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Seconde guerre mondiale : Huis-clos, les mains sales … la nausée ! (5) |
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| 16-09-2009 17:12 - 2002 visites - Flux Société, Education - Ecrit par JPLT 007 - Lire son flux RSS | |
En post-scriptum du quatrième volet de la série, je vous faisais part des espoirs que je fondais sur les épisodes 3 et 4 du documentaire « Apocalypse - La 2ème guerre mondiale ». France 2 les a diffusés hier soir et, en tout et pour tout, la question qui me préoccupe n'est effleurée qu'à deux minuscules reprises, de manière très approximative, de surcroit : · la première pour évoquer la trop célèbre entrevue de Montoire, à l'occasion de laquelle le maréchal aurait reçu du chancelier « des instructions pour exclure les Juifs de la vie civile ». Or, lorsque Philippe Pétain serra la main d'Adolf Hitler (pas même avec une longue cuiller ...), le 24 octobre 1940, il jouissait des pleins pouvoirs constituants au titre de Chef de l'État français depuis 11 semaines déjà et les lois d'exclusion (datées du 4 octobre) avaient déjà été publiées au Journal Officiel depuis 6 jours !...
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la seconde, pour attribuer à Reinhard Heydrich l'initiative
de l'organisation de la rafle des 16 et 17 juillet 1942,
« lors d'un voyage à Paris en mai
1942 ». Je suis donc, pourquoi le cacher, passablement déçu de constater les approximations et les anachronismes de Daniel Costelle rapportées par la voix de Mathieu Kassovitz, mais persuadé cependant qu'ils ne les ont pas délibérément voulues ; la thèse d'État de Denis Peschanski (« Les camps français d'internement (1938-1946) ») restera donc pour l'heure mon document de référence. Cette parenthèse refermée, je vous annonçais l'analyse de la question économique à laquelle la thèse consacre un chapitre entier (Chapitre 7 : Le camp dans son environnement, et plus particulièrement, page 210, le paragraphe L'IMPACT SUR L'ECONOMIE REGIONALE) ; il est temps de vous la livrer maintenant. Avant d'entrer dans le vif du sujet, il est utile de permettre au lecteur de traduire en monnaie courante les chiffres qui seront cités : page 192 : « À titre indicatif, en octobre 1940, le salaire d'un gardien civil du même camp [NdR : celui de Bram] variait entre 1 000 et 1 100 F ». Le SMIC actuel s'établissant à 1 337,70 euros, les sommes à venir pourront donc pratiquement se lire directement, en remplaçant simplement ‘Francs' par ‘Euros'. Au passage, cela nous permet de mesurer l'inflation au cours des soixante-dix années écoulées : 80 000 % (657,957 * 1327 / 1100) !... Les camps ont représenté une opportunité certaine pour l'économie locale : page 214 : « On en a déjà quelque idée dans un éditorial publié par le journal La Petite Gironde le 27 avril 1939, au sujet de l'installation récente du camp de Gurs. Sa tonalité donne d'autant plus de valeur à son témoignage : « À quelque chose malheur est bon ! [...] La construction d'une ville de 15 000 habitants a déjà offert quelques avantages économiques : emploi de main-d'œuvre, fournitures assurées par le commerce local » ... » À quelque chose malheur est bon ! Peut-on imaginer plus sordide cynisme, même s'il n'engage que l'éditorialiste ? Il faut admettre à sa décharge que cet aménagement pouvait presque passer pour « humanitaire » dans la mesure où il était destiné, à cette époque, aux réfugiés espagnols jusqu'alors confrontés à une inimaginable précarité : page 211 : « ... en février 1939 à Argelès-sur-Mer ... 70 000 à 100 000 personnes occupèrent quelque 65 ha des plages, territoire communal. Dès le 11 mars, dans une lettre au ministre de l'Intérieur, le président du syndicat d'initiative se plaignait amèrement des conséquences de cette installation aussi rapide que massive et sommaire : « On a installé 100 000 personnes sur une plage, c'est-à-dire la cote zéro mettant les services locaux dans l'impossibilité matérielle de faire écouler dans des égouts provisoires les eaux usées, les eaux de cabinet d'aisance, s'il y en avait eu, etc. On a installé 100 000 personnes sur une nappe d'eau à peu près potable et qui a été polluée en quelques heures ». « Nous ne sommes pas en temps de guerre - poursuit-il - et les sacrifices que nous avons consentis sont assez grands, il est injuste que nous supportions seuls, à Argelès, le choix d'une désignation arbitraire et dont nous attendons encore la justification ». ... » Pourtant, objectivement : page 210 : « Location des terrains, constructions et