Même si l'on envisage que le soulèvement populaire en Égypte est spontané, une sorte de révolution populaire « pacifique »* née sur les réseaux sociaux d'Internet, il n'est pas absurde d'imaginer la récupération politique de l'évènement.
Tout d'abord, même si l'on peut s'enthousiasmer des manifestations contre le régime fort peu démocratique de Hosni Moubarak, il ne faut pas oublier qu'hier, jour de la grande « marche pour le départ », une autre manifestation se déroulait au même instant sur le thème « allégeance à Moubarak », rassemblement qui, selon les manifestants interrogés par les journalistes de la BBC, aurait attiré cinq fois plus de monde que la protestation contre Moubarak ! Ainsi, au Caire en tout cas, les pros Moubarak seraient majoritaires et la démocratie étant l'expression de la majorité, le régime devrait rester en place.
D'un autre côté, nous avons Hillary Clinton qui réclame le départ du raïs et demande la nomination du vice-président Omar Souleimane comme président d'un gouvernement de transition. Pourtant, Souleimane a affirmé qu'il ne briguait pas la présidence et, de plus, il est rejeté par les anti-Moubarak comme étant la représentation de ce dernier. En somme, cette solution propose de ne rien changer, si ce n'est l'homme a la tête de l'État et seules les apparences seraient sauves. Il est évident en effet que les États-Unis et leurs alliés israéliens veulent maintenir en Égypte un pouvoir qui, s'il n'est pas pro-israélien, n'en respecte pas moins le Traité de paix israélo-égyptien de 1979. Qui pourrait d'ailleurs leur reprocher de vouloir empêcher l'éventuelle apparition d'un gouvernement extrémiste qui remettrait sans doute le feu aux poudres ?
Puis il y a les Frères musulmans, principales forces d'opposition qui, bien que prétendant respecter une parfaite neutralité dans les événements actuels, est sans doute à l'origine des étoiles de David peintes sur les portraits de l'actuel président ! Le message est clair : Moubarak, Israël même combat.
Et enfin, il y a ce message qui a fait l'effet d'une douche froide et qui nous vient d'Iran. Le chef suprême religieux, Ali Khamenei, y a en effet affirmé que les révoltes populaires en Tunisie et en Égypte étaient un signal du réveil islamique dans le monde. L'ayatollah en a profité pour disqualifier les présidents tunisien et égyptien pour leurs liens avec l'Occident. « Les événements actuels », a poursuivi le chef religieux, « en Afrique du Nord, en Égypte, en Tunisie et dans d'autres pays ont une signification particulière à nos yeux et est un signal fort que les peuples envoient à leurs dirigeants les encourageants à transformer leur république laïque en puissance islamique. »
L'ayatollah a poursuivi en saluant le peuple égyptien au nom du gouvernement iranien, mettant en garde les Égyptiens contre tout compromis avec un dirigeant qui pourrait avoir l'aval des Occidentaux. « Ne vous laissez pas duper », a-t-il souligné, « ils vont essayer de remplacer un espion par un autre ! Surtout, n'acceptez rien d'autre qu'un régime populaire ayant foi en l'islam.»
Cependant, Rachad Bayoumi, porte-parole des Frères musulmans, a voulu se démarquer de ce message en affirmant que son groupe ne voulait pas que la contestation « soit présentée comme une révolution islamique ».
Comme on le voit, la situation est chaotique, et même si la vision romantique d'une révolution populaire spontanée peu plaire à certains, personnellement je doute d'une origine totalement spontanée et pense plutôt à une révolte plus ou moins téléguidée, sans que l'on puisse affirmer que ceux qui tireront finalement les marrons du feu soient les mêmes que ceux qui ont provoqué l'étincelle jetant les foules dans les rues.
Enfin, je n'exprime ici que mon opinion, je n'ai pas la science infuse, me trouve à des milliers de kilomètres de cette région et ne peut juger les événements que par ce que la presse veut bien nous en révéler.
