publié un communiqué révolté : "La
criminalisation des centres d’accueil comme des communautés Emmaüs est
inacceptable. Il s’agit de lieux où peuvent trouver refuge les
personnes les plus démunies, quelles que soient la couleur de leur peau et leur situation administrative.
Une telle perquisition est de nature à fragiliser gravement ces
populations démunies. De même qu’il est intolérable de rechercher des
personnes sans papiers dans des hôpitaux, à proximité des écoles ou des
crèches ou dans les centres d’hébergement, de même il est inacceptable
que les communautés Emmaüs soient l’objet de recherches de ces
populations".
Ainsi
va la Sarkozie, dans une dérive de plus en plus grave. Les conventions
internationales imposent-elles de garantir le droit à une vie familiale
normale et une protection particulière des enfants ? La "patrie des
droits de l’Homme" s’assoit dessus ! "La persécution des enfants
est une constante de la politique anti-immigrés de M. Sarkozy. Elle lui
avait valu le titre de Ministre de la Chasse à l’enfant quand il avait
fixé au 30 juin 2006 l’ouverture de la chasse aux familles.
M. Hortefeux avait largement gagné son titre de Ministre de la Rafle et
du drapeau. M. Besson semble suivre la même voie", s’indigne Réseau éducation sans frontières,
à l’indispensable vigilance, qui s’appuie hélas sur de nombreuses
affaires récentes. C’est ainsi un garçonnet congolais de 8 ans,
Chiden-Salamandre, qui a été arrêté à Roissy : "il est fils d’un
père français mais vit avec sa maman à Pointe-Noire au Congo. Il est
malade, aussi son père a-t-il décidé de le faire venir en Europe pour
qu’il subisse les examens nécessaires. Il a envoyé de l’argent au Congo
pour que l’enfant ait un visa. Or, ce matin, à l’arrivée de l’avion de
Gabon Air Lines en provenance de Pointe-Noire via Cotonou, la police a
constaté que le visa de l’enfant était faux. Conformément aux
dispositions légales (et scandaleuses) en vigueur, l’enfant a été
interpellé. Il est actuellement au poste de police du Terminal 1 de
Roissy et sera probablement transféré en Zone d’attente (ZAPI,
une sorte de prison pour étrangers qu’on souhaite empêcher d’entrer en
France). Que des vérifications soient faites à la fois sur l’identité
de l’enfant et celle des adultes qui l’accueillent est indispensable.
Pour autant, la place d’un mineur qui n’a commis aucun délit n’est
certainement pas au poste de police puis en zone d’attente. Il doit
être admis sur le territoire et confié le temps de l’enquête aux
services compétents de l’aide à l’enfance sous l’autorité d’un juge des
enfants. C’est la seule solution humainement acceptable et conforme aux conventions internationales des droits de l’enfant. Chiden-Salamandre (...)
doit être remis sans délai à son père puisque son identité est établie
(son passeport est authentique) ainsi que celle de son père (qui a une
carte d’identité française en cours de validité)." Réjouissons-nous, cette affaire-là est réglée : le petit bonhomme "vient
d’être libéré et remis à son père, 12 heures exactement après qu’on a
été prévenu. Rude bagarre dont on n’était pas certain de sortir
gagnant. Innombrables coups de téléphone, communiqué, appels à la
presse, intervention du cabinet de Besson, le gamin est sorti", nous informe RESF dans son communiqué en date du 21 février.
Mais le Réseau recense d’autres cas de jeunes victimes de l’acharnement d’État au nom des quotas : "Oumaïma (10 ans), Ayoub (7 ans) et Amine (3 ans) enfants de M. Barkous qui se cache ; Juliana (3 ans) qui pleure son papa, Shixiong Lin (27 ans) réexpédié hier en Chine
sans sa fille et sa femme. Le Cabinet du ministre était au courant ;
Davidson (3 ans) et sa demi-sœur Roseline (4 ans) pleurent aussi leur
père, Pierre Lapointe renvoyé hier en Haïti,
pays qu’il avait fui il y a 9 ans. Le cabinet du ministre était au
courant ; Élodie, 13 ans est, elle aussi quasi-orpheline depuis hier,
mais de mère : Marie-Noelle M’Bani a été expulsée au Cameroun,
laissant ici sa fille et son père français. Le cabinet du ministre
était au courant ; Maria (3 ans) et Amina (7 mois) attendent leur père
Ammar Amedjar, emprisonné à Angers pour avoir refusé d’embarquer pour
le Maroc en abandonnant sa femme et ses filles. Il risque d’être mis
directement dans l’avion à sa sortie de prison, probablement la semaine
prochaine. Le Cabinet du ministre est au courant ; Naphtali (15 mois) risque de perdre son père Ogima Tsasa Nduka
dans les tout prochains jours. Condamné à de la prison il y a 10 ans,
Ogima qui a purgé sa peine, avait été frappé d’une interdiction du
territoire (on croyait que la double peine n’existait plus ?). Il est
en rétention et risque d’être renvoyé très vite vers le Congo (RDC), faisant de Naphtali un quasi-orphelin de père et peut-être un orphelin tout court car Ogima est classé comme opposant en RDC. Le Cabinet du ministre est au courant ; Sofiane (4 mois) a, lui, sauvé son père, Rachid Mameri qui était présenté au JLD
après 48 heures de rétention. Sofiane était dans la salle d’audience,
dans les bras de sa jeune maman française, sous chimiothérapie.
