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"Notable donc coupable" : France 2 lave plus blanc |
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| 02-10-2007 08:34 - 1577 visites - Flux Loisirs, Sorties, Concerts - Ecrit par Olivier Bonnet - Lire son flux RSS | |
Des notables injustement mis en cause dans de sordides affaires criminelles, leur réputation odieusement entachée par un emballement médiatique qui accrédite les calomnies : voilà résumé l'argument du téléfilm Notable donc coupable, qui sera diffusé en deux parties par France 2 demain et après-demain. Cette "fiction" n'en est pas une, puisqu'elle se contente d'ajouter un personnage imaginaire à une affaire bien réelle, l'affaire Alègre. On se souvient que des témoignages avaient impliqué des personnalités toulousaines, accusées de s'être servies du tueur en série Patrice Alègre comme pourvoyeur de chair fraîche pour des séances sado-masos. Les noms de Dominique Baudis et du substitut du procureur de l'époque, Marc Bourragué, étaient principalement cités. Le premier nommé s'était du reste invité à la télévision, au 20 heures de TF1, alors qu'il était entre temps devenu président du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, pour protester de son innocence. C'est donc cette histoire que raconte le téléfilm, adapté de l'ouvrage des journalistes Marie-France Etchegoin et Matthieu Aron, Le bûcher de Toulouse, eux-mêmes étant co-auteurs du scénario. Aron explique ainsi le but poursuivi : "montrer par quelle mécanique des gens innocents se sont retrouvés accusés à tort à cause de fausses pistes suivies par les enquêteurs et de dérapages médiatiques. On a tenté de montrer comment cette mécanique a donné un mic-mac absolument infernal". On imagine déjà que l'on va pleurer dans les chaumières sur le sort de ces malheureux, qui n'avaient rien à se reprocher et qui se sont trouvés livrés à l'opprobre publique. Les choses sont cependant bien plus compliquées.
Un film à la gloire du président du CSA ! Imagine-t-on une chaîne de service public diffuser une "fiction" cousue main pour plaire au président du CSA en se proposant de laver son honneur ? Et bien oui, mieux que l'imaginer, France 2 le fait. Qu'importe si, pour sauver les apparences, elle n'est programmée qu'après le départ de Baudis de l'institution. Le projet en lui-même, conçu sous son règne au sommet de l'audiovisuel et le mettant en scène comme héros, est au coeur d'un conflit d'intérêt patent.
Tiré d'un livre condamné pour diffamation Les victimes justement, fédérées au sein de l'association Stop à l'Oubli (600 adhérents), s'insurgent de la diffusion de ce téléfilm, rejointes par la direction du journal La dépêche du midi et par l'ex gendarme Michel Roussel, ancien directeur de l'enquête, dans un collectif baptisé "Stop à la mystific(a)tion" : "La thèse du film Notable donc Coupable ne correspond en rien à la réalité de l’enquête et de l’instruction. Cette version est uniquement l’expression d’une thèse spéculative qui n’appartient qu’à la créativité des auteurs. Les faits du dossier juridique, objectifs et têtus, démentent les allégations des auteurs et les détournements des faits et des situations. Cette thèse constitue également une insulte à la mémoire des victimes du tueur Alègre."
