Bouygues contre Canard : des sources en béton

19-01-2012 10:20 - 1559 visites - Flux TV, Médias, Ciné, Musique - Ecrit par Jef Tombeur - Lire son flux RSS
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Le Canard enchaîné est sorti mardi soir, à la veille d’une audience où Bouygues lui demandait 9 millions d’euros en réparation d’un article ayant causé au groupe un « préjudice moral ». En cause, le fameux chantier du Pentagone à la française, acquis par Bouygues grâce, en partie, à quelques fuites sur le cahier des charges, selon le volatile. Devant le tribunal, Michel Gaillard, directeur de publication, est venu dire, sourire en coin : « mes sources sont en béton ». D’ici la prochaine parution de l’hebdomadaire, c’est Bakchich.info qui prend le relais, pour taper sur le bec du bétonneur (non, pas Gaillard, Bouygues…).

Franchement, dans cette histoire de chantier du futur ministère de la Défense, je crains que Bouygues n’ait pas été vraiment si avantagé… par ce que révélait le Canard. Soit, en douce, quelques communications d’éléments. Cela a pu aider, mais la préparation du dossier par Bouygues était bonne et il est fort possible que la concurrence ait soumissionné pour la forme. D’autant que tous les majors du BTP sont soignés par l’État, souligne Bakchich.info.
On se souvient que, via Le Figaro, Bouygues avait tenté d’allumer un contrefeu. Ce n’est pas le groupe qui était visé par d’éventuelles poursuites pour favoritisme, mais un petit concurrent, attributaire d’un chantier voisin. L’erreur est humaine, elle coûterait 9 millions d’euros ?
Non, non, non, répètent les journalistes du Canard qui, parution après parution, en remettent une couche sur Martin Bouygues lui-même (sa fortune, son train de vie), et le groupe. Ils sont venus à trois hier déposer devant les juges. Date pressentie du délibéré : 14 mars.
Dans son dernier numéro, Le Canard pointe le rôle de la Compagnie européenne d’intelligence stratégique (CEIS) et du général Patrick Paimbault, recruté par Bouygues en tant que consultant pour le projet. Olivier Darrason (CEIS) et ses acolytes travaillaient au corps les politiques, et le général ses pairs. Bizarrement, lors d’une université de la Défense organisée par CEIS, Bouygues était bien présent, mais ni Vinci, ni Eiffage, qui n’auraient pas jugé utile de répondre à l’invitation. Résignés ?
Le Canard souligne aussi que la concurrence n’avait pas jugé utile de s’adjoindre les conseils d’un deux ou trois étoiles, ni même d’un galonné. Surprenant. Mais bon… Cela ne prouve rien.
Me Metzner et sa grosse ficelle
Devant la 17e chambre, Me Olivier Metzner, pour Bouygues, a tout tenté pour lever un bout du voile sur l’identité des sources du Canard. C’était quelque peu grossier face à des journalistes habitués des prétoires (le Canard cumule les procès gagnés). Non, Nicolas Sarkozy ne s’est pas confessé au volatile, mais les sources « sont en béton ». Hervé Liffran et Christophe Nobili persistent à dire que ce serait bien Bouygues qui est visé par une procédure selon leurs informateurs et Dominique Simonnot, qui hante les couloirs et les salles où tous les pas ne se perdent pas vraiment, indique avoir vérifié les premières infos auprès de « quatre sources judiciaires » (sur huit sources diverses). Chroniqueuse audiencière, elle connaît tout le monde ou presque dans la basoche. Précision de l’une ou de l’un de ses interlocuteurs : le cahier des charges a bien atterri chez Bouygues mais peut-être « par erreur ». Joliment dit.
Les infos exfiltrées en direction du Figaro avaient sans doute aussi été commentées à Jean-Dominique Merchet, ancien spécialiste défense de Libération, passé chez Marianne. Le mercredi 14 décembre, il avait titré « l’affaire se dégonfle ». Il concluait en couvrant ses connaissances des états-majors avec un « le ministère de la Défense n’avait pas été averti de cette [seconde] affaire… ».
Ch. Nobili a tout simplement rappelé que J.-D. Merchet faisait régulièrement des ménages chez CEIS, y jouant les Jean-Claude Bourret en sa belle époque d’animateur de débats. Cela ne discrédite pas Merchet, qui est à la Défense ce que Vu & Images du Monde est aux têtes couronnées (il signale toute nomination) à l’occasion – mais pas que… D’ailleurs, sur les infos reprises du Figaro, il avait assuré le service minimum et par la suite répercuté les propos de Bertrand Delanoë, qui veut un garage à bus sur le fameux Pentagone ou l’abandon du projet… Mettons que Merchet s’est montré plus confraternel avec Hervé Ghesquière qu’avec ceux, ces messieurs, dit-on (mais il y a des dames à présent) du Canard, et glissons.
Servis avant les élections
Bakchich.info résume la stratégie électorale de l’ouverture de grands chantiers en PPP (partenariats public-privé) : « les milliers d’emplois créés à court terme (…) pèsent politiquement plus lourd que la dette refilée aux générations futures ». C’est titré « Bouygues attrape le TGV avant la fin du triple A ». Il s’agit de la ligne LGV Nîmes-Montpellier dont Bouygues est attributaire. Le contrat devrait être signé « avant les présidentielles » et on voit bien Sarkozy aller faire une descente en avion dans le coin pour vanter les bénéfiques retombées pour la région. De leur côté, Vinci et Eiffage en ont pris pour plus de 10 milliards d’euros… sur le papier, davantage sans doute car ces types de contrats font toujours l’objet de revalorisations.
Pour Bouygues, ce sera un loyer de 70 millions l’an sur au moins un quart de siècle. Au total, la dette de Réseau ferré de France doublera en une douzaine d’années, mais les effets d’annonce, les rubans coupés, les discours, cela n’a pas de prix. La FGV, ou Faillite à grande vitesse, titre du livre de Marc Fressoz au Cherche Midi, ce sera pour les suivants. Le covoiturage a de beaux jours devant lui, les accidents ferroviaires peut-être aussi.
Tiens, il faudrait peut-être aussi que Sarkozy fasse quelque chose aussi pour Bouygues Télécom, avant les élections… Un petit effort sur le déploiement de la fibre optique, par exemple. Sinon, via Colas et Plessentiel, ses filiales, Bouygues vient d’obtenir un PPP pour la voirie et l’éclairage du Plessis-Robinson. Il y en a pour 52 millions d’euros remboursables en 20 ans. Et les neuf millions réclamés au Canard, si jamais ils étaient attribués, ils seront aussi étalés sur deux décennies ?
Le Canard, lui, réclame à Bouygues l’euro symbolique. Ou, peut-être, de pouvoir aller faire du pédalo sur le lac du siège du groupe Bouygues…






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Commentaires (1)

zelectron a dit:

...
Jef,
Ce sont des énarques* qui ont calculé que la solution de location longue durée était la plus rentable et qu'elle ne rentrait pas dans le calcul de la dette de l'état (à part la clause d'un éventuel désengagement assorti de pénalités gigantesques) Le pois chiche a compris mieux que tout le monde et a signé, merci qui? Nous ne devrions que nous incliner devant tant de perspicacité et de clairvoyance et surtout nos enfants qui vont payer, à moins que...
-sans qui la ripoublique ne serait pas ce qu'elle est.
 
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19 January 2012
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