Scandalisé, le juge l’a libéré contre l’avis du Parquet (aux ordres de Mme Dati)
qui a fait appel. La Cour d’Appel décidait le lendemain de remettre
Rachid en rétention. À cette nouvelle, la mère de Sofiane faisait un
malaise et devait être évacuée. Le bébé était placé dans les bras de
son père qui lui donnait le biberon devant un rang de gendarmes honteux
du travail qu’on leur fait faire. Finalement, la préfecture de police a
renoncé à demander aux gendarmes d’arracher l’enfant des bras de son
père pour le confier à l’ASE comme le demandaient les services de Mme Dati. Rachid a été libéré et son arrêté d’expulsion abrogé." Insupportable énumération !
Rapport accablant du Conseil de l’Europe
Rien d’étonnant par conséquent à ce que la France fasse
l’objet de condamnations internationales. Le commissaire aux droits de
l’Homme du Conseil de l’Europe, Thomas Hammarberg, en visite en France du 20 au 23 mai dernier, a ainsi rendu un rapport publié le 20 novembre 2008, qui dénonce vigoureusement les pratiques en vigueur en Sarkozie : "Malgré
la recommandation du rapport de 2006, la présence d’enfants
accompagnant leurs parents en Centres de rétention administrative s’est
accrue. (...) En 2007, la Cimade a comptabilisé 154 familles accueillies avec 242 enfants de tous âges. (...) Selon les statistiques collectées par la Cimade,
près de 80% des enfants retenus en 2007 avaient moins de 10 ans et des
nourrissons de 15 mois, voire des nouveaux nés - 3 semaines -, ont été
placés en rétention avec leurs parents. (...) Dans son rapport
de 2006, le Commissaire soulignait ses inquiétudes sur les conditions
d’interpellation de ces enfants et sur le fait que "les problèmes
juridiques et humains que pose la présence d’enfants en rétention
semblent totalement sous-évalués par les autorités françaises". Ces
remarques sont malheureusement toujours d’actualité et les autorités ne
comptabilisent toujours pas le nombre d’enfants ayant séjourné dans les CRA ni
le nombre d’enfants expulsés. Surtout, le Commissaire invite les
autorités à ne recourir à la rétention administrative de familles que dans des cas d’extrême nécessité afin de ne pas créer un traumatisme irrémédiable pour les enfants. (...)
Depuis 2005, les autorités françaises ont pris la
décision de déterminer en début d’année le nombre d’étrangers
irréguliers qu’il convient d’éloigner volontairement ou non avant le 31
décembre. (...) le Commissaire craint que la pression engendrée par les objectifs chiffrés de reconduite à la frontière pousse les forces de l’ordre à procéder à de plus en plus d’interpellations avec des méthodes parfois contestables. Plusieurs associations ont fait état auprès du Commissaire d’un accroissement des contrôles "au faciès". (...) Évoquant
la question des interpellations d’enfants étrangers, le ministre de
l’Immigration a indiqué au Commissaire qu’il avait donné des
instructions claires pour qu’aucune interpellation n’ait lieu dans, ou
à proximité immédiate, des établissements scolaires. Le Commissaire
salue cette
volonté
affirmée. Toutefois, il apparaît que ces instructions ne sont pas
pleinement mises en œuvre car plusieurs cas récents, dont un vérifié
par le Défenseure des enfants, où des policiers ont réalisé des
arrestations d’enfants dans l’enceinte même d’écoles primaires, ont été
rapportés. Une telle pratique est intolérable tant elle est traumatisante pour les enfants. Les
écoles doivent rester des lieux d’enseignement et d’éducation et non
des zones d’interpellations. Le Commissaire appelle les autorités
françaises à garantir qu’aucune arrestation d’enfants ou de parents ne
soit faite dans ou autour des écoles. Des interpellations ont également
eu lieu dans l’enceinte même des préfectures. Il semble que certains
services administratifs avaient mis en place des stratagèmes pour inciter les étrangers irréguliers à venir se présenter à la préfecture et les interpeller sur place. Si les convocations trompeuses
à venir se présenter à la préfecture ont depuis été interdites par les
juridictions françaises, les préfectures continuent de refuser de
communiquer des informations par téléphone et requièrent la
présentation des étrangers en préfecture. Dès lors, des étrangers
continuent de se présenter au guichet en toute bonne foi pour déposer
des demandes de régularisation ou s’enquérir de l’avancement de leur
demande d’asile. En 2007, près de 600 étrangers ont ainsi été arrêtés et placés en rétention. La
préfecture devient le lieu de tous les espoirs mais aussi de toutes les
peurs entre possibilité de régularisation et risque d’arrestation.
