A
ce jeu nouveau, ersatz d'une émission bien connue, la réponse est : pas
tout le monde car tout de même pour pouvoir perdre des millions encore
faut-il en posséder. De cette première règle du jeu, le sieur Madoff en
a tiré un règlement d'une complexité confondante. Tout est permis dés
lors que la confiance et l'appât du gain est instauré.
C'est l'option appel à un ami qui fonctionne à merveille : j'ai
confiance en cet ancien patron du Nasdaq, courtier reconnu et réputé de
Wall Street. Mais ce qui m'attire le plus chez lui, c'est les gains
qu'il m'assure, les taux qu'il revendique sans équivalent sur le
marché. Palm Beach crie aujourd'hui à la trahison de l'un des siens..
Pourtant, s'ils n'avaient pas d'équivalent ces taux, peut être était-ce tout simplement parce qu'ils n'étaient pas justes, pas possibles, pas réels.
Mais
l'option Avis du public ne fonctionne pas car dans ce monde de la
Bourse, on se refuse au rationalisme, on laisse planer une part de
doute, une part de rêve, une part de chance comme au casino. De ce
marché financier nait un fantasme, celui de l'argent facile, de
l'argent possible, de l'argent roi. Si le grand public avait pu, il
aurait aussi confié ses économies au représentant d'une american way of
life version couleur de l'argent.
Reste l'option 50-50 que le bon
Bernard ne connaissait guère. Lui les investissements, il les a engagé
à 100% dans son arnaque pour autant de pertes sèches. Le trou de 50
milliards de dollars est un et indivisible.
Vous me direz dans ce
jeu comme dans l'autre, normalement, pour gagner, mieux vaut répondre
aux questions tout simplement. Et ne pas se laisser bercer d'illusions
ou berner par de fausses émotions c'est selon.
J'ai beau réfléchir à
cette affaire dans tous les sens j'arrive pas à trop lui en vouloir au
Bernard. Lui a joué et longtemps gagné. Dans l'histoire, c'est bien le
seul. Qu'à 70 ans tout s'arrête n'enlève rien à son palmarès. Il a
parié sur la cupidité des uns, riches particuliers, fonds bien pensants
ou banques en mal de discrets, juteux et rapides bénéfices. Il les a
d'autant mieux trompé qu'il les connaissait parfaitement bien ses
cibles privilégiées, il vivait comme eux, partageait les mêmes
endroits, les mêmes loisirs, le même langage. Mieux, il disait ce
qu'ils voulaient entendre, leur promettait ce qui les faisait saliver.
De l'immersion absolue vint la confiance aveugle aujourd'hui
désenchantée. Pauvres petits hommes riches "trahis" autant dans leurs
investissements que dans leur conviction, leur mode de vie.
La chute
de l'icône ébranle un système si sûr de sa force qu'il reste abasourdi
devant la rapidité et la facilité de la débâcle. De la simplicité de
l'astuce aussi, vieille comme le monde. Comme deux tours jumelles qui
s'effondrent, Madoff a fait s'écrouler la certitude qu'il y a un marché
financier privilégié, opaque et sécurisé. Loin des turpitudes de la vie
quotidienne ou des bulles à risques. Il a également au passage montré
que les instances de contrôle n'avaient surtout pas cherché à contrôler
un montage qui interpellait pourtant depuis de nombreuses années.
Ironie de l'escroc, outre les riches retraités, les grandes banques ou
les vedettes de tous poils, son arrestation jette un froid glacial
auprès de nombreuses fondations et associations caritatives qu'il
abreuvait de ses largesses...
Cynisme malsain d'un capitalisme aux
abois, l'homme à qui tout réussissait, de qui l'on s'arrachait les
précieux conseils et l'aimable compagnie n'était qu'un escroc génial. A
l'heure de louer un système américain capable de propulser au pouvoir
un avocat métis, le contraste des deux trajectoires est saisissant et
incite plutôt à l'humilité. Du reste Barack obama va sûrement changer
plein de choses mais il commence surtout par s'entourer d'une équipe
rompue à l'exercice du pouvoir...
50 milliards partis en fumée c'est
bien plus que le plan de relance rassemblé par tout un pays, le nôtre,
c'est bien plus qu'il n'en faudrait pour éviter éventuellement qu'en
2008 on meure encore de la malaria ou que l'on jette dans la précarité
le particulier coupable d'un modeste découvert.
C'est beaucoup
d'argent joué, manipulé, caché, finalement perdu. Mais le jeu continue,
frénétiquement, ce n'était qu'une mise mal placée, où est la terre
promise, la martingale ? car elle existe dans la tête de millions de
joueurs, cette idée fixe que la vie peut changer grâce à l'argent, pas
par son travail, sa créativité, son imagination, non juste par
l'argent. Un argent touché par la grâce, multiplié miraculeusement pour
mieux être dépensé et donc exister. Et tant que cette petite idée
insidieuse perdurera, il y aura des Bernard Madoff pour l'animer, la
flatter, la mener au néant.
Et il y aura des crises pour que le plus grand nombre éponge les errements de ces quelques-uns à entendre des petites voix.
André Malraux disait "L'humanisme,
ce n'est pas dire : "Ce que j'ai fait, aucun animal ne l'aurait fait",
c'est dire : "Nous avons refusé ce que voulait en nous la bête ."
C'est mon dernier mot Jean-Pierre.
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