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Eurozone : rabibochage avec l’Angleterre ? |
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| 19-12-2011 16:13 - 1117 visites - Flux Economie, finance - Ecrit par Jef Tombeur - Lire son flux RSS | |
Parlons plutôt de l’Angleterre que du Royaume-Uni,
tant, à terme, l’Écosse pourrait s’en distancier encore davantage… Le ministre
allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, prenant à contrepied les
récentes déclarations françaises, a délivré un vibrant discours anglophile à Londres,
tandis que les ministres européens des Finances tentaient de s’accorder à
Bruxelles. Son homologue britannique, William Hague, en rosissait d’aise. Ce n’est
pas que l’Allemagne « lâche » la France, mais qu’elle affirme renoncer
à trop ébranler la City, le Square Mile de la finance européenne… Lequel, comme les banques européennes, n'a pas que la Grèce, mais aussi les pays de l'est, sur les bras.
Il en est certainement un autre, interne, celui de la commission Vickers et de la Financial Services Authority qui donne aux banquiers au moins huit ans pour scinder leurs activités d’établissements de dépôt et de banques d’affaires. Cela semble convenir à l’Allemagne, qui en appelle à la cohésion européenne. « Pour l’Allemagne, le Royaume-Uni est un partenaire indispensable… ». C’est à 27, voire à
28, avec la Croatie que l’Allemagne envisage le destin commun. D’accord, mais pour quoi faire dans l’immédiat ? Sauvez l’euro ou sauver l’Europe ? Les deux ? Fetchez la vache Eh oui, le château des Français ne renferme pas de Saint-Graal. Car pour Boris, contrairement à ce qu’affirme Guido (Westerwelle), « les Allemands ne sont ni désireux ni capables d’aider d’autres pays pour faire face à l’agonie de l’euro… ». La prolonger, peut-être. Avec l’apport de sonnantes livres sterling au FMI ? Dans le même Telegraph, moins de 9 % de ses lecteurs ou visiteurs sont favorables au versement d’une contribution de 30,9 millions d’euros au FMI, contre plus de 70 % farouchement opposés (« Non, pas même un penny »), le reste se réfugiant dans l’attentisme ou plaidant pour concéder une bien moindre somme… Allez, 80 % des Britanniques (ou plutôt des Anglais) vont, ce lundi soir, approuver Cameron et Osborne : pas une livre, pas une guinée, pas un fiver, pas un seul penny pour l'Eurozone. Alors, Westwelle peut bien raconter ses vacances en camping en Angleterre dans les années 1970 et ses émotions anglophiles, les faits sont têtus. Les vacheries ne vont guère cesser… Car les mauvaises nouvelles s’accumulent. La prochaine Grèce, c’est la Hongrie, qui, malgré ou à cause du forint, la devise hongroise, a un besoin urgent de 12 milliards d’euros. La Roumanie est aussi encore sous transfusion du FMI, la Bulgarie profite… de la fuite des Grecs qui s’installent à sa frontière méridionale pour profiter d’un coût de la vie moins cher, et sans doute d’une saisie bancaire de leurs impôts. En Europe centrale, les banques occidentales (et grecques, si) contrôlent 80 % des fonds disponibles. Elles ont injecté 139 milliards, concédé des crédits aux particuliers à tout va, remboursables en euros, ou via des saisies immobilières ou d’automobiles. Leurs agences s’alignent à tout-touche dans les artères des grandes villes, leurs tours, celles de la SocGen, de Raiffeisen, d’UniCredit, d’Intensa SanPaolo, voire d’Emporiki ou Pireaus, dominent les dômes et les clochers des cathédrales. Mario Draghi (BCE) admet ce jour à Bruxelles que la zone euro peut se scinder, mais, au-delà, c’est bien l’Union européenne qui peut flancher. La Roumanie, qui n’a reçu que 5,4 Md€ du FMI, risque de devoir encore tendre la sébile. La réalité, c’est que ni le Fonds monétaire international, ni l’ECB-BCE ne peuvent faire face… Les sanctions, fort bien. Là, c’est la banque centrale irlandaise qui inflige 3,35 M€ à une société d’assurance, Combined Insurance Co. Les mutuelles et les caisses privées de retraites irlandaises se sont aussi livrées aux joies de la roulette au casino… Vont-elles pouvoir tenir ? Bon, Draghi n’a pas de doute : l’euro restera solide et « irréversible ». Croisons les doigts…
