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Francophonie contre ou avec anglophonie ? |
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| 22-03-2010 01:30 - 2260 visites - Flux Tribune libre - Ecrit par Jef Tombeur - Lire son flux RSS | |
Polyglottes, si ce n’est
vraiment multilingues, ainsi pourrait-on souhaiter qu’une majorité des
Françaises et des Français deviennent. C’est mal parti : l’enseignement
des langues autres que l’anglais régresse. On peut donc comprendre les
réactions d’associations telle l’A.FR.AV (Association Francophonie avenir ou à
venir…) qui veulent bouter l’ « anglois » hors de
Vers le milieu des années 1970, lors d’un séjour au
Burkina-Faso, j’ai été surpris d’apprendre que plus de 90 langues étaient
pratiquées dans ce pays relativement peu peuplé. Ce pays francophone, ayant de
fait le français pour langue officielle, trois autres (mooré, dioula ou jula et
peul ou foulfudé) pour langues de diffusion vernaculaires ou radiophoniques
(avec une douzaine d’autres langues), n’en compte sans doute plus qu’une
soixantaine à présent. Mais cette cohabitation implique un réel multilinguisme
qui n’a rien d’élitiste, comme le soulignait Michel Guillou, titulaire de
Autre surprise,
dans le courant des années 1990, lorsqu’une condisciple bilingue (et sans doute
un peu davantage) anglais-français me confia que son séjour à Bordeaux l’avait
convaincue que les Girondins étaient foncièrement anglophobes. « Pas un dîner sans remarques et allusions à
la limite de la goujaterie à mon égard, » me confia-t-elle, exemples
probants à l’appui. La bourgeoisie de Bordeaux est pourtant réputée pour sa
maîtrise de l’anglais. Il y a d’ailleurs fort à parier que les anglicismes y
soient moins couramment employés qu’ailleurs. Me considérant anglophile et
encore angliciste (de formation, de par ma pratique de la traduction), je tente
de bannir tout anglicisme de mon expression orale ou écrite française,
louvoyant parfois (par exemple entre « stylisme » et « design »
selon le contexte). Ce qui ne me les fait pas tous bannir, et je ne verrais
guère d’inconvénient à ce qu’outré (« outrancier »)
reprenne, en français, le sens d’« extravagant » qu’il a en anglais
et qui devient moins courant en français.
C’est peut-être
pourquoi je ne m’offusque pas, à l’instar et à l’encontre de l’Association
Francophonie avenir, que Valérie Pécresse ait pu dire de l’anglais : « cessons de considérer, en France, cette
langue comme une langue étrangère ». L’acception « lointaine »,
« étrange », est tout à fait recevable, en français, pour « étrangère ».
Cette saillie, et quelques autres, a valu à la ministre de l’Enseignement
supérieur et de la Recherche, le Prix de la Carpette anglaise 2008 (que l’A.FR.AV)
qualifie de « prix d’incivilité
linguistique ». J’admets nonobstant
qu’elle ait poussé le bouchon un peu loin, faisant preuve pour autant d’une
attitude timorée : douter que les jeunes françaises et français ne
puissent maîtriser correctement le mandarin standard, préférer le British
Council aux Instituts Confucius, me paraît frileux.
J’approuve en
revanche sans réserve les propositions de cette association qui estime que « la liberté, c’est d’avoir le choix (…) la
langue française doit, à son niveau, et avec d’autres langues, contribuer à ce
qu’il y ait toujours le choix, dans la communication internationale, de pouvoir
s’exprimer autrement qu’en anglais. ».
Il semble
paradoxal de constater que l’université de Médecine-Pharmacie-Dentaire de
Cluj-Napoca (dispense des cours en
français depuis 2000. D’autres enseignements en français, essentiellement dans
les domaines de l’économie et la gestion ou les sciences de l’Ingénieur, sont
dispensés en Roumanie mais aussi à Sofia (Bulgarie). Diverses matières sont
aussi enseignées à Cluj en allemand et hongrois (langues pratiquées
localement). Mais aussi en anglais. De même, les élèves du secondaire des grandes
villes roumaines bénéficient du choix : les lycées « français »
ou « anglais » (mais aussi « allemands » et « hongrois »)
sont largement répandus, et diverses langues (espagnol, italien) y sont
enseignées en complément.
En
Wallonie-Bruxelles, l’anglais est couramment pratiqué, ce qui n’empêche
nullement l’allemand d’être très souvent compris et parlé, voire maîtrisé, par
de nombreux francophones. La situation est différente en Scandinavie ou Islande
et dans les Pays Baltes où, selon les pays, l’anglais est pratiqué dès les âges
de sept à onze ans. L’offre suscite la demande en matière d’acquisition des
langues. Le choix de l’anglais enseigné dans le primaire en France répondrait-il
à un choix vraiment raisonné ou à de simples motivations budgétaires ? La
question peut être posée : opterait-on en France pour le modèle
scandinavo-balte faute de mieux ? Ce en dépit d’un multilinguisme qui s’affirme
être plus résolument porteur d’avenir que le tout-anglais, modèle qui fut
apparemment dominant mais qui, du fait de la mondialisation, commence à
régresser.
Si des choix
budgétaires draconiens étaient imposées, non pas du fait du train de vie de
tout l’État mais de ses « élites » ou de ses représentants élus et de
leurs affidés, d’autres choix ne faciliteraient-ils pas l’apprentissage plus
généralisé et diversifié des langues ? L’espagnol ou l’italien, voire d’autres
langues romanes, n’offriraient-elles pas des alternatives plus judicieuses du
fait de leur proximité linguistique ? En matière d’enseignement des
langues, ne revient-il pas aux entreprises bénéficiant le plus des
apprentissages, de ne pas tout demander au budget de l’État ? Pour le
secteur touristique réceptionnaire français, les zones de provenance sont
encore dominées par les îles britanniques, mais les pays germanophones et l’Italie
suivent de très près. Le tout-anglais n’est certes pas un facteur de
fidélisation des touristes germanophones et italophones. Le secteur financier gagnerait sans doute à ne
pas (ou plus), à l’heure où le yuan est en passe de devenir une monnaie d’échange
internationale, négliger le mandarin standard. Il serait bon aussi de ne pas
considérer que l’anglais soit devenu la lingua
franca des pays de la CEI, quoi qu’on puisse se l’imaginer encore…
Tant Alexandre Wolff, responsable de l'observatoire de la langue française au sein de l'Organisation Internationale de la Francophonie (0IF), que le secrétaire général de l’OIF, Abou Diouf, ont relevé, dans des entretiens récents (Le Parisien, 19 et 20 mars 2010), que le français regagnait du terrain – même si son usage régresse dans les assemblées internationales – et que le plurilinguisme et le pluriculturalisme façonnent déjà le monde actuel. Le tout-anglais est une impasse pour les décennies à venir. Cela ne doit pas conduire à négliger cette langue et les cultures anglophones, mais il n’est plus de mise de se focaliser sur le seul enseignement de l’anglais.
P.-S. – Dans un pli adressé à l'ensemble des électrices et électeurs d'Île-de-France, l'A.FR.AV avait inséré une lettre ouverte intitulée « Merci de ne pas voter pour Valérie Pécresse, l'anglomane ». La campagne électorale étant close quand nous en avons pris connaissance, nous avons attendu la clôture des bureaux électoraux pour en faire état.
Commentaires (8)
libertinus a dit:
Dominique Dutilloy a dit:
Dominique Dutilloy a dit:
AgnesB a dit:
Jef Tombeur a dit:
nadoo a dit:
Jef Tombeur a dit:
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