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Adolescentes et enceintes : comment l’envisager ? |
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| 03-12-2010 18:55 - 4221 visites - Flux Société, Education - Ecrit par Jef Tombeur - Lire son flux RSS | |
Je croyais que le
phénomène des très jeunes mères était surtout répandu aux États-Unis et au
Royaume-Uni. Le message d’une infirmière scolaire d'Ille-et-Vilaine, qui
reçoit des lycéennes désireuses d’être enceintes, m’a fait tenter de réagir
(puis de m’engager à réfléchir, ce qui viendra) sur la question. En fait, les
ados devenant mères sont en progression aux États-Unis, en léger fléchissement
en Grande-Bretagne, mais le phénomène n’est plus vraiment marginal en France et
Belgique. Qu’en penser ? Premiers pistes d’impression… Poser la question des mesures ou attitudes à envisager face
au phénomène des très jeunes mères n’est pas y répondre, d’autant plus qu’il
n’y a pas une, ou quelques réponses, mais, au cas par cas, sans doute des
approches à fortement différencier. Hier midi, en compagnie d’une médecin
ex-Lorientaise, évoquant la misère des régions frappées par le chômage ou le
sous-emploi, nous évoquions brièvement les naissances précocement conçues par
de très, très jeunes femmes. Il fut bien sûr question des deux-trois cas de
fillettes pubères (9-10 ans) ayant fait l’actualité récente. Je me demande
sérieusement si ces cas, s’ils s’étaient situés dans une province reculée
chinoise, dans une plaine du Yémen, une savane africaine, auraient obtenu un
tel écho. L’ethnocentrisme n’est jamais un bon poste d’observation, le
relativisme non plus. Il y a quelques cas, rarissimes, de pubertés précoces
vraiment anormales, et de plus en plus d’autres de puberté précoce, en
particulier dans nos sociétés. Mais aussi, et c’est relativement nouveau (ou
plutôt de nouveau considéré nouveau), des occurrences de jeunes, très jeunes,
femmes désireuses de mener à terme une grossesse pas forcément non-désirée, du
moins pas rejetée pour des raisons autres que religieuses. Et puis, hier soir,
le message d’une infirmière scolaire d’Ille-et-Vilaine était relayé sur un site
proche des mouvements du Planning familial et assimilés. Elle recevrait
« régulièrement » (voire fréquemment) des jeunes femmes de 15-17 très
déçues de se voir répondre que le test de grossesse demandé s’était révélé
négatif. La première réaction à ce message, intitulé « Lutte
contre le retour des femmes au foyer », provenait de l’association SOS-Sexisme.
Il y a effectivement maintes façons d’aborder ce phénomène, et c’en est une.
Car, tout comme dans certaines localités désindustrialisées du Pays de Galle ou
du Nord et de l’Est de l’Angleterre, la maternité précoce peut être un choix.