aménagements des camps, fourniture des denrées, force de travail : malgré la pesanteur de l'administration, on imagine l'impact qu'avait l'installation d'un camp dans une région. [...] il suffit de rappeler, pour s'en donner une idée, que le camp de Gurs, avec ses 18 000 internés à son paroxysme, pouvait pointer au troisième rang des villes des Basses-Pyrénées après Pau et Bayonne ». Tous en ont bien conscience : page 212 : « Si les mairies se montrèrent rarement satisfaites des conditions dans lesquelles elles devaient accueillir un camp sur des terrains leur appartenant, cela prit rarement un tour aussi dramatique, compte tenu de la différence d'échelle et de temps de préparation. Exemple inverse d'Argelès, la ville de Sisteron accepta volontiers de prêter la Citadelle à l'autorité militaire puis aux autorités civiles pour la durée de la guerre, et ce à titre gratuit [NdR : souligné par moi]. Même si les conditions d'hygiène au camp-citadelle et, plus encore, la présence de repris de justice suscitèrent des réactions, il est clair, là comme souvent, que la mairie de cette ville excentrée de dimension moyenne attendait beaucoup de la présence sur place d'un corps de troupe puis de gardes civils, outre l'impact économique pour les fournisseurs locaux [AN F7 15093 (Basses-Alpes)] ». Et les « affaires » sont traitées de la manière la plus officielle : page 213 : « Quant au contrat de bail, il mettait du temps avant d'être mis au point. C'est ainsi que le 10 mai 1940, soit un an après la réquisition du terrain, un contrat était effectivement signé entre le préfet de l'Aude et le propriétaire du Domaine des Pignes, demeurant au Château de Valgros. Ce propriétaire mettait donc à disposition du préfet pour y installer le camp dit de Bram un terrain lui appartenant d'une superficie de quelque 13 ha. Selon l'article 2 du contrat, la durée du bail partait du 5 février 1939, jour où les travaux d'installation du camp avaient commencé, et devait finir lors du départ complet des réfugiés espagnols moyennant une indemnité annuelle de 15 000 F. La première année, compte tenu de la signature tardive du contrat, la somme était payable en une fois, mais elle devait l'être par trimestre dès lors. Le contrat durait jusqu'à reconstitution du pâturage dans l'état initial y compris. À la demande du propriétaire, en l'article 4, il était fait toutes réserves sur les dégâts pouvant être causés à la vigne située en contre bas de la route et du camp de par l'afflux des eaux provenant du camp. De fait, le propriétaire fut certainement pour beaucoup dans le retard mis à la signature de ce contrat de gré à gré car, dans un premier temps, il commença par protester contre les conditions de la réquisition, la jugeant même illégale. » idem : « À proximité, l'affaire fut différemment engagée. L'espace était plus petit, mais il s'agissait d'une manufacture qui fut louée à une commerçante carcassonnaise. Là, il ne fallut attendre que le 1er septembre 1939 pour voir signer le contrat qui prévoyait que cette dame mettait à la disposition du préfet l'ancienne usine royale de Montolieu. Là encore l'acte était rétroactif et l'indemnité mensuelle était fixée à 1 500 F. En fait le contrat aurait pu être signé plus haut mais - autre avantage financier dont on trouve difficilement la trace - la propriétaire s'était contentée, au début, d'une simple exonération d'impôts. On peut penser, sans pouvoir l'affirmer, qu'elle cumula ensuite les deux formes de rétribution [On trouve le contrat concernant Bram en AN F7 15095 (Aude) et l'histoire du contrat de Montolieu en AD Aude 6M164, cité par Éric Lagarde, op. cit., p. 93] ». page 214 : « Quand il s'agissait de convention de location signée avec une entreprise, on changeait nécessairement d'échelle. Le cas était plus rare, autant pour limiter les conséquences économiques et sociales que pour éviter d'occuper des locaux en général complètement inadaptés à la nouvelle destination prévue. Le cas est connu de l'usine des Tuileries de la Méditerranée aux Milles. Un premier contrat avait été monté entre le département de la Guerre et l'industriel ; rétroactif au 4 septembre 1939, il était daté du 15 mai 1940 et prévoyait un loyer annuel de 141 750 F. Cependant, ce contrat ne fut jamais appliqué et un nouveau bail, signé par la Guerre et repris à son compte par l'Intérieur, fut passé le 18 octobre 1940 qui arrêta l'indemnité annuelle à 125 000 F [AN F7 15095 (Aude)] ». Dans certains cas, les archives se montrent implacablement précises : page 215 : « La richesse des archives du