Et justement : si les dominos se mettent à
tomber, nous sommes impatient que les juges s’intéressent au cas
d’Arnaud Lagardère, dont nous résumions le rôle dans un billet du 30 mai 2007 :
"J’ai le choix entre passer pour malhonnête ou pour incompétent", avait déclaré il y a un an Arnaud Lagardère, lorsqu’avaient émergé les soupçons de délit d’initiés, liés à la revente de ses actions EADS pour
un bénéfice de deux milliards d’euros. Il soutenait alors la deuxième
version, jurant ses grands dieux qu’il n’avait pas eu connaissance, au
moment d’empocher ce juteux pécule, des difficultés traversées par
Airbus (filiale d’EADS). Patatras ! Le quotidien La Tribune, "dont la spécialité n’est pas l’agitation anticapitaliste", comme ironise Claude Cabannes, rédacteur en chef de L’Humanité, a sorti hier cette information capitale : un document interne alertait les dirigeants d’EADS dès
le 6 mars à propos des retards de livraison prévus pour les appareils
A380, et ces mêmes dirigeants se sont rencontrés le lendemain. Ils
prétendent n’avoir pas mentionné cette affaire. De quoi auraient-ils
parlé, alors ? De la cuisson des croque-monsieurs, comme croit le savoir Sébastien Fontenelle ? Non mais de qui se moque-t-on ? Ce même jour, Noël Forgeard, à l’époque co-président exécutif d’EADS, imité par 85% des dirigeants, fait signer par le directeur financier l’autorisation de vendre ses stock-options.
Lagardère et Daimler vendent à leur tour deux semaines plus tard. Mais
sans rien savoir des retards de l’A380 dont une note les a prévenus le
6 mars, ça va sans dire ! Tellement énorme que ça ne passe plus. Arnaud
Lagardère, que notre président présente "non pas comme un ami, mais comme un frère",
vient de passer 9 heures sur le grill, interrogé par l’Autorité des
marchés financiers. Il nie tout délit d’initié. Ben voyons."
Ajoutons le scandaleux refus de répondre à la Commission d’enquête parlementaire mise en place pour enquêter sur l’affaire EADS :
le 25 octobre 2007, interrogé par un député à propos de l’aide qu’il
disait que lui avait apportée le ministre de l’Economie de l’époque, un
certain... Nicolas Sarkozy, parodiant Qui veut gagner des millions,
un Lagardère plus que désinvolte avait demandé s’il avait droit à un
joker ou à appeler le public ou un ami (séquence vidéo hallucinanate à visionner ici). Et concluons qu’il est peut-être temps que l’on cesse de se moquer du monde dans ce pays !
PS : L’illustration représentant Lagardère et son phylactère comique provient du Bêtisier des grands patrons du Journal du net.
Olivier Bonnet est journaliste indépendant, blogueur de Plume de presse et auteur de Sarkozy, la grande manipulation (Editions Les points sur les i, mai 2008).