Parfois, au Royaume-Uni, c’est une option transmise de grand-mère en fille
(avec des cas d’arrières grands-mères tout jeunes cinquantenaires). Tant qu’à
n’avoir d’autre avenir que des boulots précaires, à temps partiel (genre quelques
heures derrière une caisse de bar ou magasin, ménages, gardes mal rémunérées d’autres
enfants), autant créer une microsociété à dominante matriarcale permettant de
subsister, d’une manière socialement acceptée en proximité (voire
« promiscuité » aménagée), en ayant recours à la palette des aides
sociales. C’est ce que l’on suppose du moins généralement, ou véhicule en
évoquant ces cas. Le choix du « retour au foyer » n’est pas forcément
un « choix », mais une option valide, nuance, ou du moins considérée
telle, à tort ou raison. « Infantiliser », consciemment ou non, les adolescentes peut se concevoir : âge et maturité sont des variables parfois floues selon les individus, les sociétés, les milieux. Médicalement, une très jeune mère court des risques d’anémie, d’autres risques physiques, d’accoucher prématurément ou de donner naissance à des enfants plus petits que la moyenne, et carencés (surtout et principalement quand la grossesse n’est pas suivie, beaucoup moins pour une ado de 15 ans et plus correctement suivie). Il y a aussi, selon l’âge, la constitution, des risques de mortalité et de morbidité. En revanche, faire du non-avortement un diktat peut équivaloir à une prise de pouvoir irrationnelle ou sciemment cynique (pour des motifs tant patriarcaux, au sens large, que religieux, par exemple), notamment si la jeune mère a été violée (ou « séduite » abusivement) par un proche (parent ou autre tiers, amant d’un après-midi ou soir), ne désire pas du tout ou vraiment enfanter, &c. Faisons-nous, pour des raisons de démonstration et non par
provocation, l’avocat, non pas du diable, mais d’une sorte d’anticonformisme
(par rapport à certains préjugés dominants). Une très jeune femme peut désirer
une grossesse, y compris sans l’accord du père, et envisager d’avoir un premier
enfant dont le père sera, ou non, absent ou très peu présent. Les cas sont sans
doute très rares, mais apparemment plus fréquents. Nombre d’adolescentes
s’envisagent déjà vivant en couple alors qu’elles ne connaissent leur
partenaire que depuis un trimestre ou un semestre. Mais d’autres, sans doute,
peuvent éprouver très tôt un réel désir de maternité. Et certaines sont
peut-être moins infantiles que leurs propres parents. Plutôt que de n’avoir
pour perspective que des petits boulots, ou un poste socialement peu
valorisant, mal rétribué, pour un temps incertain, pourquoi ne pas choisir,
dans un premier temps, d’élever un enfant, quitte à se trouver par après une
voie professionnelle ou de vie plus satisfaisante, ou estimée telle ? Qu’on ne se méprenne pas : je penche pour la dissuasion
à l’égard des potentielles mères-adolescentes globalement ; mais pas tout
à fait systématiquement, de manière indiscriminée, et pas en tant qu’adulte
« mieux sachant » par principe. C’est facile à énoncer, moins
facilement applicable ; je suis plutôt content que ma fille ait finalement
choisi d’attendre un divorce, puis une nouvelle relation stable et
satisfaisante, pour avoir, à l’âge où la plupart des femmes disposent en
général d’un emploi un peu plus stable, soit, de plus en plus, comme en Espagne
et ailleurs, le cap de la trentaine passée, pour faire un premier enfant. En
revanche, s’engager dans des études longues, faire un enfant à l’âge généralement
estimé (pour diverses raisons) « idéal » (26-27 ans), ou plus tardif,
et se retrouver en situation professionnelle précaire, sans compagnon (ou
compagne) de vie stable, c’est certes socialement plus acceptable qu’une
maternité précoce, mais pas forcément plus facile à vivre. Je considère les opinions de la docteure Michèle Dayras, de
Sos-Sexisme, non seulement très recevables, mais très certainement – aussi –
solidement fondées. Son commentaire
du rapport de l’Union européenne sur la liaison vie familiale-études (qui, à
mon sens doit aussi concerner les très jeunes pères) est certes militant (mais
le militantisme est nécessaire, et cela ne le disqualifie aucunement). Mais je
ne sais plus si ce qui s’appliquait au siècle dernier se vérifie aujourd’hui,
fin 2010, à l’identique. Ce qui se vérifiera sans doute, c’est que les
structures d’accompagnement des très jeunes mères seront en nombre insuffisant,
de plus en plus mal correctement financées, et ce qui se passe actuellement au
Royaume-Uni est à cet égard fort inquiétant.
