Ils viennent d'Asie, d'Afrique ou d'ailleurs, souvent de manière illégale. Ils fuient les persécutions de tous genres liées à leur appartenance ethnique, sociale, religieuse. Ils fuient parfois des mariages forcés, des excisions. Ils fuient aussi la guerre, les misères dégradantes, les injustices, pour le plus somptueux des rêves : l'Europe, surtout la France, pays des droits de l'homme, pays pétri de valeurs humanistes. Si démunis, que rien ne peut les arrêter. Ni les colères des mers et des océans ni les risques de la clandestinité, ni le froid, ni la faim. Ils sont immunisés face à tous ces petits désespoirs tellement leur vie où, respect et dignité sont bafoués, s'apparente à un misérable enchaînement de galères.. Des hommes aux abois, prêts à tout pour avoir pied dans ce si fabuleux pays...
En 2009, la France a enregistré plus de 47.000 demandes d'asile parmi lesquels 10.400 ont obtenu le statut de réfugié, ce qui la place en seconde position après les USA au classement des pays d'accueil dans le monde. Procédure longue, éprouvante allant parfois jusqu'à 2 ans et que seul peut amorcer un enregistrement du demandeur d'asile à la préfecture, obtenu après examen minutieux de sa situation et pouvant donner lieu à un droit de séjour provisoire assorti d'un formulaire de demande d'asile duquel bon nombre de ces derniers seront exclus. Formulaire renfermant un certain nombre de demandes de renseignements particulièrement ciblés avec lequel le demandeur d'asile va saisir l'OFPRA et s'engager ainsi dans cette procédure, périlleuse pour beaucoup. L'OFPRA, office français de protection des réfugiés et apatrides, existe depuis 1952 à la suite de la signature par la France de la Convention de Genève qui définit le statut de réfugié. Conformément aux lois de la constitution française, de la Convention de Genève, respect et dignité sont assurés à ces laisser-pour-compte qui, en attente de leur régularisation, vont pouvoir bénéficier grâcieusement d'un hébergement dans un centre d'accueil, d'un enseignement de la langue française, d'un encadrement par des associations et d'une précieuse aide pour remplir, dans un délai de 21 jours, ce fameux dossier destiné à l'OFPRA. S'ensuit alors un, deux ou trois longs entretiens, étalés sur une période pouvant avoisiner les 21 mois, au cours desquels, le juge s'efforce, dans la plus grande confidentialité, de vérifier l'authenticité du besoin de protection émis par l'intéressé. Et à l'issue de ces entretiens aussi douloureux pour les magistrats que pour les candidats, seuls 20% décrocheront cette autorisation.
Parmi les rejetés, certains dans un délai d'un mois se pourvoiront devant la cour nationale du droit d'asile laquelle dispose de 6 mois pour statuer et, en cas d'échec tenteront leur dernière chance en invoquant un motif de droit fondamental méconnu jusque là en se pourvoyant en cassation devant le conseil d'état. Tentative souvent vouée à l'échec mettant l'intéressé en situation irrégulière et se terminant tristement par la reconduite vers les pays d'origine.
Bon nombre d'entre ces malheureux n'ont même pas la chance ou la malchance de vivre cette expérience de l'attente, suspendus entre peur et espoir car depuis la décision de la libre circulation dans l'espace Schengen par l'Union européenne, a été mise en place la règlementation Dublin 2 qui stipule que toute demande d'asile ne doit être examinée qu'à partir du premier pays d' entrée dans l'espace européen, traçabilité fournie par les empreintes dans une borne appelée Eurodax d'où leur expulsion de la France, dans ce cas précis.
Bien dur, le sort de celui qui, après des mois d'errements, après son éblouissement devant la grandeur, la splendeur de la France, terre d'asile, de rester sur sa faim et, les bras ballants de s'en retourner bredouille au pays. Ainsi va le monde...