10 Jun 2008
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Déontologie journalistique: Le faux procès de Guantanamo est un crime

par Thierry Meyssan flux RSS de ce reporter Flux RSS de ce reporter flux RSS de ce theme Flux RSS de International

L’habillage d’enlèvements, de séquestrations et de tortures en pseudo-procès ne change pas la nature de ces actes : au regard du droit international, ce qui ce passe à Guantanamo constitue des crimes. Thierry Meyssan observe l’assentiment que les grands médias apportent implicitement à ces atrocités et s’interroge sur les motifs de cette complicité intellectuelle, elle même condamnable en droit international selon la jurisprudence de Nuremberg. par Thierry Meyssan

Déontologie journalistique: Le faux procès de Guantanamo est un crime

J'ai souvent souligné que la polémique sur les attentats du 11 septembre 2001 ne se poursuit que parce que la Justice ne s'est jamais prononcée pour désigner les auteurs de ce crime. Il n'existe pas à ce jour de « version officielle », au sens où on l'entend en démocratie, c'est-à-dire de version établie par les tribunaux à la suite d'un débat contradictoire, mais uniquement une « version bushienne », étayée par une commission d'enquête présidentielle.

Cette incertitude rejaillit sur l'intervention anglo-états-unienne en Afghanistan, en 2002, laquelle est, selon la Maison-Blanche un « acte de légitime défense », mais selon le Kremlin, une « agression illégale ». Par voie de conséquence, l'appui militaire apporté par l'OTAN et les Alliés à la présence militaire anglo-saxonne en Afghanistan continue également à être considéré par les uns comme un soutien dans le guerre au terrorisme et par les autres comme la participation à une opération coloniale. Ainsi, c'est en raison de la polémique que j'ai ouverte sur les véritables commanditaires des attentats du 11 septembre que le Sénat du Japon a refusé d'envoyer de nouvelles troupes en Afghanistan [1]. Tandis que, par exemple, le gouvernement Sarkozy, qui adhère à la version bushienne des faits, a décidé de renforcer le contingent français en Afghanistan.

Pour évacuer cette critique, l'administration Bush a mis en place un tribunal et ouvert à Guantanamo le procès de 14 suspects (voire de 16, on ne sait exactement), dont 2 enfants-soldats, accusés d'avoir participé au complot du 11 septembre.

Or, chacun peut constater -et ce n'est guère contesté, hormis par les porte-parole officiels de l'administration Bush- que ce procès n'est qu'une parodie sans rapport avec les exigences de la justice démocratique : il ne s'agit pas ici d'une tribunal judiciaire où siègeraient des juges indépendants, mais d'un tribunal militaire d'exception dont les juges sont désignés par l'Exécutif (c'est-à-dire que l'administration Bush étant mise en cause, elle se jugera elle-même, elle se déclarera innocente et les prévenus coupables) ; selon le modèle classique de l'Inquisition, ce tribunal ne fonctionne pas sur des preuves, mais sur des aveux, lesquels sont extorqués sous la torture (mais l'Inquisition ne prétendait pas établir la Vérité, qu'elle « connaisait » déjà, elle visait seulement à sauver l'âme du pécheur en le contraignant à la confession) ; enfin les débats ne seront ni publics, ni contradictoires (le public ne voit du tribunal que les images que son président décide de transmettre, quant aux droits fondamentaux de la défense, aucun n'est respecté).

Le choix de l'administration Bush de mettre en scène des aveux obtenus sous la torture en leur donnant l'apparence visuelle d'un procés, de manière à se disculper de toute responsabilité dans l'organisation et la perpétration des attentats du 11 septembre 2001, prouve en soi sa volonté de cacher la vérité sur ces attentats.

Voici qu'au crime d'avoir tué ou laissé tuer 2 973 personnes le 11 septembre 2001, l'administration Bush a ajouté le crime d'avoir enlevé des individus et de les avoir torturés, probablement demain de les tuer, dans l'espoir d'échapper à sa responsabilité devant des tribunaux démocratiques. Avec un étonnant souci du détail, l'administration Bush a même pris soin de perpétrer ce nouveau crime à Guantanamo, c'est-à-dire sur un territoire cubain qu'elle occupe illégalement, de manière à être certaine de ne pas avoir à en rendre compte ultérieurement devant des tribunaux états-uniens.