Comme les écoles, le Commissaire considère que les préfectures
devraient être des lieux protégés où aucun étranger ne devrait pouvoir
être interpellé. Il est à craindre que les services
administratifs, confrontés à une obligation de résultat quant aux
objectifs de retour, appliquent la loi d’une manière de plus en plus
mécanique et sous un angle plus répressif ne leur permettant souvent
plus de mesurer la réalité des situations humaines derrière chaque
dossier. Le Commissaire appelle les autorités françaises à prendre en
compte ces conséquences et à ne plus recourir à la détermination du nombre de migrants irréguliers à reconduire.
Enfin,
lors de retours forcés d’étrangers irréguliers sur des vols
commerciaux, il arrive que les passagers s’insurgent contre cette
expulsion auprès du personnel navigant. Une fois embarqué, le
commandant de bord peut encore décider de refuser l’expulsion s’il
considère qu’elle perturbe le bon déroulement de son vol. Si le
commandant de bord en décide ainsi, il arrive que la police interpelle,
en représailles, un petit nombre de passagers ayant protesté pacifiquement ou filmé la scène. Ils sont ensuite poursuivis pour "entrave à la circulation d’un aéronef", "outrage à agent" ou "incitation à la rébellion", placés en garde à vue pendant plusieurs heures et poursuivis pénalement pour les faits incriminés. Certains passagers ont même subi l’humiliation de fouilles à corps intrusives.
De plus, ils perdent en général le bénéfice de leur billet d’avion et
sont parfois mis sur une liste noire de la compagnie aérienne qui les
empêche de voler sur cette même compagnie pendant six mois. Cette
pratique est d’autant plus regrettable que lors de la visite du
Commissaire en 2005, le ministre de l’Intérieur avait "proposé
que chaque expulsion soit filmée afin de réduire tout risque d’usage
disproportionné de la force, et toutes fausses allégations de mauvais
traitements". Au cours de sa visite, le Commissaire n’a pu obtenir
de données précises sur l’ampleur de ces pratiques mais leur existence
ne peut être contestée. Le Commissaire invite les autorités françaises
à y mettre un terme sans délai."
C’est justement une affaire de ce type qui était jugée le 19 février dernier : "Il s’était indigné des conditions de reconduite
de deux Congolais en avril 2008 à bord d’un vol Air France
Paris-Brazzaville : trois mois de prison avec sursis ont été requis ce
jeudi contre cet homme, André Barthélemy, membre de la Commission
nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), narre Le Parisien/Aujourd’hui en France. André Barthélemy, 72 ans, et un autre passager du même vol, ont comparu devant la 14e chambre du tribunal correctionnel de Bobigny pour "provocation directe à la rébellion" et "entrave volontaire à la navigation ou la circulation d’un aéronef", un délit passible de 5 ans de prison et 18000 euros d’amende. Selon la police, il aurait crié "c’est inadmissible, une honte", "vous ne respectez pas les droits de l’homme", puis incité les passagers à la révolte. Le jugement sera rendu le 19 mars. Le
16 avril 2008, les deux Congolais s’étaient opposés à leur reconduite à
la frontière en criant que les liens les entravant leur faisaient mal
et une grande partie des passagers s’était levée dans un mouvement
d’humeur qualifié d’ "émeute" par le procureur. Ils avaient
été débarqués au bout d’une heure, ainsi que quatre passagers désignés
par la police comme les fauteurs de trouble et placés en garde à vue.