Vernet [AD de l'Ariège] nous permet de mesurer beaucoup plus précisément l'impact direct sur les entrepreneurs et artisans locaux, à défaut d'en connaître l'impact indirect et, surtout, d'estimer la part des camps dans la vie de chacune de ces entreprises et de ces commerces. [...] Si le camp a ouvert en 1939, la première indication détaillée porte sur l'année 1941. La date est importante car cette année fut consacrée à la reconstruction et à la réhabilitation du camp. Un premier compte rendu daté du 28 mai 1941 listait les entreprises concernées : Entreprise coopérative du Bâtiment (Pamiers) pour 5 baraques, soit 322 000 F ; Entreprise Gouzy (Pamiers) pour 4 baraques, soit 326 644 F ; Entreprise Latré (Pamiers) pour 2 baraques, soit 217 788 F ; Travaux en régie pour la réfection de 16 baraques, soit 364 000 F ; Entreprise Duc et Méric (Pamiers) pour 16 baraques, soit 2 086 406 F. Cela représentait une somme de 3 316 838 F pour l'année 1941. [...] On a une idée plus précise encore sur l'année 1942 grâce au cahier comptable du camp qui a gardé la trace de toutes les commandes, chapitre par chapitre, jour après jour, de la fin janvier 1942 à la fin janvier 1943. De l'exploitation de ces données brutes, on peut déjà tirer une mesure comparée du poids de chacun des chapitres :
Au total les entreprises furent concernées à hauteur de quelque dix millions de francs (LG/1, LJ/1, LJ/3), soit près de la moitié du total des dépenses, traitements du personnel compris. [...] Ce furent donc au total 43 entreprises du bâtiment et de l'électricité qui furent concernées, de 132 F à près d'1 million. La même entreprise Duc et Méric qui, en 1941, avait participé à elle seule pour 2 millions de francs à la réhabilitation du site, représentait encore 40 % du marché ». On dispose également du détail de ces marchés : tableau, page 219 (qui présente le détail mois par mois, non repris ici par souci d'allégement) : « LG Aménagement et entretien des camps (en francs)
Quel inventaire à la Prévert ! Le gros œuvre s'y taille sans surprise la part du lion, mais l'agriculture n'y est pas oubliée (bœufs : 24 500 ; harnais :2 600 ; charrue : 740 ; charrette : 5 500), non plus que la décoration (vaisselle : 8 070 ; tapisserie : 3 122, cadres : 24 500) ... En revanche, le chauffage ne semble une véritable préoccupation ni au niveau des installations (poêles : 44 505), ni à celui des combustibles (bois : 1 200 ; charbon : 286) ; il est vrai que la période couverte ne compte que 10 mois, dont février est exclus. Quant à la chaux, j'ose espérer qu'il s'agit de celle dont on blanchit les murs, à l'exception d'autres macabres usages. Plus édifiante encore est la liste comptable pour la « gestion des subsistances » : tableau, page 222 (qui présente le détail mois par mois, non repris ici par souci d'allégement) : « LJ 1 Hébergement et entretien des internés - Subsistances (en francs)
Notons que cela représente un montant de l'ordre de 17 000 F par jour ; compte tenu des effectifs (page 254 : « Le Vernet accueillit les Italiens arrêtés à Paris le 10 juin [1940] (près de 2 000 selon les archives du camp) » ; page 368 : « Les effectifs approchèrent ainsi les 5 000 en juin 1940, et se stabilisèrent à plus de 3 000 jusqu'au printemps 1941. Une rapide décrue au printemps vit les effectifs chuter à moins de 2 000 avant une lente décrue jusqu'à 1 400 en avril 1942 »), ces chiffres sont cohérents avec les prévisions gouvernementales (page 192 : « ... l'État allouait une somme de 11F50 par tête et par jour pour l'alimentation des internés ... »). Là aussi, la répartition est notoirement déséquilibrée : les légumes l'emportant très largement (Fruits Docks : 642 490 ; Jourda Foix : 246 465 ; Lavigne : 2 237 135 ; Loze : 113 607 ; Palmer : 337 934 ; Poussy : 19 823), ainsi que les navets (Pailhès : 19 587 ; Rabet : 61 857 ; Salmer : 2 567) pour un total de 3 681 465 F (59,7 %). Le pain vient en second (8.9 %). Mais la viande (Cera : 8 225 ; Julié : 194 627 ; Lestel : 936 ; Piquemal : 103 080 ; Tatareau : 112 587) n'y pèse que pour 6.8 % et le poisson (Duhar : 255 369 ; Gaugiran : 133 217 ; Martin : 7 455) encore moins, avec 6,4 %. L'hypercholestérolémie ne devait pas sévir ! Encore faut-il être prudent à l'égard des deux dernières catégories : certaines rubriques (Barousse confitures : 1 000 ; Combes confitures : 1 047 ; Gabarre vin : 533 ; Mougué choucroute : 25 365 ; Nougine (?) chocolat : 884 ; Selberg lait : 971) laissent augurer que ce tableau agrège les « subsistances » des détenus et celles de leurs gardiens ... Certains