Sous le prénom vieilli d’EDVIGE, la nouvelle surenchère
gouvernementale d’espionnage, de surveillance et de fichage des
citoyens : le fichier Exploitation Documentaire et Valorisation de
l’Information GEnérale a pour but de "centraliser et d’analyser les
informations relatives aux personnes physiques ou morales ayant
sollicité ou exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif...", "de
centraliser et d’analyser les informations relatives aux individus,
groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur
activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l’ordre public ;
de permettre aux services de police d’exécuter les enquêtes
administratives qui leur sont confiées en vertu des lois et règlements,
pour déterminer si le comportement des personnes physiques ou morales
intéressées est compatible avec l’exercice des fonctions ou des
missions envisagées." Cerise sur le gâteau, l’article 2 de ce décret précise que pourront être ainsi fichées "les personnes physiques âgées de treize ans et plus". Réactions.
"Le nouveau fichier, dit EDVIGE, mélange les personnes considérées par un policier comme "susceptibles de porter atteinte à l’ordre public"
avec les militants associatifs, syndicaux ou politiques et en général
tout citoyen sur lequel le gouvernement souhaite en savoir davantage", tempête la Ligue des droits de l’Homme : "il
ne s’agit plus (...) de ficher les auteurs d’infractions constatées,
mais, comme pour la rétention de sûreté, de cibler ceux que l’on
étiquette d’avance comme de futurs délinquants hypothétiques. Le
soupçon préventif suffit à justifier le fichage. Et il y a pire :
désormais vont pouvoir être eux aussi "tracés" comme futurs délinquants
présumés les enfants, dès l’âge de treize ans, que les policiers
considèrent comme potentiellement dangereux." La LDH juge "ce niveau de surveillance des citoyens, généralisée parfois, discriminatoire souvent, comme incompatible avec l’état de droit", pas moins. La CGT n’est pas moins scandalisée, dénonçant "une démarche portant atteinte aux libertés individuelles et collectives". Le SNPES-FSU, principal syndicat de la protection judiciaire de la jeunesse, s’alarme pour sa part du fait que "sans
qu’aucune infraction ne soit commise, des mineurs dès 13 ans seront
fichés en raison de leur "activité" individuelle ou collective, sans
aucune définition ni encadrement juridique de cette activité". Et c’est vrai que la mention "susceptible de porter atteinte à l’ordre public", tellement vague, ouvre la porte en grand à tous les arbitraires ! Le syndicat poursuit en avertissant qu’avec EDVIGE, c’est "la répression de l’action politique et syndicale et sa pénalisation éventuelle qui s’organisent" : "toute
personne présentant un risque de contestation de l’ordre établi, par
son activité organisée (syndicaliste) ou par sa position d’adolescent
prompt à agir en dehors des chemins balisés est possiblement un
délinquant et doit être repérée et fichée".
Le président de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), Alex Türk, est lui aussi très critique : "Nous
pensions qu’il était plus raisonnable d’en rester à l’âge de 16 ans et
nous n’avons pas été suivis sur ce point. Si on n’y prend pas garde, un
jour ou l’autre on nous expliquera qu’il faut descendre jusqu’à l’âge
de 10 ans !" Mais à quoi donc la CNIL sert-elle
aujourd’hui ? A limiter un peu les dégâts : dans le projet d’origine
était prévue notamment la possibilité pour les personnalités (élus,
directeurs de grande société), de "les suivre concernant les données touchant à leur vie sexuelle ou à leur santé"."Nous avons obtenu que ce soit limité à des cas exceptionnels qui seront sous contrôle de la CNIL", respire-t-il. Mais c’est encore trop ! Dans quel pays vivons-nous ? Bienvenue en Sarkozie...
Ce gouvernement est antisocial. Il s’expose de ce fait
à une résistance citoyenne sous la forme de mouvements sociaux. Le
flicage généralisé qu’il souhaite mettre en place, indigne d’une
démocratie, est la première étape vers la répression
généralisée de toute contestation. L’Union syndicale Solidaires ne dit pas autre chose : "Après
un arsenal de lois liberticides, prévention de la délinquance, peines
planchers, rétention de sûreté, lois sur l’immigration..., après un
train de réformes anti-sociales (retraites, protection sociale, chasse
aux chômeurs...), le gouvernement se dote clairement de l’outil de
contrôle et de dissuasion des éventuelles résistances à ces mesures. En
fichant les individus susceptibles de porter atteinte à l’ordre public
(donc nul besoin de fait avéré, la suspicion suffit) à partir de treize
ans, le gouvernement choisi une nouvelle fois la réponse sécuritaire à
une dégradation générale de la situation sociale et aux résistances
collectives. L’Union syndicale Solidaires refuse la mise en place d’un
tel outil qui constitue un pas de plus vers une organisation
totalitaire de la société et prendra part à toutes les initiatives
unitaires en ce sens."
Nous aussi.