Seuls trois étaient poursuivis devant le tribunal. André Barthélemy,
qui est également président d’Agir ensemble pour les droits de l’Homme (AEDH), une ONG basée à Lyon, a revendiqué un "réflexe d’indignation" et de "solidarité active" de "quelqu’un qui voit des gens souffrir". Une pétition de soutien est en ligne sur le site de RESF.
Mais nous n’en avons pas encore fini, hélas, avec le rapport du Commissaire du Conseil européen aux droits de l’Homme, qui dénonce l’arbitraire des autorités face aux étrangers en situation irrégulière : "En juillet 2006 l’ "admission exceptionnelle au séjour"
a remplacé la procédure de régularisation des sans papiers justifiant
de dix ans de résidence en France. Etablie en 1997, cette procédure
permettait aux étrangers irréguliers attestant de dix années de
présence sur le territoire français d’obtenir un titre de séjour.
Considérée comme donnant une prime à l’illégalité, le gouvernement a
décidé de remplacer cette possibilité par la création d’un mécanisme de
régularisation moins automatique. L’admission exceptionnelle au séjour
offre une possibilité de régularisation pour des cas humanitaires,
exceptionnels ou liés à l’exercice d’une activité professionnelle
caractérisée par des besoins de main d’œuvre. Cette réforme a entraîné
une diminution importante du nombre de personnes régularisées. Aucun
texte ne définit précisément les critères et les preuves à apporter
pour bénéficier d’une telle régularisation. Ceci accroît encore le
caractère individualisé et potentiellement arbitraire de ce processus. Depuis
2006, deux régularisations "collectives" ont été entreprises : en juin
2006 concernant les familles d’enfants scolarisés et plus récemment en
faveur d’employés de la restauration. Dans les deux cas, les
régularisations se sont faites sur le fondement des dossiers déposés
par les demandeurs. Il convient en premier lieu de saluer la volonté
gouvernementale de prendre en compte la spécificité de certaines
catégories d’étrangers "sans-papier". Toutefois, de nombreux
observateurs ainsi que les médias ont indiqué que le nombre de
régularisations avaient été prédéterminé par les autorités
ministérielles compétentes avant même l’examen individuel des dossiers ;
ce nombre étant, dans les deux cas, bien inférieur au nombre
d’étrangers susceptibles de remplir l’ensemble des conditions requises.
Cette prédétermination a engendré une application subjective et inégalitaire voire arbitraire
des critères de régularisation. Ces régularisations collectives ont par
ailleurs permis de constater que de nombreux étrangers irréguliers
étaient pleinement intégrés dans la société française et, bien
que sans papier, ils disposaient pour la plupart d’un logement, d’un
travail et contribuaient à la croissance du pays par le paiement des
impôts. Lors de sa visite au centre de rétention du
Mesnil-Amelot, le Commissaire a d’ailleurs pu confirmer cette
impression en discutant avec les retenus qui pour beaucoup avaient été
interpellés alors qu’ils se rendaient à leur travail. Le Commissaire
appelle à rendre plus transparents les critères d’attribution des
procédures de régularisation ainsi qu’à communiquer régulièrement sur
le nombre de régularisations délivrées."
Voyons à présent, toujours avec Thomas Hammarberg, les scandaleuses restrictions au droit au regroupement familial : "Concernant
les demandes de regroupement familial réalisées pour des membres de la
famille d’un Français ou d’un étranger résidant régulièrement sur le
territoire, en plus des critères liés à la taille de l’habitat et aux
revenus de la famille, la loi du 20 novembre 2007 requiert une
évaluation des connaissances de la langue française et des valeurs de
la République avant la délivrance du visa. Une fois arrivées en France,
ces mêmes personnes sont soumises à la signature et au respect d’un
contrat d’accueil et d’intégration. Par ce contrat, elles s’obligent à
suivre une formation civique et, si besoin, une formation linguistique.
