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Faut-il débaptiser les rues évoquant le commerce du « bois d’ébène » ? |
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| 27-08-2009 16:31 - 2223 visites - Flux Société, Education - Ecrit par Jef Tombeur - Lire son flux RSS | |
Les négriers de Bretagne, France et Navarre (et sans doute aussi du Pays basque et de Corse) doivent-ils être couverts d’opprobre posthume et les noms de voies portant leur patronyme dénommées autrement ? Telle est la proposition de DiversCités (Fondation européenne du Mémorial de la Traite des Noirs). Franchement, cela se discute… Sereinement.
Dans Siné Hebdo, l’ami Étienne Liebig tient une rubrique signalant les noms de voies portant les patronymes de personnages tristement célèbres pour leurs menées réactionnaires ou de répression des insurrections et mouvements populaires.
Portant le patronyme d’un ancien cardinal belge, d’un moine augustin (Nicolas le Tombeur), et d’un général-baron qualifié de « sbire de Léopold II et boucher du Congo belge », je n’en oublie pas moins que c’est à Charles de Tombeur, avocat, que l’on doit l’inspiration du titre de
« Ce type est drôle comme un militaire chamarré de scansions et de rubans, de métrique et de médailles ; il annonçait même les orateurs célèbres Il est certes bien des Négrier qui n’ont pas été des sabreurs de défenseurs de barricades et qui mériteraient bien d’être mis à l’honneur par une quelconque voie, un lieu-dit, un nom de maternelle, une dénomination de mille-club ou de salle de fêtes.
Débaptiser une rue, comme le proposaient, pour
Qu’on débaptise symboliquement, comme à Grenoble et ailleurs, une rue Thiers pour On peut aussi laisser régner le flou. Ainsi DiversCités propose de débaptiser la Rochelaise rue Archambault. Ainsi faire pour la rebaptiser aussitôt Archambault au profit de la mémoire du général L’Admirault († 1898), bien trop jeune pour se livrer au « commerce du bois d’ébène », mais assez mûr pour réduire les tribus de la région de Laghouat et Tajrouna et du Mizab (Algérie), est-ce bien raisonnable ? Admirault, gouverneur militaire de Paris, censeur de la presse, suppôt des hobereaux, des jésuites et des « faux libertaires », ainsi célébré ? Ou encore Jean Admirault, « procureur fiscal de la seigneurie de Bourgueil » ? Bien douteux. Voire suspect. C’est pourquoi, à défaut de présenter un Admirault convenable, je suggère d’en inventer un. Un « Admirault (dépendeuse d’andouilles) », par exemple. Cette vénérable profession ne vaut-elle pas d’être ainsi louée ? Gardons-nous de préciser si l’andouille en question est de Vire, de Guéménée (dont l’impasse parisienne célèbre la saveur, à moins qu’il ne s’agisse de la mémoire de Louis-René de Rohan-Guéménée, ou de tout autre). Il en est de, d’halales et même de végétaliennes, de kochères (comme certaines portes, disait-on jadis cavalièrement). Restons évasifs, laissons la clef des champs entrouvrir la porte des laudes et autres chants à la mémoire des andouilles et de celles et ceux en dépendant. Les voies incriminées par DiversCités sont les suivantes, sans doute dans un premier temps (car d’autres auront pu échapper à la sagacité de ses investigations). Bordeaux : rues Baour ; Bethman ; Bonnafé ; Colbert ; Desse ; Fonfréde ; Saige ; David Gradis ; Daniel Guestier ; Gramont ; de la Béchade, Émile Pareire, de Kater ; Thérésia Cabarrus ; places Mareilhac ; Lainé ; Ravezies ; John Lewis Brown ; Johnston ; passages Sarget ; Féger ; Cours Balguerie ; Portal ; Journu-Auber… Nantes: rues Grou, Leroy, Colbert ; Fosse ; Berthelot ; Terrien ; impasse Baudoin ; chemin Bernier ; avenues Bourgaud-Ducoudray ; Guillon ; Millet… La Rochelle : avenue Belin ; square Rasteau ; rues Admirault ; Fleuriau ; Giraudeau… Le Havre : rues Masurier ; Begouen ; Boulongne ; Eyrier ; Lecouvreur ; Massieu… Ajoutons que Saint-Malo (Baude, Bidault, Beaugeard, Bougis, Briand Des Huppies, Chateaubriand, Desjardins, Grandclos-Meslé, Harcouet,, Lahoussaye, De Lamenais, Du Lupin Robiou, Duval, Eon De Carman, Girard-Dudemaine, La Fontaine, Le Bonhomme, La Motte, Magon, Pottier, Quentin, Surcouf, Villegile) n’est pas plus oubliée que d’autres localités. Ainsi Rochefort, Dunkerque, Honfleur et Marseille. Cette dernière comporte une voie baptisée Poulard qui est aussi amèrement incriminée. Lyon a sa mère, Marseille a la Méditerranée, celui ne lui suffisait-il donc point ?