Je pense que les prochaines semaines seront cruciales, nous verrons bien sur quoi tout cela va déboucher : le statu quo avec Moubarak ou un nouveau gouvernement pro-occidental, la naissance d'une Égypte islamiste ou une véritable accession égyptienne à la démocratie ?
*. Beaucoup évoquent des manifestations pacifistes parce que les manifestants ne seraient pas armés, pourtant des pierres, des coktails molotovs (même artisanaux), des bâtons, etc. sont considérés comme des armes et l'on dénombre déjà, selon l'ONU, 300 morts et des milliers de blessés, tandis que les journalistes sont eux aussi victimes de violences. D'après Reporters sans frontières : « Al-Jazeera est le média le plus ciblé "avec 3 reporters attaqués et 4 détenus", avant d'être libérés, et des bureaux détruits. Parmi les "nationalités les plus visées", figurent les Américains, avec 29 journalistes, puis les médias français (18) et polonais (9). Un journaliste égyptien, Ahmed Mohammed Mahmoud, du quotidien Al-Ahram, a été tué depuis le début des violences, 75 ont été "attaqués mais pas détenus", 72 ont été "détenus pendant au moins deux heures" et 7 n'ont pas donné de leurs nouvelles, selon le décompte actualisé "des exactions contre les journalistes et la presse depuis le début des violences.»
Il faut omettre également l'attaque à l'explosif contre un terminal gazier approvisionnant la Jordanie et Israël dans le Sinaï et l'incendie criminel d'une église, également dans le Sinaï.
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D'abord, vous devez prouver que les manifs pro-Moubarak ont réunis 5 fois plus de monde que la manif anti-Moubarak d'une source fiable. Pas d'une télé d'un pays qui souhaite fortement que Moubarak reste.
Ensuite, vous oubliez que le Caire ce n'est pas l'Egypte, les manifs se sont déroulées dans tout le pays et à part au Caire ou à Alesxandrie Moubarak ne peut pas se vanter d'avoir énormément de fans ailleurs.
Je sais que vous avez envie que Moubarak reste au pouvoir et que l'entité maléfique qu'on appelle Israel puisse survivre de l'impuissance et de la déchéance de ses voisins mais ce ne sera plus le cas à partir d'aujourd'hui. C'est une première étape qui conduira à l'affranchissement du Monde Musulman de la domination des Occidentaux qu'on le veuille ou pas
Je n'ai rien à prouver du tout, j'ai donné ma source, bien signalé que c'était d'après des manifestants interrogés par la BBC (on se doute que des manifestants vont prêcher pour leur propre chapelle).
Je n'oublie pas que le Caire n'est pas l'ensemble de l'Égypte, et c'est justement pour cela que je signalais : « ... au Caire en tout cas ».
Où avez-vous lu que j'avais envie que Moubarak reste au pouvoir ?
Dans un autre article, j'ai évoqué la possibilité que le départ de Moubarak puisse provoquer une nouvelle guerre israélo-arabe et je me suis demandé si dans un tel cas de figure il ne valait pas mieux conserver les choses en l'état ? C'était une éventualité, je n'exprimais pas un désir.
Vous, par contre, semblez appeler à la guerre contre Israël et les Occidentaux. Je ne puis partager votre point de vue, les guerres n'étant que l'expression de l'échec de notre race humaine, incapable de vivre avec elle-même.
Ne vous laissez pas aveugler par vos convictions, apprenez à écouter et surtout à lire l'autre.
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Vous dites que les pros Mubarek ont étaient cinq fois plus nombreux que les contres Mubarek,une information tout fait contraire à la réalité avec une simple regard sur la place Attahrir vous allez constater que se sont des centaines de milliers voir des millions qui proclament le départ de Mubarek, alors que les pros Mubarek ne dépassent pas quelques centaines de personnes qui se manifestent devant le siège de la télévision.On vous demande de corriger cet erreur.
Il n'y a pas d'erreur, je ne fais que rapporter fidèlement des propos recueillis en direct le 5 février par des journalistes de la BBC. S'il y a erreur, elle a été commise par les manifestants s'exprimant devant les micros et ce serait à eux de la corriger.