20 Jun 2008
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Développer la souveraineté alimentaire grâce aux petites structures agricoles et industrielles

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Pour des millions de personnes, l’alimentation devient de plus en plus chère. En une année, les prix ont considérablement augmenté: froment (+ 130%), soja (+ 87%), riz (+ 74%) et maïs (+ 31%).1 La situation est encore pire si on l’envisage sur une plus longue durée. Sur la période 1985–2007, le prix du froment, qui était au plus bas en 1990 (135 dollars la tonne), s’est trouvé multiplié par quatre pour atteindre 580 dollars en 2007. Il n’avait cessé d’augmenter depuis 2004 pour exploser en 2006. On observe la même évolution pour le cacao, le café, et le pétrole.2 par Reinhard Koradi, Dietlikon

Développer la souveraineté alimentaire grâce aux petites structures agricoles et industrielles
L'importante hausse des prix des matières premières a fait réagir les politiques et les organisations internationales. Les milieux économiques également «se posent des questions» sur les causes de cette évolution qui menace l'existence de millions de personnes. Il est intéressant de constater que l'on avance toujours les mêmes arguments: les habitants des pays émergents (Inde et Chine) ont les moyens de s'offrir davantage de produits alimentaires et consomment de plus en plus de viande. On évoque également les mauvaises récoltes dues au changement et aux catastrophes climatiques ainsi qu'aux maigres réserves. On évoque assez timidement les spéculations sur les matières premières. Les pays industrialisés occidentaux essaient de minimiser les conséquences désastreuses de la transformation d'aliments en «agrocarburants». Selon les spécialistes, cela contribuerait pour 5 à 30% à la hausse des prix alimentaires. Le FMI avance la moyenne de 15%.

Une «lutte contre le réchauffement climatique» qui contribue à affamer le monde

Cette estimation est confirmée par le fait que l'on utilise énormément de terres agricoles pour produire des agrocarburants. Maintenant, aux Etats-Unis, on cultive autant de maïs destiné aux «biocarburants» qu'à l'alimentation: plus de 50 millions de tonnes. L'alliance d'éthanol entre les Etats-Unis et le Brésil prévoit de mettre en activité, jusqu'en 2012, plus de 100 sites de production d'agrocarburants au Brésil. Or il est prouvé depuis longtemps que le diesel et l'éthanol tirés du maïs, du soja, de l'huile de palme et de la canne à sucre vont provoquer un désastre alimentaire et environnemental mondial. Frei Betto, ancien conseiller du gouvernement brésilien, a qualifié les agrocarburants d'«essence de la mort». Mais cela n'empêche pas le président du Brésil Ignacio Lula da Silva – qui portait autrefois les espoirs des pauvres de son pays – de prononcer, lors du Sommet mondial sur la lutte contre la faim organisé à Rome par la FAO,3 un discours enflammé en faveur de la production de carburants à partir du maïs et de la canne à sucre.
Lula a vraisemblablement changé de camp et se laisse manipuler par les pays industrialisés. Malgré de nombreuses critiques justifiées, ceux-ci, emmenés par Bush et Merkel et en association avec leurs protégés et les élites riches des régions pauvres du Sud, poursuivent leur stratégie de «lutte contre le réchauffement climatique» au moyen de l'«essence de la mort».

Qui empêche qu'on lutte contre la famine?