Pour Trenta y quatro Una, Trenta y quatro Grande, Trenta y Quatro Libre… Au fait, comment traduit-on 995 en géorgien ? Et j’imagine que pour la Transnistrie, l’Abkhazie et l’Ossétie, il y a sursis à statuer. Et quel numéro attribuer au Barzaz Breiz ? Qu’on ne se méprenne pas, je ne suis pas partisan du statut quo à tout prix. Au nom de Staline, pour une voie, je préfèrerais bien volontiers un nom de bal populaire (peut-être pas Gégène, qui évoque d’autres musiques… électriques), de fête foraine (rue Neuneu, par exemple), ou de conquérante de l’espace (Laïka, pour n’en nommer qu’une). Je veux bien d’ailleurs en débattre lors d’un colloque international, voire interplanétaire, par exemple au siège de l’association Crazy Dance Country de Vendargues, euh, de 347740, rue Boby Lapointe (hmm… quel était déjà son numéro de sociétaire de la Sacem ?). Et même à 03204 (bientôt anciennement Vichy), rue des Bananes (s’il en était, de régime ou autre). C’est dire.
Et tout cela étant ce qu'il est, avec son poids d'inconvénients pour les riverains de telle ou telle voie à la dénomination incriminée par telle ou telle association, au-delà de l'initiative médiatique, il faut saluer les orientations de DiversCités. On consultera avec profit sa page intitulée « Les Enjeux ». Le travail salarié, le pillage des ressources naturelles, la paupérisation des producteurs au profit d'intermédiaires sont abordées en relation avec l'esclavagisme. Rappels salutaires.
Je relève toutefois que DiversCités s'est bien gardée d'interpeller les élus bastiais ou Javier Losada, maire de La Corogne (Galice), élu du Parti socialiste espagnol – PSOE – qui a eu l'audace de dédier quatre rues de sa ville à la Révolution française et à Napoléon Bonaparte. C'était le 11 juillet 2009. On commémore chaque année à La Corogne la victoire du maréchal Soult contre le commandant en chef des troupes britanniques, Sir John Moore, mais je doute qu'on y fête la mémoire de celui qui ordonna le rétablissement de l'esclavage. Est-ce vraiment, à Belfort, le Thiers massacreur de la Commune de Paris (laquelle a depuis sa place au centre de la préfecture du Territoire), qui est remémoré ? N'est-ce pas plutôt celui qui eut l'habileté de faire valoir à Otto von Bismarck qu'il serait politiquement maladroit d'annexer la ville qui tint si fortement tête aux troupes prussiennes ? Je ne sais quel Mengaud est honoré à Toulouse… S'agit-il bien du général belfortain et républicain qui n'adhéra pas ou fort peu au bonapartisme ? Allez savoir…
Ce qui serait déplorable, c'est que les buts et objectifs de cette Fondation du mémorial de la traite des Noirs finissent par se résumer, dans l'esprit du public le plus large, à une anecdotique démarche relative à la nomenclature des voies de diverses localités. Et on se posera, à cette occasion, la question de la médiatisation des actions militantes. Vaste débat.
Commentaires (6)
Jef Tombeur a dit:
Jiminix a dit:diamanta a dit:
Jef Tombeur a dit:
Northlandnews a dit:Ecrivez un commentaire
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