La France passait le matin du 14 mai ce qu’elle qualifiait de “grand
oral”, à travers le nouveau mécanisme du Conseil des droits de l’homme,
l’Examen Périodique Universel. Séance présidée par une troïka de 3
Etats-membres (la Zambie, l’Italie et la Malaisie), les questions d’une
quarantaine d’Etats sont venues demander des comptes au “pays des
droits de l’homme”. Sur des questions d’actualité, mais aussi sur des
débats passés.
L’Hexagone a pris toutes précautions d’usage lors de son discours
introductif : tout en rappelant son attachement aux droits humains,
l’ambassadeur aux droits de l’homme M. François Zimerey a relevé
qu’aucune nation, quel que soit son implication en la matière, ne peut
se mettre au-dessus de la critique d’autres Etats. Un tel dialogue a
des vertus constructives, et la France croit à “l’alliance des
civilisations, et non au choc des civilisations”, explique le
diplomate. Prenant les devants sur les sujets qui fâchent, M. Zimerey
rappelle qu’on “juge aussi une société à l’état de ses prisons. Pour
être clair, nous avons des défaillances auxquelles nous avons décidé de
pallier”.
Une présentation qui n’a pas dissuadée les pays de poser des
questions incisives sur les conditions de détention pénitentiaires des
condamnés, notoirement en surnombre. Ce qui pousse l’ambassadeur a
préciser les actions prévues, telles que la constructions de nouveaux
établissements, et la destruction d’autres, vétustes : “Dans les
prochaines années, nous devrions pouvoir détenir 6′000 condamnés
supplémentaires. De plus, la mission de la prison est repensée, avec
l’idée que ce lieu a pour objectif la réinsertion des délinquants. Nous
privilégions aujourd’hui des mesures telles que la semi-liberté ou le
port de bracelets”, défend-il.
Devant la multiplication d’offices – indépendants, souligne
l’ambassadeur – chargés de faire respecter les droits de l’homme,
certains s’inquiètent des difficultés de coordination inhérentes.
Réponse toute trouvée, somme toute très française : “Notre pays a créé
un nouvel office chargé d’assurer une telle coordination, et harmoniser
les pratiques”.
Débat au goût suranné en Hexagone, la loi sur les signes religieux à
l’école est revenu sur le devant de la scène avec l’Egypte, puis avec
les Etats-Unis, qui s’interrogent tous deux sur les effets produits sur
la communauté musulmane du pays et le corps enseignant hexagonal. Le
Canada est même allé plus loin, puisqu’il recommande à la France de
revoir sa copie, car la loi ne condamne pas le port du crucifix dans
établissements scolaires. Le représentant français explique alors que
les lieux publics se doivent d’être “des lieux de rencontre, et que la
loi contient un second volet, inscrivant des cours sur l’histoire des
religions à l’école”. Il en profite également pour réduire l’impact que
la loi aurait eu sur la société française, puisque “à ce jour,
seulement deux décisions d’expulsion ont été prononcées”.
Le thème des “caricatures danoises”, republiées à de nombreuses
reprises dans les médias français, a également fait l’objet de
l’attention de plusieurs pays musulmans. La question du pourquoi la
France, pays qui respecte les droits de l’homme, autorise-t-elle
l’incitation à la haine par le biais de ces publications, est revenu en
substance. Et M. Zimerey de rappeler que le pays doit faire face à “la
confrontation entre la liberté d’expression et le respect de la
personne, deux principes qui s’affrontent. La principale limite à la
liberté d’expression est l’incitation à la haine; à défaut de cette
dernière, nous ne pouvons limiter la première”.
Les critiques à l’encontre de la politique des droits humains en
France étaient, à quelques rares exceptions près, attendues, et donc
les réponses savamment préparées. “Au Maroc, les pays de la
francophonie semblent s’être entendus sur ce qu’il convient de dire ou
non”, déclare une militante des droits humains.
Le seul pays à s’être clairement ému des conditions de détention des
immigrés africains dans les Centres de rétention administrative, la
Côte d’Ivoire, exprime son désarroi face à une situation qu’elle juge
comme une “atteinte aux droits de l’homme”. Ce qui fera rétorquer au
diplomate français que le pays pratique les principes de “l’immigration
choisie”, et que bien qu’il déplore certaines conditions, “la France
encourage l’immigration légale avant tout”. Choqué, un auditeur
africain décidera de quitter la salle.
La France a-t-elle passé son examen ? Sur le plan international,
certainement, car les réponses, somme toute très consensuelles, étaient
tout aussi attendues que les questions. Sur le plan interne, car après
tout les droits humains défendent les populations et non aux Etats, le
bilan est à nuancer, tant les solutions semblent dénuées d’ambition et
de, disons-le, vision. Au jeu des droits de l’homme, seule la
population est apte à juger des résultats. Qu’en pense-t-elle ?
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