Le phénomène doit être envisagé de manière ethnologique, et en fonction de choix de société(s) actuels ou projectifs. Quel vivre ensemble voulons-nous vraiment, et qu’est-ce qui le conditionne ? La consommation ? Des normes de confort ? De regards sociaux portés sur soi ? Une aspiration à l’accession à une classe « moyenne » de plus en plus paupérisée de fait ? Une attention dénuée de préjugés gagnerait à être portée à ces rares « ilots » quasi-matriarcaux de certaines banlieues et milieux redevenus ruraux en Grande-Bretagne, à leurs codes sociaux, leurs modes de vie réels et non fantasmés ou présupposés (parfois selon une logique « de classe » consciente ou non). Cela ne répond évidement à la question du comment,
concrètement, aborder le problème face à une adolescente. Peut-être convient-il
d’abord de s’informer en se méfiant des sources. Diverses émissions de
télévision ont mis en scène de très jeunes mères, toutes issues de milieux
sociaux pas trop favorisés ou considérés « démunis ». D’une part, où
se trouvent ces témoins médiatisés ? Essentiellement dans des centres
familiaux spécialisés (dits centres maternels) qui accueillent en priorité des
jeunes mères issues de tels milieux (car prioritaires du fait des faibles
ressources parentales). D’autre part, ces familles sont plus portées à
témoigner que celles de jeunes mères de milieux aisés. Et elles sont plus
nombreuses que les familles aisées parce que l’enfant conçu précocement est souvent
plus facilement accepté (avec, peut-être, une part de fatalisme, mais non
uniquement, voire au contraire) dans ces familles « populaires »
(étiquette, mettons, commode). Difficile d’être à l’écoute d’une adolescente sans juger
irréaliste, a priori, sa possible
volonté de mener à terme une grossesse. Le problème, c’est que de très jeunes
mères s’expliquent sur des forums divers et variés, en faisant état de leur
satisfaction, réelle ou revendiquée telle. Et que, d’emblée, c’est vers ce
genre de forums ou de témoignages qu’une adolescente « embarrassée »
(traduction littérale du castillan) et désireuse de l’être va se diriger pour
s’informer. De plus, un phénomène nouveau, certes fantasmé, peut se
produire : les amies adolescentes de la jeune mère peuvent la conforter
dans son choix.
En tout état de cause, si une adolescente proche de vous menait sa grossesse à terme, peut-être conviendrait-il de pondérer les propos, tenus sur forum de travailleurs sociaux, d’Angélique, qui fut stagiaire dans un centre maternel dédié… « Mon hypothèse s'est orientée vers un accompagnement global de la personne sans l'enfermer dans un unique statut de mère ou alors d'adolescente. Ayant discuté avec ces ados, je me suis aperçue que, pour un grand nombre d'entre elles, la grossesse s'inscrivait dans un projet, un désir, et non dans un manque d'informations concernant la contraception, que leur maternité relevait peut-être d'une "stratégie" face à leurs difficultés familiales et relationnelles. Je me suis alors positionnée dans un travail avec la jeune fille et son bébé mais aussi avec sa famille, l'école, le groupe de jeunes filles de l'institution, d'autres adultes. Il me semble qu'être une mère adolescente c'est être avant tout une personne, que toutes les dimensions qui construisent cette personne sont plus ou moins liées. Être mère, c'est aussi rester une adolescente, une lycéenne, une grande sœur, la fille de sa mère... Pouvoir vivre des relations plus sereines avec sa mère, c'est peut-être avoir la possibilité de se sentir plus facilement mère et responsable de son enfant. » Ajoutons, peut-être, aussi, « une petite sœur », selon le cas, et « pour vivre des relations plus sereines avec son père » et celui de son enfant. Il ne s’agit pas pour moi de plaider pour ou contre une
maternité (et paternité) vécue plus jeune que majoritairement actuellement (surtout
pas pour des motifs religieux ou laïques militants), avec des motivations
natalistes ou antinatalistes globalisantes (et donc, politiques), même si,
intuitivement, et d’expérience personnelle, un premier enfant né de parents de
24-25 ans (ce fut mon cas), me semble, de par diverses observations mais aussi
avec le (fort, à présent) recul, me semble très « convenable ». Mais
les temps, les conditions socioprofessionnelles et autres, ont évolué – il me
semble idoine de s’interroger sur les « convenances » présentes.