Quelle que soit son opinion sur les attentats du 11 septembre, la presse, qui prétend au rôle de vigie dans les sociétés démocratiques, devrait aujourd'hui dénoncer sans ambigüité cette sordide mascarade. Or, comme je viens de l'expliquer, en dénonçant le crime que constitue le faux procès de Guantanamo, la presse devrait se demander pourquoi l'administration Bush le commet, et par là même prendre position sur la volonté de la Maison-Blanche de cacher la vérité sur les attentats du 11 septembre.

Incapables de reconnaître leurs erreurs ou dévoués à soutenir l'OTAN, les grands médias se trouvent piégés. Ils tentent donc de minimiser le crime de Guantanamo. Au regard des normes du Tribunal de Nuremberg, cette Collaboration intellectuelle est une forme de complicité.

À titre d'exemple, le Wall Street Journal du 4 juin 2008 a publié sans honte une tribune libre du vice-amiral Mark Buby, ancien commandant du centre de torture de Guantanamo, intitulée « Guantanamo est vraiment une prison modèle ».

Un autre exemple de banalisation du crime peut être trouvé dans Le Monde, un quotidien français qui a acquis ses lettres de noblesses et son prestige dans les années 50-60 en dénonçant à ses risques et périls la torture pratiquée par l'armée française en Algérie. Il titre son édition du 7 juin 2008 : « Le procès du 11-Septembre s'ouvre enfin à Guantanamo ». Conscient de l'abjection qu'il y a à qualifier de procès la mascarade de Guantanamo, Le Monde publie un dessin sensé dédramatiser la situation. Intitulé « Encore la torture à Guantanamo », il représente un suspect soumis à des chocs électriques. Mais la gégène est une télévision diffusant une image du président Bush. La victime hurle « Arrêtez moi ça, c'est insupportable », tandis qu'un technocrate lui répond « Oh, il n'y en a plus que pour quelques mois », faisant allusion à la fermeture annoncée du centre de torture.

Les agents du FBI qui avaient été transportés à Guantanamo pour assister aux interrogatoires ont tentés de s'opposer à ce qu'ils y ont vu et ont été expulsés [2]. Les journalistes qui couvrent le faux-procès de Guantanamo n'ont rien vu, ne verront rien, ne veulent rien voir. Loin de s'opposer à ce qui s'y est passé et à ce qui s'y passe, ils donnent une apparence de respectabilité à la barbarie.

Le faux procès doit être terminé et le centre de torture doit être fermé au plus tard le 4 novembre prochain. À cette date, les polémiques sur les attentats du 11 septembre, sur la guerre au terrorisme, sur les enlèvements, sur la torture et sur le faux procès de Guantanamo seront considérés comme closes par les grands médias. Le nouveau président des États-Unis prononcera d'une manière ou d'une autre l'amnistie de l'administration sortante. Il nous assurera que son pays a changé et que tout va désormais pour le mieux dans le meilleur des mondes. La plupart d'entre nous seront tellement heureux de pouvoir enfin dormir la conscience tranquille qu'ils passeront par pertes et profits les centaines de milliers de morts de cette politique et qu'ils oublieront les 21 000 détenus qui croupissent dans les 17 centres de torture secrets de la Navy [3].


Thierry Meyssan
Analyste politique, fondateur du Réseau Voltaire . Dernier ouvrage paru : L'Effroyable imposture 2 (le remodelage du Proche-Orient et la guerre israélienne contre le Liban).

[1] Lire la transcription des auditions du Sénat du Japon du 11 janvier 2008, Réseau Voltaire, 21 janvier 2008.

[2] A Review of the FBI's Involvement in and Observations of Detainee Interrogations in Guantanamo Bay, Afghanistan, and Iraq , U.S. Department of Justice, Office of Inspector General, Washington D.C., mai 2008.