L'un des notables blanchis accusé par un rapport officiel accablant Le rapport en question, qui date de 2005, est signé Michel Bréard, alors procureur de la République et aujourd'hui avocat général à la Cour d'appel de Bordeaux. Bréard a du reste rejoint lui aussi le collectif Stop à la mystific(a)tion. Étayé par 93 pièces annexes et de nombreux témoignages, son rapport dépeint un Bourragué juge et partie dans plusieurs procédures en tant que spécialiste des affaires financières, comme par exemple celle qui fait écrire à Bréard : "on peut s'étonner que les deux dénonciations réitérées de l'administration fiscale aient pu être ignorées de sa hiérarchie et aient abouti à un traitement pénal par le substitut Bourragué, alors que le particulier Bourragué était cité dans le dossier." Mais venons-en à l'affaire Alègre. Bourragué, devant les preuves présentées, a reconnu avoir rencontré une fois le tueur en série. Or on recense cinq témoignages établissant que les deux hommes se connaissaient bien mieux que pour s'être croisés à une seule reprise. Il affirme aussi n'avoir jamais vu la prostituée "Fanny" (Florence Khefili), alors que cette dernière travaillait comme serveuse dans le restaurant d'une de ses connaissances, qui a témoigné dans un procès-verbal les avoir vus ensemble au tribunal de commerce. Et puis il y a l'affaire Line Galbardi, ainsi narrée par Aziz Zemouri dans les colonnes du Figaro : "Le haut magistrat s'étonne de le retrouver (Bourragué, Nda) régulièrement en travers des procédures qui mettent en cause Patrice Alègre. Michel Bréard fait notamment état des témoignages de trois policiers qui ont reconnu l'ancien substitut comme étant le magistrat présent, avant l'arrivée de la police, sur les lieux du meurtre de Line Galbardi en 1992, crime dont Alègre est suspecté. Marc Bourragué a toujours démenti. Mais l'ancien procureur de Toulouse rapporte qu'en niant par écrit ces faits, Marc Bourragué pourrait être inquiété pour "un délit d'attestation faisant état de faits matériellement inexacts". Et ce n’est pas tout ! Le journaliste précise aussi que le nom de Bourragué figure dans le dossier de la disparition d'Hélène Loubradou, la fille du président de Stop à l'oubli : "Lorsque le lieutenant-colonel de gendarmerie se saisit de l'affaire, qui informe-t-il ? Marc Bourragué, spécialisé dans les affaires financières au parquet".
Crimes maquillés en suicide, disparition de scellés, refus de témoignages...
On peut ainsi juger que d'épaisses zones d'ombre entourent le rôle d'un des protagonistes essentiels du téléfilm. Et que sa thèse des notables injustement mis en cause, qui réduit l'affaire à un emballement médiatique, ne peut en aucun cas rendre compte d'une terrifiante réalité, ainsi résumée par Stop à l'Oubli: "Depuis trop longtemps, la justice toulousaine est montrée du doigt pour de nombreuses affaires de disparitions, de meurtres classés en suicides, de L'association recense ainsi par exemple 17 "suicides à la toulousaine", ces cas flagrants de meurtres qu'on tente contre l'évidence de camoufler. Saviez-vous par exemple que Hadja Benyoucef a été retrouvée "suicidée" avec une corde au cou, une couche-culotte pliée en huit dans la bouche et un couteau à travers la gorge ? Ou qu'Edith Schleichardt, au cadavre découvert sur le bord d'une route, jupe relevée, une bombe lacrymogène entre les cuisses, avec six dents cassées et un éclat d'émail dans la gorge, dont l'autopsie a conclu à la probable "mort violente avec intervention d'une tierce personne", s'est pourtant "suicidée" elle aussi ? Stop à l'oubli a collecté nombre de faits et témoignages concordants autant qu'explosifs sur les liens à Toulouse entre policiers, milieu, notables et magistrats-enquêteurs. Tout cela est gommé d'un trait de plume signé Etchegoin-Aron, produit sur des fonds publics et diffusé sur France 2 pour servir une bien commode vérité officielle. Ajoutons enfin que la programmation de la deuxième partie du téléfilm sera suivie d'un débat, présenté par Yves Calvi. Qu'en dit Stop à la mystific(a)tion ? "Les acteurs mis en cause dans le film et les familles de victimes ont été écartés du plateau-débat organisé par France 2, après avoir été en contact avec la rédaction durant plusieurs jours. En revanche, l’auteur du scénario du film est maintenu sur le plateau." Le collectif réclame de ce fait un droit de réponse. Ce serait bien le moins qu'on puisse lui accorder.
Commentaires (1)
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