Un blogue personnel (celui de Lola ***) paraissant bien documenté : Son forum : Maternité-adolescente-forum (discuter et s’entraider) À signaler, ce 7 déc. 2010 à 18 h 30, Maison de l’Europe
(35, rue des Francs-Bourgeois, Paris), un colloque « La sexualité des
jeunes en Europe – pratiques, genres et minorités ».
Commentaires (13)
Jef Tombeur a dit:
Jef Tombeur a dit:
AgnesB a dit:
poissonrouge a dit:
sylvie charmillon a dit:
Mozarine a dit:
Ange78 a dit:Mychelle a dit:
CATALAN66270 a dit:V14 a dit:
Jef Tombeur a dit:
Jef Tombeur a dit:
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Ce qui me fait aussi aller dans le sens de la docteure
Dayras, c’est, en France, la réalité du parc immobilier. Comment, à l’heure
actuelle, soutenir qu’une très jeune mère puisse trouver facilement un lieu de
vie convenant à sa relation avec son enfant ou, aussi, son partenaire ?
Quels parents, déjà à l’étroit dans leurs logements, accepteraient facilement
l’idée d’héberger aussi un enfant, voire un jeune couple avec enfant ? Le
« vœu pieux » d’une entrée plus tardive dans la vie professionnelle
ou une reprise ou prolongation d’études après un « maintien au
foyer » (difficile de parler de « retour » dans ce cas) n’est
pas facilement envisageable globalement. En revanche, je ne suis plus du tout
sûr qu’une maternité précoce soit aussi dommageable à l’insertion
professionnelle que par le passé. Ce n’est bien sûr qu’une intuition fondée sur
un nombre trop restreints d’observations fortuites. Les quelques cas de mères,
encore jeunes (trentenaires) de jeunes enfants ou adolescents épanouies, bien
insérées socialement, très actives (y compris professionnellement), dont je
peux avoir à connaître, ne peuvent être généralisés. Par ailleurs, s’il n’y a (presque)
plus d’emplois que précaires, faut-il tant lier la maternité à l’insertion
professionnelle ?
Les États-Unis comptent un grand nombre de mères
adolescentes, pour diverses raisons, surtout sociales, marginalement sociétales
(mise en avant de jeunes vedettes accouchant et très médiatisées), ou religieuses–
ce majoritairement dans les milieux défavorisés, mais on l’a vu dans le cas de
la fille de Sarah Palin, dans tous. Le Royaume-Uni, longtemps en pointe en
Europe, avec des taux actuels en baisse mais toujours 900 000 cas recensés
(hors Écosse, baisse annuelle de 47 pour mille à 41 sur la dernière décennie
globalement, moins de 30 dans certaines régions), ne le serait plus tout à
fait. Selon Ségolène Royal, il y aurait eu en France près de 6 000 cas ces
derniers mois (d’autres sources ont des estimations inférieures), dont 500 pour
sa région (Poitou-Charentes) et c’est ce qui a motivé son envoi de
« packs » contraceptifs à des infirmières scolaires (envois bloqués
illégalement par le rectorat sur instruction du ministre Luc Chatel, sans doute
sensible à l’opinion de l’épiscopat, lui-même sensibilisé au sort des Rroms
expulsés, dont des cas de très jeunes mères). Le Royaume-Uni, qui a mis en
place un plan de « responsabilisation » des jeunes pères (visant en
fait à contrebalancer la hausse des coûts sociaux et allocatifs en tentant d’obliger
ces jeunes géniteurs à prendre en charge financièrement leur progéniture),
connaît cependant encore des taux de 6 à 7 % dans certaines contrées (pour
les moins de 19 ans, de 0,8 % pour le groupe des 13-15 ans).