A Rome, même les recommandations non contraignantes du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire du Fonds des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) sont restées controversées jusqu'à la fin. Pour des millions de personnes qui souffrent beaucoup physiquement et moralement de la faim, voire en meurent, c'est là un résultat désastreux.
Ceux qui s'opposent à une solution humaine sont-ils le produit d'une alliance contre-nature entre ceux qui tirent profit de la faim et l'objectif stratégique des USA consistant à contrôler la totalité des ressources naturelles?
Les faits sont clairs: 850 millions de personnes souffrent de la faim et la hausse des prix de l'alimentation ne cesse de grossir ce chiffre. Rosemarie Bär4 écrit dans le Tages-Anzeiger du 5 juin: «Chaque point de pourcentage de la hausse des prix provoque l'insécurité alimentaire de 16 millions de personnes supplémentaires.» A propos du Sommet de Rome, elle écrit ceci: «Le modèle de prospérité des pays industrialisés reposant sur le pillage de la nature n'est pas remis en cause. […] Le Nord et une élite riche du Sud s'opposent à une modification du système actuel de production et de consommation. […] La lutte pour une meilleure répartition des ressources limitées et de l'espace de vie commun s'accentue et l'écart entre les riches globalisés et les pauvres réduits à leur espace local ne cesse de se creuser.»
Certes, le Sommet a demandé des mesures «importantes», «audacieuses» et «contraignantes» afin de lutter rapidement et efficacement contre la faim. En plus d'une aide d'urgence de plusieurs milliards, une task-force comprenant des représentants de l'ONU, de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international et de l'OMC doit être mise sur pied. Il serait souhaitable que ce groupe de travail prestigieux abandonne, dans sa recherche d'une solution, les «modèles libéraux axés sur la mondialisation» et songe à des alternatives adaptées aux situations locales.
L'initiative de Kofi Annan, ex-Secrétaire général de l'ONU, est beaucoup plus prometteuse, pour autant que les intentions des donateurs (Fondation Rockefeller) soient sincères. Il veut favoriser les petits paysans d'Afrique au moyen d'une alliance stratégique. (Etant donné les donateurs et l'issue du Sommet, on peut se demander si la mesure a véritablement pour but de venir en aide aux paysans locaux ou s'il s'agit de favoriser les producteurs de semences et d'engrais.)
Une alliance en faveur d'une «révolution verte» en Afrique devrait permettre aux paysans africains de cultiver leurs terres de manière efficace, principe qui devrait être appliqué dans le monde entier si l'on veut trouver une solution équitable et durable à la crise alimentaire et à la destruction progressive de l'environnement.
Nombreux sont ceux qui affirment lutter contre la faim et la pauvreté, mais la volonté politique de remettre fondamentalement en cause la politique suivie jusqu'ici manque toujours. Il n'existe même pas de consensus sur les causes de la crise alimentaire. Dans ce cas, comment trouver une solution efficace? Si l'on évoquait les vraies causes, les responsables seraient démasqués et c'est ce qu'il faut éviter à tout prix.

La crise alimentaire est provoquée par les hommes

La crise alimentaire n'est pas un événement naturel. Elle résulte d'actions humaines. En fait partie la réduction délibérée de l'aide alimentaire. Alors qu'en 1993 environ 18 millions de tonnes d'aliments ont été livrés à des régions en détresse, il n'y en a eu plus que 7 millions en 2006. Et il faut tout autant condamner le gel des terres cultivées ordonné au nom de la « protection de l'environnement et des ressources», la destruction constante de surfaces agricoles utiles due à la construction d'infrastructures, d'installations industrielles et d'habitations ainsi que la mauvaise politique agricole des pays industrialisés. On ne cesse de détruire les petites, moyennes et grandes exploitations familiales, saines et flexibles et de les sacrifier à l'agriculture industrielle.

On néglige la constitution de réserves

Depuis des années, on néglige la constitution de réserves. Les stocks mondiaux de céréales (de toutes sortes) ont diminué, passant de 160 à moins de 60 jours d'approvisionnement. En Suisse également, les stocks obligatoires de matières premières et de produits alimentaires – destinées à assurer l'approvisionnement en temps de crise – ont été supprimés au prétexte que le marché mondial offre des possibilités illimitées d'approvisionnement. A la réduction considérable des réserves s'ajoute le recul de la production de céréales (1998: 338 kg par personne, 2006 encore 306 kg), l'utilisation de produits alimentaires à des fins énergétiques et l'absence de compensation de la baisse de production de céréales par la production d'autres denrées: légumes, fruits, etc.

