La mobilisation contre le fichier Edvige commence à porter ses fruits.
L’UMP a pourtant d’abord tenté de faire le
gros dos. Ce furent pour commencer les déclarations mensongères de Frédéric
Lefebvre, son porte-parole, qui ne trompent personne. Xavier Bertrand,
ministre du Travail et chouchou de Nicolas Sarkozy, lui emboîta le pas,
prétendant lui aussi que des garanties existaient (lesquelles ?),
mettant en avant la validation par la Commission nationale informatique
& libertés - mais oubliant que le décret n’avait pas tenu compte de
ses réserves - et acheva de discréditer sa défense par cette phrase
stupéfiante : "Et au fait sur Internet, vous n’avez pas des tonnes d’informations sur
nombre de responsables qui ne sont absolument pas vérifiées, absolument pas contrôlées ?"
Il met ainsi sur le même plan une entité multiple et vague, Internet,
où chacun s’exprime dans les limites de la loi, et un fichier entre les
mains de la police. Comme si une allégation mensongère publiée sur un
blog lambda - et susceptible de contrôle par le biais de la saisie de
la justice, rappelons-le à ceux qui croient avec Bertrand qu’on écrit
ce qu’on veut sur le Net ! - avait le même poids que des renseignements
collectés très officiellement par les services de l’État : tout
simplement ridicule !
Puis Claude Guéant s’en est mêlé : "C’est
finalement la régularisation d’un fichier qui existe depuis très
longtemps, puisqu’il a été créé sous un gouvernement socialiste",
a tenté de botter dans le camp adverse le secrétaire général de
l’Élysée. Il fait allusion à l’ancien fichier des Renseignements
généraux, créé par deux décrets du gouvernement Rocard en 1990, retirés
devant le tollé général - ils autorisaient de consigner les "origines raciales"
et les opinions politiques, religieuses ou philosophiques de
personnalités issues du monde politique, syndical ou associatif. Le
gouvernement Cresson promulguera ensuite deux nouveaux décrets,
supprimant la dimension ethnique et remplaçant les "opinions" par les "activités" politiques ou religieuses de celles et ceux qui jouent "un rôle politique, économique et social significatif" ou "ayant sollicité, exercé ou exerçant"
un mandat public. Il y a donc des parentés certaines, mais jamais il ne
fut question de renseignements concernant la santé et les orientations
sexuelles des individus, ni de les ficher dès 13 ans. Prétendre ainsi
qu’Edvige ne contiendra que les mêmes informations jusqu’alors
autorisées dans le fichier des RG est donc faux, puisque l’on va beaucoup plus loin.
Vint ensuite l’appel au calme du Premier ministre François Fillon, après la mise en cause du fichier samedi par le ministre de la Défense Hervé Morin. Fillon a déclaré : "Je pense qu’il n’est pas nécessaire de créer des suspicions là où elles n’existent pas".
Très gonflé, pour ne pas dire plus : douze recours devant le Conseil
d’État et plus de 110 000 signatures de citoyens illustrent à quel
point les suspicions - aimable euphémisme - existent bel et bien !
Fillon espérait-il siffler la fin de la récréation ? Raté : Rama Yade,
secrétaire d’État aux droits de l’Homme, avoue à son tour "des doutes" sur le fichier, qui nécessite selon elle "des clarifications" qu’elle attend de la part du Conseil d’État.
On
eut donc droit de la part de la majorité, pour résumer l’ensemble, à un
festival de mensonges, de mauvaise foi et de cacophonie. Jusqu’à ce que
Michèle Alliot Marie, qui s’était contentée de
renvoyer Morin dans les cordes, prétendant qu’elle l’aurait rassuré
s’il lui avait téléphoné, change radicalement d’attitude. Elle commence
ainsi par déclarer, hier à la mi-journée : "J’ai entendu que la Cnil est
inquiète non pas sur le fait que des mineurs puissent se retrouver sur
des éléments de renseignement mais sur le fait qu’après leur majorité,
si rien ne s’est passé, cette indication demeure. Ce que je pense c’est qu’on peut limiter le temps pendant lequel les indications sont maintenues dans le fichier". La ministre de l’Intérieur a l’ouïe fine : ce qu’elle dit avoir entendu de la part de la Cnil remonte en fait au... 2 juillet, lorsque l’organisation avait publié un communiqué réclamant que "le droit de changer, le droit à l’oubli, doivent être assurés pour tous, y compris pour les citoyens de demain".
Du 2 juillet au 9 septembre : il en aura fallu du temps pour que cette
histoire vienne aux oreilles d’Alliot-Marie ! Mais la preuve est là que
le Pouvoir accepte désormais de modifier certains des éléments du
décret instituant Edvige. Invitée le soir au 20 heures de TF1, elle a enfin tenté de rassurer son monde : "Il n’est pas question d’avoir dans ce fichier des indications individuelles sur les orientations sexuelles et sur les maladies", affirme-telle. Laurence Ferrari l’interroge alors : "Ça a été abandonné donc ?" Et MAM de tranquillement répondre : "Mais ça n’a pas été abandonné, cela n’a jamais existé !" Comme le relève le blogueur Richard Trois dans son billet, "un mensonge, plus c’est gros, mieux ça passe" : que dit en effet exactement le texte du décret ? "Le
traitement peut enregistrer des données à caractère personnel de la
nature de celles mentionnées à l’article 8 de la loi du 6 janvier 1978
susvisée.", qui sont précisément "les origines raciales ou ethniques ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle".
Au-delà de cet énorme mensonge, la ministre a annoncé
qu’elle allait engager la concertation par exemple avec le président de
la Ligue des droits de l’Homme, très opposé à Edvige. Le Pouvoir
commence à reculer. Il aura fallu deux mois d’indignation citoyenne,
amplifiée en cette rentrée par les médias. Continuons à se mobiliser,
puisque ça paye. Non à Edvige ! Après, on s’attaquera à Cristina...