Clearstream II : Lahoud manipulé par Sarkozy ?

06-05-2011 21:44 - 3198 visites - Flux Politique - Ecrit par Jef Tombeur - Lire son flux RSS
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Le Woerthgate a fini par vous lasser, et Clearstream fait un peu réchauffé. La Libye ? Bof ! Le spectacle, avec ses interludes télévisuels, traîne un peu en longueurs. N’arrivant toujours pas à me passionner pour l’alléguée grossesse de Carla Bruni, retour furtif sur Clearstream. Histoire de faire semblant – d’y croire encore, mais à quoi donc ? – comme tout le monde ? On peut le voir ainsi…

Elle y va un peu fort, la présumée charmante éditorialiste du site Lyon Entreprises, qui pourrait être Dominique Largeron (que je n’ai pas le plaisir de connaître).
Très pieds dans le plat, elle avance que l’ami Denis Robert a « prouvé » (indiscutablement donc) que Clearstram Blanking était aussi une plaque tournante d’argent sale.
Chut ! Il ne faut pas trop le dire à l’affirmative. En revanche, il est permis d’avancer, de supputer, que cette chambre de compensation faciliterait des mouvements de fonds entre paradis fiscaux et banques, dont peut-être certaines banques nationales, ou des organismes financiers étatiques, allez vraiment savoir.

« S'appuyant sur le témoignage d'un ancien responsable informatique de la société luxembourgeoise Clearstream qui a pignon sur Duché [ndlr. du Luxembourg], Denis Robert prouve que cet organisme financier pratiquait le blanchiment d'argent. L'informaticien était payé pour effacer chaque jour des transactions ou simuler des pannes pour que disparaissent les liens entre des hommes et des virements d'argent que l'on peut supposer sale. C'est la pertinence et le sérieux de cette enquête que les juges de la Cour de Cassation ont reconnu. ». L’informaticien en question ne se nommait pas Lahoud, mais on peut imaginer que ce qu’un informaticien défait, un autre, comme l’est Lahoud, peut le… quoi ? Refaire ? N’allons pas jusque là. Notons que l’informaticien fait ce qu’on lui dit de faire, défaire, refaire, si ce n’est agrémenter. Il se trouve que l’affaire Clearstream I (celle de Denis Robert) a occasionné au journaliste, outre de multiples désagréments, jusqu’à 450 000 euros en « frais d’avocats et de procédure » (couverts par la compréhension de certains avocats et l’appel au public d’un Comité de soutien). D’où l’article de Lyon Entreprises qui rappelle que Denis Robert poursuit Clearstream devant la cour d’appel de Lyon. Tenez, dans cette histoire, on peut même avancer que certains, voyant Denis Robert patauger, aient voulu déclencher un scandale suffisant pour qu’on en vienne à ce qu’il préconise : contrôler policièrement et judiciairement, vraiment, les chambres de compensation. De doux rêveurs, sans doute… Retors, ce n’est pas diriment.

Revenons à Clearstream II dont le chroniqueur judiciaire du Figaro, Stéphane Durand-Souffland, estime qu’il s’agit d’une « histoire dérisoire aux conséquences disproportionnées. ». C’est vite écrit, « dérisoire ». Cela le serait assurément si Imad Lahoud, qui déclare désormais qu’il n’avait rajouté que deux patronymes, celui du père de Nicolas Sarkozy et celui d’un certain Stéphane Bocsa, avait agi de son propre chef, piquant dans l’annuaire du pouvoir et des médias des noms, vaguement, au hasard. Un peu à la manière d’une certaine officine qui a fait croire que la Chine espionnait Renault, histoire d’obtenir des primes supplémentaires et de justifier ses lourds honoraires.

C’est là tout le nœud du problème que l’actuel procès en appel n’est pas forcément audiancé de manière à savoir qui a suggéré des patronymes à Lahoud. – celui d’Alexandre Jevakhoff, ancien directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie tout le long de leurs parcours, pour n’en citer qu’un, a priori insolite. Pourquoi ceux-là en particulier, parmi les plausibles comme les farfelus ?

Accoudé à l’un de mes zincs favoris, j’évoquais tout à l’heure ce procès avec un jeune ancien de Sciences politiques qui, comme tant d’autres citoyens, suit ce procès et l’affaire « de loin », et admet avoir « renoncé à comprendre… ». Mon acquiescement muet valait empathie : cela nous dépasse, admettons-le plutôt que d’aligner des phrases du genre « histoire dérisoire… ». Ce qui n’est pas si désinvolte s’il est considéré que des services, agissant seuls ou sur ordre, aient voulu déclencher de vraies enquêtes, notamment fiscales, voire un changement d’appréciation sur les mécanismes de mouvements financiers, à l’échelle européenne par exemple. Puisque c’est raté, oui, c’est dérisoire, et le résumé lapidaire de Durand-Souffland n’est pas si outrancier qu’il y paraitrait.