Quand lira-t-on dans Le Monde ou Libération ce que Laury Penny écrit ce lundi dans The Independent ? « Pour ma génération, celle sans mémoire d'une alternative politique au capitalisme débridé, les questions ne sont plus de savoir si nous pourrons faire des emprunts immobiliers, trouver un emploi stable assorti d'une retraite, ou nous soigner (...). Nous savons déjà les réponses (...). La seule question subsistant, c'est allons-nous laisser faire cela ? ». Laury Penny réagit sur la récente couverture de Times Magazine qui a désigné le protestataire pour 2011 : personnage de l'année, l'Indigné. Histoire de mieux l'évacuer ? L'espoir, ce n'est pas seulement d'élire un président, poursuit-elle, en se référant à Obama. L'espoir, « c'est une arme pour forcer votre progression vers un devenir vivable. ». Jamais je n'aurais imaginé que, dans l'Independent, Ulrike Meinhof, journaliste devenue combattante de la la Fraction armée rouge (Rott Armee Fraktion), serait citée autrement que pour condamner ses thèses. Dany « le Rouge » Cohn-Bendit ne suffit plus, on en vient à se référer à Rudy Dutschke. Je ne pensais revoir cela de mon vivant. Pour Mario Draghi, « on » n'a pas le choix : l'austérité créera de la récession, mais c'est inévitable. Pour y faire face, il faut aussi « de la cohésion entre les citoyens et les gouvernements. ». Sarkozy fouette plus fort, Hollande ne lave pas la finance plus blanc, optez pour le plus méchant ? Cela donne plutôt envie d'en larguer quelques-uns avec un parachute doré uniquement sur la tranche et de larges trous dans la voilure pour en vêtir d'autres. Un message clair de cohésion aurait été de dire que la BCE continuera de prêter aux seules banques qui gèleront les dividendes versés, supprimeront les primes aux dirigeants, et cesseront de jouer avec l'argent des épargnants comme au casino. On peut toujours attendre… Ah, les traités ne permettent sans doute pas de choisir à qui on prête ? Bel argument. Mais voila Draghi qui nous la joue social : « Les jeunes gagnent moins qu'il y a dix ou quinze ans. ». Mais enfin, pas du tout : les jeunes pauvres, seulement. Ou les jeunes ingénieurs, techniciens, fonctionnaires… quand ils arrivent à transformer des stages… En tout cas, il ne faut pas compter sur l'Angleterre pour aider le FMI ou la BCE. Sur le 38,7 milliards de livres consentis déjà au FMI, près de 30 sont dégagés engagés à l'international. Reste 9, alors que Bruxelles en demande 25. It's a No! Certes, George Osborne n'a pas définitivement claqué la porte, il veut bien faire un effort pour le FMI, mais surtout pas pour que tout soit fait pour sauver l'euro. Le considère-t-il lui aussi condamné à très court ou court ou moyen terme ? Petit espoir, son homologue suédois, Anders Borg (la Suède a conservé sa devise, la couronne), estime qu'un accord est en vue. On nous l'a déjà faite. L'accord peut se faire, mais sur quel montant ? Les Tchèques rechignent à abonder (on leur demande le dixième de leurs réserves en devises). Le Danemark serait le seul pays à s'engager sur la somme initialement envisagée (5,4 Md€). Et cela ne s'arrange pas. Saab, le constructeur automobile, vient de se déclarer en faillite. Ce ne sont plus seulement les Grecs qui retirent des fonds de leurs banques, mais à présent aussi les Italiens et les Portugais, rapporte le Wall Street Journal. D'autres achètent ou envisagent de faire construire hors de la zone euro… Quant au délai (2015 pour certaines mesures, 2019) pour que les banques britanniques se réforment, il est jugé trop long. La New Economics Foundation craint que les groupes de pression bancaires influeront pour remettre en cause les dispositions tandis que diverses banques pourraient encore faire faillite, ou frapper à la porte du Trésor britannique. « Le public risque d'en pâtir dans l'éventualité accrue d'un nouveau crash financier, » indique Tony Greenham, de la NEF. Ce n'est guère mieux en France où les banques considèrent que les garanties données aux épargnants (qui sont plafonnées) suffisent, et qu'il n'est pas question de séparer leurs activités. En fait, si tout le monde avait suivi le mot d'ordre de Cantona, soit les banques auraient refusé les retraits, soit elles seraient toutes en faillite. La tentation du chacun pour soi n'est pas enrayée. Pour les dirigeants des banques, c'est encore et toujours : nos profits d'abord. En contradiction croissante avec les intérêts de ceux qui les font vivre. Mais bien sûr, il ne faut pas raisonner comme cela : ce n'est pas le travail des ouvriers qui permet aux dirigeants de faire des profits, ce sont les profits des patrons qui créent les emplois, bien sûr. Et plus les banquiers font de profits, plus leurs clients en profitent, bien sûr. Dure semaine, écrivais-je hier sur Come4News (« Eurozone : vers la débandade ? »). Elle s'annonce encore plus coriace à passer, dans l'attente que le triple A chute, entraînant d'autres dégradations des notes d'autres pays, comme l'a prédit Draghi. Question de semaines, disait Dominique Strauss-Kahn en Chine, dimanche. Ou de jours… Parce qu'en fait, que se passe-t-il ?
Commentaires (4)
Jef Tombeur a dit:
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Il n’y a pas de « calendrier » européen secret
visant la City, a déclaré à Londres le ministre allemand des Affaires
étrangères.
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