La question des médias et de leur indépendance sont un sujet récurrent en France : pendant la campagne présidentielle avec F.Bayrou, dans le livre de S.Royal sur la campagne présidentielle et plus généralement comme excuse à la défaite dans tout le parti socialiste.
Déjà, pour poser les bases, il faut noter que selon les derniers sondages, seulement 4% des journalistes se déclarent de droite. Cela relativise la portée de la bienveillance dont profite N.Sarkozy dans les médias.
Ce qui est dénoncé par les socialistes est la collusion entre les puissances de l'argent et les médias. C'est oublier que les médias sont des entreprises, particulières bien entendu, mais des entreprises comme les autres. Seraient-ils encore en train de rêver ? Que l'on puisse faire un journal ou une télévision avec 3 bouts de scotch et de la ficelle ? Non, il faut des moyens financiers que les médias doivent trouver là où ils sont c'est-à-dire dans des groupes industriels puissants.
Mais peut-être ont-ils une autre idée en tête ? Celle d'étendre les subventions publiques aux médias afin de garantir leur indépendance économique vis-à-vis des groupes financiers ? On aurait alors un contrôle étatique des médias avec tous les problèmes que cela pose. Si les médias étaient financés par l'Etat et donc le pouvoir politique, quelle serait liberté de la presse et où se trouverait la limite avec la propagande ? De plus, si l'Etat finançait les médias, cela dispenserait les journaux d'être achetés et lus pour avoir des revenus. On en arrive ainsi facilement à un journal sans lecteurs (n'y voyez pas de rapprochement avec la situation au Monde, l'Humanité ou Libération...).
Selon F.Bayrou, le problème est un peu différent ; il vient de la détention de médias par des groupes qui passent des marchés avec l'Etat français (Bouygues, Dassault ou Bolloré). Sur ce point, on ne peut qu'être d'accord avec lui. Cela pose de véritables problèmes éthiques qu'un journal soit contrôlé par un groupe qui vit de marchés publics. Il faudrait une clarification dans ce domaine, voire une loi.
Une autre question vient à l'esprit ; si cette question est tellement prioritaire et nécessaire pour le bon fonctionnement de notre démocratie comme le soutiennent les socialistes et F.Bayrou, pourquoi n'ont-ils pas déposé un projet de loi en ce sens à l'occasion de leur niche parlementaire en décembre ? Cela aurait fait avancer le débat, montré que l'opposition était constructive, qu'elle avait des idées, un programme et travaillait pour l'intérêt général. Qu'ont-ils fait à la place ? Ils ont déposé un projet contenant 10 propositions sur le pouvoir d'achat. 10 propositions irréalistes n'ayant aucune chance d'être votées, seulement déposées pour marquer politiquement des points en espérant que cela affaiblirait le gouvernement. De la politique politicienne...
Et puis, cela aurait ouvert le sujet de fond sur la question des médias. La vraie question étant pourquoi de grands groupes de médias indépendants n'ont pas pu se constituer en France et pourquoi la France se singularise-t-elle dans cette exception ? Le monopole de la distribution par les NMPP ainsi que la main mise du Syndicat de Livre sur le monde de l'édition (tous les deux contrôlés par la CGT) n'y sont pas étrangers, de même que les lois restrictives sur le contrôle capitalistique des médias. Toute consolidation du secteur et donc toute apparition de groupes puissants ainsi que l'émergence de nouveaux acteurs ont ainsi été empêchées. D'où la pauvreté et l'absence de diversité de nos médias. La gauche sera-t-elle prête à assumer les conséquences de la réforme dans ce domaine, à savoir se mettre la CGT à dos. Laissons-lui au moins le bénéfice du doute.
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