Jean Galli-Douani, auteur de Clearstream-Eads – Karachigate : le syndrome du sarkozysme (en vente sur Amazon et ailleurs), vient d’adresser une lettre, visée par son conseil, Me Bénaïem, au procureur général de la République et à Christiane Beauquis, présidente de la chambre 5-12 de la cour d’appel de Paris qui gère ce second procès Clearstream II. Il fait état d’une conversation privée avec Imad Lahoud, en décembre 2006, qui lui aurait déclaré : « Cette affaire est un montage de Nicolas Sarkozy, il a commandité les services de renseignements ; je ne suis pas idiot mais je me suis fait avoir, il y avait même le cabinet de Michèle Alliot-Marie… » (sous-entendu : dans le coup). Donc, ce ne serait pas un coup fumeux et foireux de l’entourage direct de Jacques Chirac, mais d’un, de, d’une transfuge en devenir du temps du gouvernement de Villepin.

On se souvient que Jean Galli-Douani avait tenté de se porter partie civile lors du premier procès et que le président, pour ne pas l’entendre en qualité de témoin, l’avait fait expulser par des gendarmes. Étonnant à l’encontre de quelqu’un dont personne ne conteste qu’il ait pu rencontrer Alain Juillet, neveu de Pierre, éminence grise de Pompidou. Ancien du Sdece, Alain Juillet devient directeur de la DGSE (2002-2003). Puis chargé du SGDN (sec. Gal de la Défense nat.). Il restera dans les coulisses du pouvoir jusqu’en 2009. La privatisation de l’Imprimerie nationale pour en confier les dividendes au groupe Carlyle, avec la bénédiction de Sarkozy, Nicolas et frère, lui doit peut-être beaucoup. Il n’est pas si petit, il était « déjà loin » dans son parcours.

De même, Jean Galli-Douani assure avoir été entendu par le chef de cabinet de Nicolas Sarkozy en mai 2006 (précisément le jour où le premier ministre d’alors, de Villepin, s’adressait aux députés sous l’objectif des caméras et évoquait l’affaire Clearstream II). Là, dit-il, ce n’était pas à sa demande, mais il avait été « convoqué ». On voulait surtout savoir ce qu’il était disposé à dire ou… à taire.

Affabulation ? Une telle visite, même discrète, laisse des traces.

Cela étant, Imad Lahoud a tellement dit tout et son contraire… Peut-être pensait-il qu’en lâchant cette confidence, il allait tirer la ficelle afin de savoir qui, au juste, le manipulait, comme il le soutient, et pour le compte de qui au final.

Il a été maintes fois avancé que Nicolas Sarkozy, qui ne perdait aucune occasion de faire parler de lui, avait intérêt à se présenter un homme neuf, en proie à la hargne du « parti des godillots » (celui de Jacques Chirac), et donc en tant « qu’homme à abattre ». C’est une façon de voir. L’autre est de penser que l’avocat d’affaires qu’il reste en fait à l’Élysée ait eu pour but d’allumer un contre-feu. De fait, avec Clearstream II, l’affaire Clearstream I, bien plus essentielle pour les finances publiques, a été spectaculairement enterrée. Circulez, il n’y a plus rien à voir, tout cela n’est que mauvais fantasmes, manipulations, sensationnel frelaté. Dans les services, outre la masse des neutres pas trop à l’affût de promotions à tout prix, il s’est formé des clans. Lahoud a peut-être cru se laisser instrumentaliser par ce qu’il croyait encore être le clan traditionnel, proche du pouvoir en place, et non la tribu de celui à venir. Ce n’est qu’une hypothèse. Ou alors, bien sûr, il a tout manigancé dans son coin. Ce qui arrangerait énormément de monde.

Force est de constater qu’on (qui cela ?) lui a quand même ménagé une porte de sortie temporaire (il peut enseigner les maths, ayant réussi l’agrégation), qu’il ne lui est pas arrivé d’accident fâcheux le réduisant au statut de légume. Pour le moment il semble dire qu’il lui fut suggéré de rajouter deux noms évoquant Nicolas Sarkozy. Sans qu’on sache si Michèle Alliot-Marie roulait encore pour son ancienne famille pour sa nouvelle, la prochaine lui assurant des postes ministériels. Ou, si ce n’est elle-même, son proche entourage.

Bah, après tout, on a bien fini par laisser le Paquebot, le siège du Front national, trouver preneur. En toute transparence, très démocratiquement. Marine Le Pen ne peut alléguer qu’on ne l’ait fait taire, la laissant dans l’impossibilité de financer sa campagne électorale. « Cause toujours… ». Ou fais-toi élire, sachant ce qu’il te reste vraiment à faire… Fais-nous donc un printemps arabe à l’envers, on s’occupe de la suite…

Clearstream II, un trompe l’œil ? De quoi donner envie de s’occuper de ceux de ses tulipes ou œillets de son jardin… Histoire de ne voir allant aux urnes que celles et ceux qui acceptent encore de répondre à un sondage pour d’autres raisons que celle d’assurer que le préposé de l’organisme sondeur puisse toucher la paye de son CDD ? Finalement, on peut le voir aussi comme cela : les sondeurs font du chiffre d’affaires, les journaux se vendent encore un peu, cela fait de l’emploi et du PIB. Cause toujours… Pas si dérisoire, finalement. Et même crucial pour le confort et le pouvoir d’achat des acteurs et protagonistes de la démocratie qui enrichit ou apporte l'ordinaire.