Les gagnants sont les spéculateurs et les grands groupes

Les stocks insuffisants, la diminution de la production et l'augmentation de la demande (croissance de la population mondiale et forte augmentation de la demande de produits alimentaires pour la production d'agrocarburants) ne pouvaient pas laisser les spéculateurs inactifs. L'extrême spéculation sur les produits agricoles a en outre été aggravée par la crise financière (abandon des marchés financiers au profit des marchés des matières premières). Des centaines de milliards de dollars ont cherché de nouvelles possibilités d'investissement et les ont trouvées – du moins partiellement – dans les matières premières. Les prix des céréales se sont envolés, se détachant de la situation réelle du marché pour vivre une existence autonome de «céréales de papier». Cela dit, il convient de relever que les producteurs, c'est-à-dire les agriculteurs, ne profitent aucunement de ce jeu boursier. Ils ont vendu leurs récoltes depuis longtemps et sont encore punis par le fait qu'ils doivent acheter leurs semences à des prix beaucoup plus élevés. On peut donc en conclure que l'essentiel des hausses de prix ont profité aux spéculateurs et aux grands groupes par le biais de la chaîne de création de valeur dans les secteurs alimentaire et énergétique.
Aussi convient-il d'élucider le rôle joué par les réseaux de cartels supranationaux des matières premières et de groupes agroalimentaires. Ils ont pris peu à peu le contrôle de l'ensemble de la chaîne alimentaire, du paysan à la table familiale. L'achat, la transformation et la distribution des produits alimentaires sont concentrés entre les mains de quelques groupes: Andre, Cargill, Unilever, Nestlé, etc. Un secteur aussi sensible que l'approvisionnement en aliments et en matières premières devrait, également pour des raisons stratégiques, être organisé localement et régionalement et soumis à un strict contrôle de la concurrence.

Il faut fixer d'urgence des règles à la spéculation

On parle beaucoup trop peu des effets néfastes de la spéculation. Toutefois, l'idée que les profits des spéculateurs influencent considérablement la hausse des prix de l'alimentation commence à faire son chemin. On peut expliquer cette influence par la «théorie des bulles spéculatives». Les bulles prennent naissance lorsqu'un nombre toujours plus grand d'investisseurs paient pour des produits un «prix du marché» qui s'éloigne de plus en plus du prix justifié. Les investisseurs partent de l'idée qu'ils pourront revendre les produits achetés (la plupart du temps des produits de papier) à un prix plus élevé. Le prix du marché ne correspond plus au prix effectif de la marchandise, ce qui provoque un potentiel inflationniste aux conséquences négatives pour les économies nationales. Comme les «bulles» sont généralement financées par des crédits, quand elles éclatent, les débiteurs risquent de ne plus pouvoir honorer leurs engagements (cf. crise immobilière aux Etats-Unis). Les économies nationales subissent un double préjudice. A l'inflation (diminution de fortune et de pouvoir d'achat) s'ajoute la perte de l'argent prêté aux emprunteurs. Il n'est pas rare que ces pertes doivent être financées par la collectivité lorsque les possibilités du secteur privé sont épuisées. (cf. aide financière des banques d'émission). Aussi la collectivité a-t-elle le droit d'exiger qu'on impose des règles à la spéculation, voire qu'on l'interdise si elle menace l'intérêt général.

Développer la souveraineté alimentaire grâce aux petites structures agricoles et industrielles

Albert Einstein recommande de ne pas résoudre les problèmes avec les méthodes qui les ont suscités. Cela signifie que, face à l'actuelle crise alimentaire, il faut changer de politique, revenir à la case départ. Pour lutter contre la faim et la pauvreté, des changements fondamentaux sont nécessaires. La première priorité consiste dans le droit à l'autodétermination des peuples quant aux ressources présentes sur leur territoire. Il faut s'opposer résolument à la volonté d'une puissance mondiale de contrôler totalement l'ensemble des ressources naturelles et des voies de transport. En outre, nous devons repenser fondamentalement la stratégie de croissance visant à augmenter la prospérité ainsi que l'idée que les pays riches peuvent vivre aux dépens des pays pauvres. Cela signifie notamment qu'il faut partager et renoncer à certaines choses. L'orientation mondialisée de l'ensemble des activités (société, culture, économie) devra faire place à une organisation de la vie correspondant aux besoins locaux et régionaux.
Cela signifie que les réponses aux questions sociales et économiques actuelles doivent être trouvées par la base, par ceux qui sont directement concernés. La responsabilité personnelle et l'entraide au sein de la famille, de la commune, de l'Etat et entre les peuples doivent remplacer les diktats imposés d'en haut ou de l'extérieur. A cela est étroitement lié le renoncement à l'usage de la force, qui implique que l'on consacre les billions de dollars provenant des contribuables non plus aux armées destinées à mener des guerres d'agression mais au bien de l'humanité. Il faut également redéfinir le rôle de l'économie. Elle doit être au service des hommes et, là où c'est nécessaire, se subordonner à des principes de régulation politique axés sur le bien de l'humanité et la protection de l'environnement.
Nous gagnerons la lutte contre la faim et la pauvreté si nous réussissons à assurer l'existence de tous les hommes et à mettre un terme au pillage de la nature. La solution consiste dans la souveraineté alimentaire des différents peuples. Dans chaque pays, les hommes, dotés des connaissances nécessaires, doivent acquérir et développer la faculté de prendre en main leur approvisionnement alimentaire du début à la fin de la chaîne de création de valeur, du sol à la table familiale. Dans certains cas, ce droit à l'autodétermination en matière d'approvisionnement alimentaire peut justifier des taxes à l'importation et des subventions.    •