En cas de non respect de ce contrat, la loi prévoit que
l’administration peut suspendre les allocations familiales versées à la
famille voire retirer le titre de séjour. Cette disposition a été
considérée comme discriminatoire par la HALDE. Il semble
exister un traitement inégalitaire selon que l’étranger demandant le
regroupement familial est marié avec un Français ou avec un
ressortissant communautaire. Dans le premier cas, l’étranger désireux
de venir s’installer en France, bien que marié à un/e Français/e, doit
passer par les étapes précédemment décrites. Dans le second cas, dès
lors que le ressortissant communautaire est en situation régulière en
France, son conjoint – ressortissant d’un État tiers – est
autorisé de plein droit à séjourner en France, sans être soumis à
l’obligation de visa de long séjour, ni à la pré-condition de connaître
les valeurs et la langue française ou à la signature d’un contrat
d’intégration. Le Commissaire invite les autorités françaises à clarifier les modalités du regroupement familial, à ne pas imposer des conditions disproportionnées pour permettre aux personnes résidant en France de jouir de leur droit à une vie privée et familiale et à ne pas créer des situations discriminatoires. Les étrangers s’étant vus reconnaître le statut de réfugié en France peuvent solliciter le "rapprochement familial",
procédure distincte du regroupement familial. Par cette procédure, les
conjoints et enfants mineurs d’un réfugié peuvent obtenir une carte de
résident en France. La délivrance des autorisations permettant
aux membres de la famille d’un réfugié de rejoindre le territoire
français devrait normalement se faire avec la plus grande diligence. Dans la pratique, le délai moyen d’aboutissement de cette procédure se monte pourtant à 468 jours. (...) il semble que les consulats français continuent d’opposer aux familles une suspicion souvent insurmontable. La longueur de cette procédure et le danger de demeurer dans le pays en raison des risques de persécutions en cascade poussent parfois ces personnes à rejoindre le membre de famille en France par des voies clandestines. Le
Commissaire invite les autorités françaises à garantir le rapprochement
familial dans des délais beaucoup plus brefs afin d’éviter de faire
peser sur les familles de réfugiés des dangers pour leur intégrité
physique et morale."
Pour la bonne bouche enfin, un mot de la procédure d’asile en centre de rétention : "La
législation prévoit que les personnes retenues doivent formuler leur
demande d’asile dans un délai maximum de cinq jours. Cette demande doit
être rédigée exclusivement en langue française et le retenu ne peut
bénéficier de l’assistance gratuite d’un traducteur. En plus du délai
extrêmement court pour rédiger leur demande et collecter les documents
nécessaires, les étrangers sont parfois confrontés à des difficultés
matérielles insurmontables en fonction du CRA dans lequel ils sont
retenus : interprétation quasi inaccessible même pour ceux pouvant se
l’offrir, interdiction dans certains centres de posséder un stylo
(considéré comme dangereux), absence de locaux adaptés pour rédiger une
demande d’asile. Dans son rapport publié le 10 décembre 2007, le CPT recommande que ce délai soit porté à 10 jours. De son côté le Comité contre la torture des Nations Unies s’était dit "préoccupé
par le caractère expéditif de la procédure dite prioritaire concernant
l’examen des demandes déposées dans les centres de rétention
administrative ou aux frontières, qui ne permet pas une évaluation des
risques conformes à l’article 3 de la Convention". (…) L’ensemble
de la procédure d’asile dans les centres de rétention apparaît donc
comme expéditive laissant implicitement présumer que la demande est
abusive. Le rapport de 2006 avait déjà fait état de ces
considérations, le Commissaire réitère ses préoccupations et invite les
autorités françaises à revoir au plus vite les mécanismes et délais
liés aux demandes d’asile en rétention." Le rapport du Commissaire
au droits de l’Homme du Conseil de l’Europe se termine par une partie
consacrée aux gens du voyage, qui pourrait à elle seule faire l’objet
d’un article entier.
On le voit : tous les reproches qu’il fait à la France sont les mêmes que ceux des militants de RESF,
de la Ligue des droits de l’Homme ou de l’opposition de gauche. C’est
dire à quel point il est incontestable que la clique sarkoziste viole
constamment et sciemment les conventions internationales, pour le seul
bénéfice politique d’affichage aux yeux de l’extrême droite raciste à
laquelle elle doit son arrivée aux affaires, et que l’appellation de
ministère de la Honte est on ne peut plus justifiée. "Si certains n’aiment pas la France, qu’ils ne se gênent pas pour la quitter",
Monsieur Sarkozy ? Mais cette France-là, ce que vous en avez fait, ne
saurait inspirer d’autre sentiment qu’un profond mépris. Le même que
celui que vous méritez personnellement, et avec vous tous ceux qui vous
suivent, sarkozistes de tout poil, militants et sympathisants UMP, ministres, magistrats et fonctionnaires, de la préfectorale ou de la police, qui appliquent cette politique inhumaine.
PS : Merci à Tignous pour le dessin Regroupement familial (dans Marianne N° 544) et à Anticolonial.org pour l’affiche Ministère de la Honte.