postes demeurent chargés de mystère : si, page 225 : « ... Les lignes « gestion des subsistances » et « gestion Toulouse » renvoient à l'administration du Ravitaillement (peut-être deux appellations pour une même structure) ... », aucune indication ne permet de comprendre les rubriques « American Friends », « Coop. civile », « Coop. militaire », « Lamazère pdt », « Mériot pdt » et « Pailhès [...] pdt ». Pour ce qui est des trois derniers, on ne peut que remarquer qu'ils ont une consonance patronymique et espérer que « pdt » ne représente pas l'abréviation d'une quelconque présidence. Mais au delà de la comptabilité officielle : page 225 : « Cela ne pouvait aller sans traficotages de toutes sortes. L'importance des pénuries, le poids de l'administration et la situation même des personnes internées favorisaient un marché noir et autres trafics qui prirent une ampleur inégalée au point qu'on ne peut s'arrêter à la comptabilité officielle des camps pour appréhender l'impact économique d'un camp sur une région. [...] À Perpignan se trouvait le siège de la maison D., le principal grossiste en fruits et légumes de la région et le principal fournisseur de la plupart des camps de la bordure méditerranéenne et pyrénéenne. L'affaire éclata à l'été 1942. On sait que l'Inspection générale des camps avait diligenté une enquête administrative au camp de Gurs. Les grossistes D. (Perpignan) et P. (Lyon) auraient imposé l'achat de produits d'une utilité contestable et plus encore d'une qualité douteuse, l'ensemble des opérations en cause s'élevant à 2 382 547 F pour le compte de l'État et à 540 886 F pour celui de la coopérative du camp. Il s'avérait en outre que les maisons D. et P. avaient fondé une SARL en commun. Il n'y eut, semble-t-il, aucune suite, sinon que l'IGC conseilla au directeur du camp de Gurs de s'adresser à plusieurs fournisseurs. Dans la foulée, on apprend que par lettre en date du 25 août, le commissaire principal des RG à Perpignan, sollicité pour une enquête sur M. P., avançait que ce secrétaire-greffier à la préfecture pouvait effectivement être suspecté d'avoir favorisé l'adjudication des fruits et légumes des camps d'Argelès et de Rivesaltes au profit de la maison D. Il fallait surveiller l'affaire de près, concluait le commissaire, car ce secrétaire-greffier vivait grand train. Manifestement les preuves manquèrent puisque dans un rapport du 31 janvier 1945, l'IGSA concluait à la nécessité de lancer une information judiciaire pour en savoir davantage sur les activités de M. P. On n'a pas d'autre trace. En revanche, la même année, un contentieux opposa encore l'État à la maison D. ; celle-ci avait perçu deux fois le montant d'une fourniture de marmelade au camp de Récébédou pour un montant de 124 721 F, somme que l'entreprise remboursa finalement en novembre 1943. » Un dernier aspect de cette vision économique est que d'aucuns s'avisèrent que la population internée dans les camps constituait un substantiel réservoir de main-d'œuvre potentielle : page 360 : « Le 18 septembre 1941 un arrêté ministériel prévoyait qu'un haut fonctionnaire de l'administration préfectorale ou de l'administration centrale du ministère de l'Intérieur fût désigné comme Inspecteur général des camps et centres d'internement. Il avait pour mission « d'exercer une surveillance permanente et effective par des inspections sur place et par le dépouillement des rapports dressés par des fonctionnaires responsables sur le fonctionnement des camps, centres d'internement et groupements chargés de l'hébergement et de l'assistance des étrangers ; de proposer au SGP toutes mesures susceptibles d'assurer une meilleure gestion de ces formations, d'y organiser le travail [NdR : souligné par moi] et de sauvegarder la santé physique et morale du personnel de surveillance et des internés ou hébergés ; de rechercher les emplacements susceptibles de convenir à la création de nouveaux camps, centres d'internement ou centres d'hébergement [idem], surveiller leur aménagement ; de dégager les principes à suivre en matière de politique d'hébergement ou d'internement » » Ce chapitre fera l'objet d'un sixième (et probablement dernier) volet de cette série qui restera probablement sur la faim de son interrogation première, à savoir : comment s'expliquent le nombre et l'hétérogénéité de la répartition géographique des 240 camps recensés sur notre territoire ? A moins que les ressources de la communauté Come4News ne se soient pas encore pleinement exprimées ...
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