[3] « US accused of holding terror suspects on prison ships » et « Prison ships, torture claims, and missing detainees », par Duncan Campbell et Richard Norton-Taylor, The Guardian, 2 juin 2008


Alter Info l'Information Alternative

Lire la suite : http://www.alterinfo.net/Deontologie-journalistique-Le-faux-proces-de-Guantanamo-est-un-crime_a20627.html.

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Commentaires (2)add comment

anubis a dit:

Certains ne désarment jamais!

Meyssan l’imposteur

Fabrice Nicolino

La thèse au minimum farfelue de Thierry Meyssan sur les attentats du 11 septembre aux États-Unis n’est en rien crédible. Fabrice Nicolino, faisant écho à un débat au sein de notre rédaction à la suite du « Bloc-notes » de Bernard Langlois, dénonce ici une construction délirante et les trucages du président du Réseau Voltaire.

Faut-il lire l’insupportable montage de Thierry Meyssan ? Ceux qui le feront apprendront au moins une chose, c’est que tout, rigoureusement tout est devenu possible. Le livre du président du Réseau Voltaire (1) entend en effet démontrer qu’aucun avion ne s’est jamais abattu le 11 septembre 2001 sur le Pentagone, pour la bonne raison que tout repose sur un complot d’État. Son but ? Mais ouvrir en Afghanistan une voie royale au pétrole d’Asie centrale, voyons ! Cela serait seulement lamentable si une partie de la gauche et des écologistes ne cautionnait en réalité, et depuis des années, Thierry Meyssan et son très curieux cabinet d’enquêtes privées impudemment nommé Réseau Voltaire. Jean-Luc Bennahmias, responsable national des Verts, fait partie de son conseil d’administration, ainsi que Christian Terras, de Golias ; le président du Mrap Alain Callès et l’ancien député européen Vert Yves Frémion en sont vice-présidents ; Meyssan est quant à lui secrétaire national des Radicaux de gauche. À Politis même, deux articles récents attestent que Meyssan conserve écoute et considération. Bernard Langlois, dans son Bloc-notes du n° 693, sans adhérer à toute la thèse du complot, estime qu’une bonne part du propos de Meyssan « tient plutôt bien la route ». Christine Tréguier, dans sa chronique du n° 695, et bien qu’elle soit loin d’être claire, paraît bien prendre sa défense, au motif que son travail s’appuierait sur « tout, sauf des rumeurs ».

