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Haïti : place à l’actualité heureuse ? |
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| 21-01-2010 08:56 - 2892 visites - Flux International - Ecrit par Jef Tombeur - Lire son flux RSS | |
Alors qu’on ne sait encore trop si la plus violente réplique
du séisme du 12 janvier dernier a fait, mercredi, de nouvelles victimes ou non
(en fait, au moins sept immeubles ont été détruits, en-dehors de
Port-au-Prince, selon les premières observations), la presse fait état de plus
en plus de « miraculés ». Les
survivants sauvés par les Haïtiennes et Haïtiens avec leurs mains nues ou des
outils de fortune sont de l’histoire ancienne. Place aux succès de « nos
gars » qui vont pouvoir faire preuve de leur efficacité à s’occuper de la
population. Dans les ruines de l’hôtel Montana, dans la nuit de mercredi à jeudi, on n’espérait plus vraiment retrouver des survivants. Mais les fouilles continuaient : il s’agit de localiser et faire parler le disque dur d’un ordinateur de l’hôtel pour faire le point sur la liste des résidents portés manquants. Pour les familles des disparus, on comprend que savoir si, oui ou non, leurs proches étaient bien à l’hôtel n’est absolument pas un détail. Mais heureusement, les équipes de sauveteurs se répartissent dans les quartiers touchés et elles ont trouvé, huit jours pleins après le séisme, de nouveaux survivants, dont des enfants. Il est parfois signalé que des habitants leur avaient glissé, au bout de manches d’outils ou comme ils le pouvaient, de l’eau, pourtant fort rare, fort chère. Mais les sauveteurs étrangers, et on les comprend, peuvent offrir aux caméras des visages un peu moins las, moins épuisés, lorsqu’ils racontent ces sauvetages réellement « miraculeux », au moins d’un point de vue statistique (on estime la résistance des incarcérés ainsi à 72 heures).
Autre bonne nouvelle, la clinique de chirurgie esthétique de Piéton-Ville a pu être réquisitionnée. Elle était exclusivement fréquentée par la bourgeoisie haïtienne et des blans (étrangers, au sens le plus large, qui englobe africains et asiatiques qui ne sont pas d’Haïti). La presse internationale relaie les déclarations du FMI qui a consenti à accorder un prêt à taux zéro. On ne sait quelles conditions lui sont assorties (contingentement des bas salaires ? pour les mesures de privatisation, il n’y a pratiquement plus rien à privatiser, si ce n’est la police…). Des têtes des unes des quotidiens, Haïti avait glissé vers les « ventres », puis les pieds de page. On peut penser que quelques spectaculaires et totalement inespérés sauvetages viendront encore remonter le sujet. Il se peut qu’un jour, dans des écoles de journalisme, les variations du traitement des grandes catastrophes seront quantifiées, histoire de fournir aux services des ventes des éléments pour moduler la ligne éditoriale…
En tout cas, pour le moment, c’est une toute autre perception de la population haïtienne dans son ensemble qui se fait jour. Aux mises en garde au sujet des pillages, aux explications portant sur la nécessaire présence de troupes armées pour escorter les sauveteurs et ceux qui distribue(ront) l’aide succèdent les témoignages moins alarmants. Ou du moins, plus rassurants quant à la sécurité des intervenants.
Timothy T. Schwartz est un anthropologue qui, après six
années à Haïti, s’est livré à une enquête de 15 mois auprès des habitants des
bidonvilles ou des cabanes des zones rurales, puis a vécu trois ans dans les
villages en tant que consultants pour des ONG, dont Initiative Développement ou
Care International. Il est aussi l’auteur de Fewer Men, More Babies: Sex, Family, and Fertility in Haiti, ouvrage
qui met en lumière l’influence de certaines missions chrétiennes aux prêches
pronatalistes mais surtout le fait que les enfants sont mis très jeunes aux
travaux agricoles, dès l’âge de cinq ans à six ans : les natalistes
trouvent un terreau fertile, les campagnes de planification familiale échouent.
La plupart des centres de soins catholiques ont été dirigés, à partir du milieu des années 1980, par des
laïcs prônant
Or, si toutes les institutions s’occupant d’enfants à Haïti ne sont pas de la même eau, on peut se demander qui fournit à CNN les divers contingents « d’orphelins » si bien nourris et si télégéniques.
Mais The Great American Spirit va encore faire des merveilles avec un « téléthon en mondiovision » présenté vendredi par George Clooney. « L’espoir pour Haïti maintenant ! », tel est l’intitulé de cette émission qui réunira une centaine de vedettes dont Bruce Springsteen, Coldplay, Sting, Stevie Wonder, Bono & The Edge… avec un duplex depuis Londres avec Rihanna.
Pour le moment, l’aide
alimentaire commence à être vraiment distribuée, y compris dans des localités durement
touchées extérieures à Port-au-Prince. Elle est indispensable parce que, ceux
qui n’ont pas du tout pu profiter du piyay
vont devoir payer le double, le triple des coûts d’avant le séisme, pour tous
les produits de première nécessité. Le quoditien suisse Le Matin rapporte les
propos d’un chauffeur de taxi qui
véhicule journalistes et intervenants au prix de 300 USD la journée : «
Je gagne beaucoup d'argent mais ça ne va
pas durer. Dans quelques jours, le monde aura oublié Haïti et il va falloir
épargner parce que pratiquement tous les Haïtiens ont perdu leur travail… ».
L'action de certaines ONG très en vue n'est pas forcément entièrement à rejeter, loin de là, et certaines, dont les bilans sont mitigées, ne sont pas forcément à bannir. On se souvient que dans son livre Équilibre : une faillite humanitaire (l'association fit l'objet d'une liquidation judiciaire), Michel Deprost a pu apporter un témoignage contrasté, nuancé. Voir à ce sujet « Haïti désespérée, désespérante, exaspérante ».
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