1     Sources: FAO et Banque mondiale
2     Source: www.castelligasse.at7Politik/Rohstoffmärkte
3     Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture
4     Membre de la délégation suisse au Sommet de la FAO

Du pain dans l‘assiette, et non dans les réservoirs à essence!

Pétition contre les «biocarburants» lancée

La production d'agrocarburants (dits «biocarburants») a été considérée comme un facteur essentiel de la problématique mondiale de la faim; à cela s'ajoutent d'autres effets, comme une augmentation de la consommation de viande, de mauvaises récoltes et des spéculations. Les objectifs politiques (tel que l'augmentation de 10% du taux du biocarburant) sont d'accroître cette demande, au risque de contraindre, dans le monde entier, des millions de personnes à faire face à une famine menaçante.

Une réorientation est donc urgente, en particulier, parce que les résultats d'études scientifiques mettent de plus en plus en question l'efficacité du biocarburant relativement à la protection climatique.

Douze ONG autrichiennes ont donc décidé de lancer une pétition commune pour demander au gouvernement fédéral:

• Le droit à la nourriture doit, à tous les niveaux, avoir priorité. La production d'énergie ne doit pas être en concurrence avec la production de denrées alimentaires.

• Pour la production d'énergie à partir de biomasse ne doivent être utilisés que des déchets organiques (p. ex. des restes de récolte) ainsi que du bois provenant d'une foresterie durable.

• Aucune contrainte exigeant d'ajouter des agrocarburants ( «biocarburants»).

• Réalisation des objectifs de protection climatique, par exemple par le renforcement de la promotion de l'isolation, du transport public, des énergies solaire et éolienne. Cette pétition vise à recueillir le maximum de signatures pour la fin de l'année.

Alliance agricole Autriche, Alliance des consommateurs/-trices et des paysannes et paysans, A-1180 Vienne, Herbeckstr. 75/9/8, Tél: +43 699 110 908 37, www.agrarbuendnis.at Vienne, 6/6/08


Alter Info l'Information Alternative

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Commentaires (1)add comment

ecolonews a dit:

...
Achetées en Ukraine, 40000 tonnes d'huile de tournesol coupée au lubrifiant pour moteur ont été distribuées en Europe. Et les produits concernés n'ont pas du tous disparu des rayons français.

Depuis le 5 mai, de mayonnaise, des plats cuisinés, de la vinaigrette industrielle, des conserves à l'huile, etc… préparées avec de l'huile de moteur sont en vente dans les grandes surfaces. Et ce avec la bénédiction des pouvoirs publics et de la Commission européenne. Bien sur, le consommateur n'a pas été informé…