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Commentaires (5)

Jef Tombeur a dit:

...
Lu sur Mediapart(compte-rendu d'audience de Michel Déléan) :
« Selon lui [de Villepin], le général [Rondot] était obnubilé par cette traque, et a réécrit l'histoire de la garde à vue de Lahoud pour se couvrir vis-à-vis de sa ministre de tutelle, Michèle Alliot-Marie, qui voyait d'un mauvais œil ses relations suivies avec Villepin. ».
MAM avait-elle donc choisi son prochain camp, celui de Sarkozy ?
 
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07 May 2011
Votes: +0

Jef Tombeur a dit:

...
De même source (article antérieur)
« On y trouve ainsi François Pérol, alors directeur-adjoint de cabinet de Nicolas Sarkozy à Bercy, ou encore Gilles Grapinet, conseiller de Jean-Pierre Raffarin à Matignon puis directeur de cabinet de Thierry Breton à Bercy, ou encore Eric Woerth, alors secrétaire d'Etat au budget, dont la directrice de cabinet n'est autre que la propre épouse d'Imad Lahoud.
Sur cette liste d'invités, on trouve encore les noms de Jean-Pierre Philippe, ancien d'EADS et époux de Nathalie Kosciusko-Morizet, et NKM elle-même. Les déjeuners de Lahoud font aussi apparaître les noms de feu François Casanova, alors policier des RG et proche de Bernard Squarcini (l'actuel patron de la DCRI), et de Brigitte Henri, alors commissaire aux RG et proche du directeur central de l'époque, le redoutable Yves Bertrand.
D'autres documents font état de liens entre Imad Lahoud et Emmanuelle Mignon, ancienne collaboratrice de Nicolas Sarkozy (au ministère de l'intérieur, à l'économie, puis à l'Elysée). Plus surprenant, l'épouse d'Imad Lahoud elle-même a travaillé un temps pour le compte du ministre de l'économie Nicolas Sarkozy (lire ici), à l'époque même où étaient insérés dans les listings bancaires les noms de «Nagy» et «Bocsa» (le patronyme complet de l'actuel président de la République est Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa).
»

C'est notamment ce qui fait la différence entre la presse en ligne, et d'autres (presse régionale notamment). Ce genre de précisions bouffe de la place et du papier, n'intéresse (selon la vision des rédactions en chef) que les gens un peu accrochés aux questions du pouvoir (donc pas la masse des lecteurs, encore moins le fameux cœur de cible).
 
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07 May 2011
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Jef Tombeur a dit:

...
Toujours de même source, retour sur un élément pas si anodin que d'autres médias ont négligé parce que s'écartant de « l'angle » simplissime (voire simpliste) qui est censé convenir à leur lectorat.
« en 2002, Lahoud a, en effet, été mis en examen (et placé en détention provisoire pendant trois mois) dans l'affaire de la faillite du fonds Volter. Cet élément est loin d'être anodin. L'affaire du fonds Volter, qui a commencé par une dénonciation de la COB en 2000, a en effet été instruite au pôle financier de Paris par le juge Jean-Marie d'Huy, celui-là même qui enquêtait sur l'affaire Clearstream au côté de son collègue Henri Pons.
Jean-Marie d'Huy n'a signé l'ordonnance de renvoi dans l'affaire du fonds Volter qu'en octobre 2010, après dix ans d'instruction. Le procès, lui, est prévu au mois de septembre 2011.
»
 
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07 May 2011
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Jef Tombeur a dit:

...
En vrac, quelques noms apparaissant dans l'ordonnance de Jean-Marie d'Huy du 17 juin 2010.
Lahoud, bien sûr, François Heilbronner, mais aussi Marie-Cécile Aboto-Mengue (les prévenus mis en examen).
Mais aussi Bart Wijsmuller, Anthony Pfiffner ; Sébastien Delagrange, Frédéric Schmitt (WB Golf Management) ; Walid Lahoud, ce dernier pouvant être considéré bénéficiaire de versements et d'avantages (mais il n'est pas considéré receleur de produits d'escroqueries).
Le Volter Fund était domicilié aux Îles Vierges (UK).
http://www.mediapart.fr/files/renvoi.pdf étant en accès libre, vous pouvez voir les détails.
 
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07 May 2011
Votes: +0

Jef Tombeur a dit:

...
Reproduite sur http://unpetitcoucou.over-blog.com une déclaration de Denis Robert à Europe 1.
« la thèse des magistrats n’est pas tenable intellectuellement. On ne peut pas expliquer comme cela que Jean-Louis Gergorin [Géostratège bardé de diplômes (Polytechnique, ENA, Harvard), mondialement réputé, et ancien numéro trois d'EADS] décide, du jour au lendemain, de se suicider socialement. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans le raisonnement du premier jugement Clearstream ».
Faut peut-être savoir lire entre les lignes.
 
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07 May 2011
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