Disons-le sans précaution, tout cela est navrant. Car Meyssan, qui n’est pas même allé aux États-Unis - pour quoi faire, franchement -, et qui n’a strictement interrogé personne, s’est en fait livré à une construction délirante et néanmoins organisée. La méthode, qui est aussi celle des négationnistes, consiste à empiler certains faits réels sur d’autres controuvés, puis de passer le tout au hachoir de la surinterprétation. De la sorte, il est facile de montrer que Léon Trostki a été l’agent du Mikado et de la Gestapo depuis sa plus tendre enfance, ou que le Protocole des Sages de Sion - ce faux monstrueux - est l’impeccable preuve historique que les Juifs dirigent le monde en secret. D’autres ont déjà fait la démonstration précise des énormes trucages de Meyssan, qui écarte bien sûr tous les témoignages directs de l’impact de l’avion sur le Pentagone. On connaît le nom de chacun des passagers de cet avion qui ne s’est jamais écrasé ? Qu’importe ! Les services secrets sont très forts, savez-vous ? En fait, ce que révèle d’évidence ce livre, c’est que Meyssan est atteint d’un narcissisme surdimensionné. En effet, que nous dit-il au fond ? D’abord que l’appareil d’État américain est tout-puissant, omnipotent et diabolique, qu’il est capable de monter des opérations d’une complexité inouïe sous les yeux mêmes de l’opinion mondiale. Cela serait désespérant s’il n’y avait sur terre un clairvoyant, capable de voir au travers des ténèbres. Meyssan est un cas : le monde entier se laisse berner mais lui, en cliquant à quelques reprises sur internet - ce nouveau dieu des éternels gogos -, réussit à dévoiler l’impensable ! L’effroyable imposture de Meyssan, ajoutons-le, vient de beaucoup plus loin, et les Verts en particulier seraient bien inspirés d’y réfléchir. Il est de bon ton, chez quelques militants qu’on dira distraits, de vanter l’excellence du travail de « renseignement » fait par le Réseau Voltaire depuis quelques années. Souvent tourné vers l’extrême droite et divers intégrismes, il est constitué surtout de fiches qui ne sont pas sans ressembler aux si fameuses notes des Renseignements généraux. Or ces fiches mêlent d’une façon insupportable le vrai, l’établi, la rumeur et la calomnie. On ne prendra pour l’heure que deux exemples. Dans la très courte biographie consacrée à Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères, le Réseau Voltaire - en fait, comme on a tout lieu de le penser, Thierry Meyssan lui-même - ajoute à quelques banales notations deux « informations » très remarquables. La première vise son père Jean, présenté comme un cagoulard et un admirateur de Pétain. Pourquoi accorder une telle place à cela, sinon pour suggérer jusques et y compris une filiation idéologique ? La seconde est infâme. Juste après avoir signalé que Védrine est conseiller municipal de Saint-Léger-des-Vignes, Meyssan-Voltaire ajoute ceci : « En 1990, il s’avéra que son domicile, qui était aussi celui du père Nicolas Glencross (un vieil ami de son père, Jean Védrine), hébergeait le plus important studio de pornographie enfantine jamais découvert en Europe. Les photographies du père Glencross étaient transmises par l’entremise du pasteur Joseph Doucé à l’éditeur nazi Michel Caignet qui les commercialisait [...]. Le père Glencross décéda peu après sa sortie de détention préventive et le pasteur Doucé fut assassiné. L’affaire s’éteignit sans qu’Hubert Vedrine ait été entendu dans le cadre de l’enquête ». On a compris, n’est-ce pas ? Védrine cache quelque chose, et ce quelque chose est terrible. Aucun début de commencement de preuve - évidemment ! -, simplement du venin, et cet horrible besoin de salir. Au moment de la mort de notre cher René Dumont, en juin 2001, Meyssan publia, de même, un communiqué dont le titre dit l’essentiel : « René Dumont, pacifiste, fasciste et tiers-mondiste, est mort ». Qu’avait-il fait pour côtoyer dans l’opprobre Le Pen et Mégret, Mussolini et Hitler ? Des articles techniques dans un hebdomadaire agricole en effet pétainiste, pendant la guerre. Pas de citation dans le texte de Meyssan, non, car on aurait immédiatement compris la manipulation, mais des rapprochements et des glissements, jusqu’à cette ultime s***perie en guise de conclusion : le Réseau Voltaire « invite à une lecture critique de l’oeuvre récente de René Dumont, notamment en ce qui concerne ses conceptions en matière démographique... » Autrement dit, si Dumont craint la surpopulation, c’est qu’il déteste peut-être les sous-hommes et qu’il envisage - pourquoi pas ? - la solution finale de leur prolifération. Faut-il ajouter quelque chose ? Trois fois rien. Meyssan est un imposteur, Meyssan est un salaud, Meyssan n’a rien à voir avec la gauche ou l’écologie. Du moins, on voudrait le croire.
 
Abus
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June 10, 2008 | url
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Jiminix a dit:

...
"Loose Chance" suffi de convaincre que les attentats du 11/09 n'ont pu être commis sans implications gouvernemental américaine ( et autre?). J'ignore si les prochaines éléctions enterreront toutes les questions laissés sans réponses, mais l'exemple de Jfk ne nous promets pas de changements.
Ils arrivent au pouvoir, joue le jeu des "puissants" et pourris de la planète, puis partent finirent leurs vies au soleil.
Les politiques ne servent à rien de bons.
 
Abus
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June 10, 2008
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