Officiellement, tout commence le 21 avril dernier, quand le groupe Saipol, numéro un français de la transformation des oléagineux et accessoirement propriétaire de Lesieur, prévient la Répression des Fraudes que son usine de Sète, où est raffinée de l'huile de tournesol brute, il y a un sérieux pépin. Une grosse rasade d'huile achetée en Ukraine est farcie à l'"huile de moteur", huile minérale dérivée d'hydrocarbure. Et pas qu'un peu : d'après nos informations, sur 2800 tonnes d'huile apparemment irréprochable, livrées en France, 19 tonnes auraient mieux fait d'aller graisser des rouages et des pistons que des gosiers. Deux jours plus tard, la France informe officiellement ses voisins européens : cette cargaison fait partie d'un énorme lot de 40000 tonnes, qui a atterri non seulement en France, mais aussi aux Pays-Bas, en Italie et en Espagne. Et c'est tout le lot qui a été trafiqué ! De quoi, pour les escrocs, se faire du beurre : sachant que la tonne d'huile de tournesol brute est vendue 1800 euros et que d'après les confidences d'un fonctionnaire de la Commission européenne, ce sont en tout pas moins de 280 tonnes d'huile de moteur qui ont été introduites en douce dans les containers, les margoulins d'Ukraine ont empoché un bénéfice de 504000 dollars (moins ce qu'ils ont déboursé pour l'huile bidon, certes, mais celle ci coûte des clopinettes).

A partir du 26 avril, la Commission européenne et la répression des fraudes rendent publique l'alerte. Officiellement, l'huile de tournesol frelatée mise en bouteilles et les plats préparés à partir de cette mixture ont tous été retirés des rayons et "n'ont pas atteint le consommateur". Fort bien, mais, au fait combien de lots ont été retirés en tout ? Questionnée par "Le Canard", la DGGCRF, autrement dit, la Répression des fraudes, explique que "compte tenu du nombre d'entreprises concernées, il est impossible d'en connaître le nombre exact". Chez Carrefour Promodès, enseigne qui possède la moité des grandes surfaces alimentaires en France, on admet du bout des lèvres avoir retiré pas moins de… 200 produits concernés !

Bref, tout baigne. Sauf qu'il reste un léger problème : Saipol, la maison mère de Lesieur (laquelle marque a fait répondre au Canard par son agence de com' qu'elle n'était "en rien concernée"), a reçu sa cargaison d'huile frelatée fin février. Et n'y a vu que du feu. Jusqu'à ce qu'un mois plus tard un industriel du nord de l'Europe, destinataire du même lot, l'informe après analyse que quelque chose clochait dans l'huile de tournesol ukrainienne . Et ce n'est qu'un mois plus tard que Lesieur a enfin sonné l'alerte auprès de la Répression de fraudes. La question qui se pose est cruciale : combien de produits assaisonnés à l'huile frelatée ont été conditionnés et commercialisés entre-temps ? Saipol reconnait avoir raffiné l'huile en question pour la vendre ensuite à "une trentaine de clients de l'industrie agroalimentaire" Parmi lesquels on trouve Saupiquet, Unilever (propriétaire de Knorr, Magnum, Fruit d'Or, Miko, Planta Fin, Amora…) mais également Carrefour Promodès et Auchan. Ainsi, on peut trouver cette huile de moteur dans des batonnets de Surimi, du cèleri rémoulade, de la soupe de poisson en conserve, du poisson pané, des paupiettes de veau, du thon et des sardines à l'huile, mais aussi dans la pâte à tartiner chocolatée, le blé pour petit déj', les gauffrettes à la confiture, les barres céréalières et sucrées pour les enfants, les cookies et bien sur la mayonnaise, le tarama, la sauce béarnaise et enfin de la sauce vinaigrette">1 , dont il refuse de citer les noms. Mystère et salade verte. […]

Mais il y a plus sérieux : contrairement à ce qu'ont d'abord assuré la Commission européenne et les pouvoirs publiques français, tous les produits additionnés d'huile contaminés n'ont pas été retirés des rayons. En effet, le 2 mai, la Commission européenne s'est fendue en catimini d'une recommandation autorisant la vente de tous les aliments contenant moins de 10% d'huile de tournesol frelatée. […]

Comme l'admet la DGCCRF dans une note adressée au Canard, le 7 mai, "en l'absence de toxicité aiguë", tant pis pour les mayonnaises et autres petits plats déjà vendus. "Aucun rappel" n'a été effectué .[…]

[Le Canard enchainé, 14 mai 2008]
 
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